Les grandes ondes, un film de Lionel Baier

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Les Grandes Ondes (à l'ouest)

 

Heureusement qu'il y a les suisses pour nous faire rire. Avec Les grandes Ondes Lionel Baier dont j'avais apprécié le gay et Juvénile « Garçon stupide » (j'aimerais bien voir ses autres films, mais je ne sais pas comment) très différent de Grandes ondes (quoique) ressuscite la comédie libertaire des années 70 avec un talent, un savoir faire bien supérieur à celui des cinéastes qui illustrèrent le genre à l'époque. Cela tombe bien puisque l'action se passe au mois d'Avril 1974, (septante quatre); peut être que cette date évoquera quelques souvenirs à ceux qui ont eu la chance de vivre cette époque (beaucoup plus enthousiasmante que celle où nous sommes englués.).

 

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Le directeur de la radio suisse romande, joué par Jean-Stéphane Bron, doit trouver, sous l'injonction pressante d'un conseiller fédéral, des programmes qui, à la fois mettent en valeur la Suisse et donnent le sourire aux auditeurs. Il décide d'envoyer une équipe au Portugal pour montrer comment la Suisse, un petit pays, peut aider un autre petit pays moins évolué que lui mais néanmoins sympathique (je cite). L'équipe en question se compose d'une journaliste ambitieuse et féministe, Julie, jouée par Valérie Donzelli, qui rêve d'avoir son émission matinale quotidienne et qui n'hésite pas pour améliorer ses chances de promotion de coucher avec le directeur, de Bob un technicien tout près de la retraite un peu maniaque, il ne veut jamais quitté son combi wolsvagen interprété par Patrick Lapp qui joue tout en finesse le personnage et qui est pour moi la véritable révélation du film et de Cauvin, un grand reporter macho, ancienne gloire de la station, placardisé depuis des années et qui perd la mémoire! C'est l'immense Michel Vuillermoz qui réalise là une composition inoubliable sur les traces de Jean-Pierre Marielle. La première partie est un road-moovie hilarant de nos petits suisses largués à travers la Lusitanie. Le trio parcourt le Portugal dans un combi Wv qui rappellera bien des souvenirs au vieux routards, à la recherche des bienfaits que la Suisse à déversés sur le Portugal. Ils s'aperçoivent que cela se résume à très peu de chose. Chemin faisant ils ont ajouté à leur fine équipe Pelé, un jeune portugais de 18 ans, joué par Francisco Belard (bien mignon et bon acteur) pour leur servir d'interprète car les talents en ce domaine de Cauvin qui prétendait connaître le portugais s'avèrent rapidement discutables.

 

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En plus de ce quatuor, le cinéaste a rassemblé certains confrères cinéastes pour jouer les seconds rôles du film. Il joue lui-même dans le film, aux côtés d’Ursula Meier et Frédéric Mermoud, dans la peu de journalistes… belges. Et le documentariste Jean-Stéphane Bron incarne le patron de la radio suisse.

 

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Un des ressort comique du film sont les discours dans un sabir étrange que le baroudeur croit être du portugais. Ceux-ci sont sous- titrés en français et l'on s'aperçoit que si notre ex grand reporter connait des mots de portugais il les assemble de façon tout à fait extravagante. Le discours a ainsi peu à voir avec ce qu'initialement il voulait dire. Ainsi pour demander son chemin le spectateur hilare lit sur l'écran que Cauvin veut une mule et de la vaseline pour s'amuser avec l'animal. Ce que la commère à qu'il questionne traduit pour la cantonade: C'est un suédois qui veut faire des cochonnerie avec notre mule. Nos suisses en goguette sont obligé de décamper en quatrième vitesse sous les hourvaris des villageois!

 

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Mais voilà qu'arrive le 25 avril 1974, la fameuse révolution des oeillets. Et nos Suisse par le plus grand des hasard se retrouve au bon endroit au bon moment. Je trouve la deuxième partie un tout petit peu moins réussie dans l'enchainement des séquence mais c'est épatant tout de même. Baier tente d'aérer sa reconstitution historique très réussie par des séquences décalées et poétiques, comme ce ballet entre les partisans de Caetano et un groupe de révolutionnaires féministes, chorégraphiée à la manière de West Side Storysur le Porgy and Bess de Gershwin. Cette deuxième partienous offre aussi de belles tranche de rigolade comme la transformation de Cauvin en héros du peuple. En une nuit Julie devient une passionaria mais pas aussi libérée qu’elle ne l’imaginait. Pelé se transforme en révolutionnaire motivé malgré son allergie aux oeillets. Quant à Bob, il n’est pas question que la liberté sexuelle que toute la jeunesse européenne réclame depuis mai 68 lui échappe en cette belle nuit d’avril. Au petit matin on a droit à la nudité fugitive mais appétissante de Pelé, pour ceux d'un goût Différent Valérie Donzelli ne nous cache rien non plus et ce n'est pas mal...

 

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Baier réussit une chose assez rare dans les comédies, faire qu'en 1h 30 le regard du spectateur change sur les personnages, qui nous apparaissent au départ commestéréotypés et pas forcément très sympathiques,en particulier sur Cauvin on passe de vis à vis de lui de l'ironie à la compassion pour cet homme qui cache sa détresse par ses rodomontades. Le rire se transforme ainsi en émotion à la fin de ce beau film. Baier parvient à capter l’essence d’une époque. 
Il nous plonge au coeur de la parenthèse enchantée des années 1970, marquée par la libéralisation des moeurs.Il y a longtemps que l'on avait pas eu un tel éloge des libertés, politiques, sexuelles, professionnelles, réjouissant.

 

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LIONEL BAIER

Lionel Baier

Né à Lausanne en 1975, dans une famille suisse d'origine polonaise, Lionel Baier programme et cogère dès 1992 le cinéma Rex à Aubonne. Après des études de lettres, il travaille comme assistant de grands noms du cinéma suisse comme Jacqueline Veuve, Yves Yersin et Richard Dindo. Il passe à la réalisation en 2000 avec le documentaire long-métrage Celui au Pasteur (ma vision personnelle des choses). Il en réalise un second une année plus tard, La Parade (Notre Histoire), où il suit la première gay pride organisée au Valais. Nommé dès 2002 responsable du département cinéma de l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), il poursuit en parallèle sa carrière de réalisateur abordant la fiction avec Garçon stupide (2004),Comme des voleurs (à l’est) (2006), qui inaugure une tétralogie consacrée aux quatre points cardinaux, et Un Autre Homme (2008) présenté en Compétition à Locarno. Devenu un auteur confirmé, Lionel Baier cofonde en 2009 avec Ursula Meier, Jean-Stéphane Bron et Frédéric Mermoud la société de production Bande à part Films. Il réalise ensuite le road- movie Toulouse (2010), Low Cost (Claude Jutra) (2010), qu’il filme avec son téléphone mobile, et Bon vent Claude Goretta(2011), un hommage au grand réalisateur suisse. Présenté à Locarno sur la Piazza Grande, Les Grandes Ondes (à l’ouest) constitue son neuvième long-métrage.

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