Les faux monnayeurs, un film de Benoit Jacquot

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Essayons d'évacuer la question de l'adaptation, sachant que c'est impossible, le film étant tiré des « Faux monnayeurs », une des oeuvres maitresses d'André Gide. Tentons néanmoins de regarder l'objet filmique que nous avons sous les yeux en s'efforçant d'oublier l'oeuvre originale. Ceux qui suivent ce blog, et surtout les rares qui prennent la peine de lire les textes, savent que les problèmes de chronologie et de datation dans les fictions me préoccupent et que des erreurs dans ces domaines, ou des anachronismes, suffisent à dissoudre mon attention sur ce que je lis ou regarde...

 


 

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Le film de Jacquot à ce propos commence mal. Beaucoup de lecteurs du roman de Gide se souviendront qu'il a été écrit entre 1919 et 1925. Dans la première scène lorsque Edouard (joué par Melvil Poupaud, qui tourne pour la deuxième fois sous la direction de Benoit Jacquot, seize ans après « La Vie de Marianne ») reluque un lycéen ( je dirais plutôt un collégien) qui tente de voler un livre dans la boite d'un des bouquinistes des bords de Seine (heureux temps où les lycéens volaient des livres, ils savaient donc lire!) si la vêture du garçon évoque bien les années 20, de même que l'automobile que nous apercevrons peu après, la longueur et la coupe de ses cheveux ne paraissent guère d'époque; elles me semblent d'ailleurs appartenir à aucune. Le garçon en question, Georges, (Thomas Momplot) se révèlera le neveu du matteur, j'anticipe, mais ce petit coup de théâtre était cousu de fils blanc! - Est-ce la cocteaulâtrie du moment, sans doute, mais dès l'apparition de la jeune créature j'ai pensé à l'élève Dargelos - Dans la scène suivante où Edouard rend visite à sa soeur, Pauline, on est également troublé par les vêtements portés par Pauline Molinier et son mari qui sont dans le goût des années 1910 et non de celui de 1920 et encore moins 1925, (on s'apercevra ensuite que tous les personnages sont habillés à la mode de 1910, alors que l'on est censé, par les éléments de décor et l'ambiance générale, être en 1920. Si l'on excepte Melvil Poupaud qui est affublé de costumes à carreaux qui étaient peut être du plus grand chic dans les provinces américaines autour de 1900 mais improbables à Paris ou à Londres d'où arrive Edouard... qui porte très bien le chapeau. De même la chevelure aux belles boucles du jeune Olivier (Maxime Berger), leur fils, est bien peu conforme aux usages de l'époque. – Pas beau cet agneau, genre maigre et mou à la fois, mais joli, plein de charme... -

 

Edouard (Melvil Poupaud)

 

Alors que la plupart des réalisateurs, c'est une maladie américaine, prennent pour interpréter des adolescents des acteurs plus âgés que l'âge de leur rôle. Benoît Jacquot semble s'être ingénié à choisir au contraire, des acteurs plus jeunes que leur emploi ou plus probablement faisant plus jeune. C'est assurément un choix courageux et même audacieux; c'est d'ailleurs la seule audace de mise en scène. Cet aspect juvénile est l'apanage des adolescents, en particulier des acteurs jouant Olivier et Bernard mais aussi de certains adultes comme Patrick Mille qui incarne Robert de Passavant. Il demeure que l'aspect de collégien d'Olivier le rend peu crédible en rédacteur en chef d'une revue littéraire.

L'oeuvre de Jacquot a un défaut récurrent aux films qui se déroulent dans le premier quart du XX ème siècle, le manque de moustaches. A l'époque de la guerre de 14 seuls les prêtres et les acteurs (et encore pas tous) n'avaient pas de moustaches; des faces de cul comme disaient les poilus français lorsqu'ils ont découvert les soldats américains qui venaient à leur rescousse et qui étaient presque tous glabres. Dans les années vingt la moustache amorçait un recul mais était encore largement majoritaire sous le nez des hommes. Il faudra attendre le début des années trente, avec l'arrivée massive du cinéma américain et un certain Adolf pour qu'en France son port connaisse un rapide déclin...

 


 

      
 Bernard (Jules-Angelo Bigarnet)

 

Vous me direz que ma critique manque de hauteur et que je m'attache trop aux détails. Vous avez raison, mais je vous répondrais que l'excellence d'un film se fait d'abord par la juxtaposition de détails justes.

Si, donc les premières scènes m'ont laissé, en ce qui concerne l'image dubitatif, mais il est vrai que le spectateur doit toujours faire un effort pour rentrer dans l'univers visuel d'un cinéaste, en revanche l'incipit textuel m'a ravi: << Rien n'est plus difficile à observer que des êtres en formation, il faudrait pouvoir ne les regarder que de biais. >>. Les ayant beaucoup regardé, « les êtres en formation » et pas seulement de biais, ce blog en témoigne, je ne peux que confirmer la justesse de cette phrase.


 

Olivier et Bernard

 

 

Benoit Jacquot a eu la funeste idée de reprendre les adresses au lecteur d'André Gide qui prennent dans le livre, un peu la forme de didascalies et qui ne montraient que les limites dans l'exercice romanesque de l'écrivain, son impuissance à faire des transitions fluides entre deux scènes. Le cinéaste les a transformées en bancs-titres silencieux, ce qui nous ramène au temps du cinéma muet. Cela certes ancre le récit dans les années vingt, mais surtout le hache inutilement. Jacquot est en cela malheureusement fidèle au roman, composé de scènes juxtaposées sans véritables traits d'union. Dans chaque épisode apparaissent une multitude de personnages. Pour ne pas trop élaguer l'intrigue (élagage très habile) le réalisateur a choisi d'en faire de courtes pastilles (certaines sont très réussies, et riches en sous-textes comme celle de la première visite d'Edouard à monsieur Lapérouse alors que d'autres sont lamentablement ratées, par exemple la scène dans l'escalier où Vincent avec Laura, sa maitresse engrossée, qui est par ailleurs amie avec Edouard.) se disputent. La rapidité de la succession des scènes d'un format trop court, fait que le spectateur n'a pas le temps de comprendre complètement, au début tout du moins, les liens qui relient tous ces personnages.

Par rapport au roman, le scénario fait l'impasse sur certaines scènes (les bancs-titres trouvent là leur véritable utilité, celle de résumer un morceau de l'histoire que le réalisateur n'a pas le temps nécessaire pour le mettre en images), ce qui était inévitable au regard de la durée imparti pour le film (environ 2 heures). Mais curieusement, sans raison à mon avis, il en bouleverse l'ordre, sans pour autant apporter plus de clarté au déroulement de l'intrigue. Ce découpage différent de celui du roman à pour résultat de focaliser le spectateur sur l'attirance mutuelle qu'éprouve Edouard et Olivier, l'un pour l'autre.

 

 

 

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Bernard (J.A Bigarnet) et Edouard (Melvil Poupaud)


On se demande pourquoi, sinon je le répète, la volonté de mettre en exergue la relation entre Edouard et Olivier, le scénario fait arriver l'entame du roman aux alentours de la vingt-cinquième minute du film alors que la scène dans laquelle Bernard (que l'on a pas encore vu à l'écran) joué par Jules-Angelo Bigarnet (que j'ai vu beaucoup plus physiquement à son avantage ailleurs qu'ici), le meilleur ami d'Olivier, sensé réviser le bac qu'il doit passer prochainement, lisant une lettre d'amour vieille de 17 ans adressée à sa mère, apprend qu'il n'est pas le fils de l'homme qu'il croyait son père. Bouleversé par cette nouvelle Il décide de quitter pour toujours, l'appartement familiale. C'est cette action qui dans le roman lance toute la mécanique de l'histoire, ce qui n'est pas le cas dans le film.

 


 

Vincent (Vladimir Consigny)

 

 

J'attendais avec impatience la mise en images du passage où Bernard en cachette rejoint la chambre de son ami Olivier. Jacquot a parfaitement réussi la scène mais lui a enlevé toute sensualité alors qu'il en a mis dans les rencontres entre Edouard et Olivier, ce que je n'ai pas autant perçu à la lecture... (ah la scène dans laquelle Melvil Poupaud soulève et prend dans ses bras musculeux l'Olivier moribond dans sa grenouillère moulante, pâmer comme une jeune vierge, le moment le plus torride du film!). Cet épisode se déroule dans la pénombre, malheureusement la caméra, probablement numérique, n'a pas aimé le manque de lumière alors que par ailleurs l'image, bien éclairée, dans tout le film a un beau piqué, est granuleuse dans cette séquence.

 

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La scène où Edouard découvre Olivier après sa tentaive de suicide (voir les images immédiatement ci-dessus) est pour moi, l'acmé du film (belle idée de cinéma que ces plans, caméra au plafond). On peut penser que la cause du suicide d'Olivier au petit matin, est qu'ayant connu dans la nuit entre les bras d'Edouards (et le reste) une telle félicité, pensant ne jamais plus connaitre un tel bonheur, il ait choisi de quitter ce monde sur ce souvenir magnifique. Mais peut-être est-ce là l'interprétation d'un pervers....    

 

Cette scène des deux garçons réunis à l'insu de leur famille dans la chambre de l'un, rappelle un passage des débuts des « Thibault ». Ce qui n'est guère surprenant, Roger Martin du Gard, étant pour Gide une sorte de consultant lors de l'écriture du roman... L'ouvrage lui est dédié.

Si avec « Les faux monnayeurs » Gide est incontestablement novateur quant à sa forme romanesque, il est également avant gardiste, en faisant surgir, en 1925, n'oublions pas la date à laquelle se déroule l'intrigue, avec le personnage de Sphroniska (Anne Bennent) qui « traite », le jeune Boris, le petit fils de monsieur Lapérouse, la psychanalyse qu'il qualifie tout de même, par l'intermédiaire d'Edouard, d'inquisition révoltante...

 


 

Olivier (Maxime Berger)

 

Les acteurs font presque tous une prestation estimable à l'exception de Vladimir Consigny, toujours bien beau garçon, dont J'avais découvert et apprécié la plastique dans « Hellphone » mais, qui ici se révèle un bien piètre acteur dans le rôle de Vincent. Mais dans cette distribution pléthorique, il est néanmoins meilleur que l'actrice, dont mon reste de charité chrétienne me fait taire le nom, qui joue Laura, la femme grosse des oeuvres de Vincent. Quant à Patrick Mille, en Robert de Passavant, bien que lui aussi d'aspect un peu trop juvénile, il est très bien en cauteleux pervers. Maxime Berger, boule bien certains mots, à l'inverse de Jules-Angelo Bigarnet qui a une belle diction, mais il ne faut pas trop en demander aujourd'hui aux adolescent français qui font acteur. C'est déjà rafraichissant d'entendre sortir de jeunes bouches le français sans l'horrible accent d'importation qui s'est imposé dans nos banlieues. Comme à son habitude Melvil Poupaud, parfait dans le rôle d'Edouard, sur lequel le scénario est centré, plus que le roman, sort du lot. A noter que Jean-Marc Stehlé qui interprète le rôle de monsieur Lapérouse et avec qui Melvil Poupaud a une des plus belles scènes du film, a joué dans plusieurs autres films de Benoit Jacquot. Jean Marc Stehlè est décédé en juillet 2013. Je trouve que Jean-Marc Sthelé, sous certains angles, ressemble à Gide âgé. Encore à propos des ressemblances pourquoi avoir fait de Jarry (1873-1907) (Jean-Damien Barbin), personnage qui n'apporte rien au récit, un sosie d'Antonin Artaud?

Cette apparition de Jarry est l'anachronisme le plus évident du film. Benoit Jacquot confond-il Jarry avec Dada? C'est Tristan Tzara qu'à la rigueur il aurait fallu convoquer, bien qu'en 1920 le dadaisme, déjà s'essoufflait...

 


A la longue l'anachronisme des habits des personnages est agaçant. Les vêtements datent tous d'au moins dix ans avant l'époque pendant laquelle se déroule le récit. S'il n'est pas adroit de costumer tous les comédiens à la dernière mode de l'année de l'action (comme ce qui est couramment fait, en particulier pour les histoires se passant en 1925, où l'on ne voit que des gommeux et des garçonnes évoluer dans des meubles art-déco du dernier cri, il est tout aussi regrettable de tous les habiller avec leur fond de placard! En revanche dans le passage se déroulant en Suisse (en fait tournés à Chamonix) le col roulé porté par Melvil Poupaud m'a surpris par sa modernité. Est-ce qu'un lecteur pourra me donner la date de l'apparition du col roulé?

 


Si les costumes créés par Christian Gasc plombent un peu cette adaptation, a contrario les décors sont de beaux écrins aux prestations des acteurs. On aurait pu néanmoins éviter l'inutile tarabiscotage de l'appartement des parents d'Olivier. La production a du rager que l'on voit aussi fugitivement à l'écran de si nombreux et si beaux intérieurs (Il y a peu d'extérieurs.).

 

Lilian Grifith (Dolorès Chaplin) et Passavant (Patrick Mille)


Le recul que l'on a aujourd'hui sur l'Histoire littéraire du XX ème siècle change notre perception d'une oeuvre, comme « Les faux monnayeurs ». Ainsi j'ai vu en Robert de passavant une caricature à charge, d'un mélange de Cocteau et de Drieu La Rochelle avec peut-être une pointe de Montherlant et la relation entre Robert de Passavant et Olivier, une méchante transposition de la liaison Cocteau-Radiguet. Si "Les faux monnayeurs" n'est pas un roman à clés, il n'est tout de même pas difficile de voir dans la relation entre Edouard et Olivier une transposition (idéalisé?) de celle de Gide (1869-1951) et de Marc Allégret (1900-1973).

<<... Marc Allégret, étudiant au physique spectaculaire est couvé depuis 1916 par "son oncle" qui a force de parfaire son éducation, en est tombé amoureux. C'est la première fois, ce sera aussi la dernière, que Gide éprouve un sentiment violent: il veut près de lui ce garçon au gout exigeant dont, le père, le pasteur Elie Allégret, a été son propre maître, trente ans plus tôt. Or si Marc donne toutes les apparences de "l'aimer bien", il prend à l'évidence plus de plaisir à se rendre au cirque ou aux premiers vernissages dadaistes avec Cocteau, qu'à hanter la bibliothèque un peu datée de son oncle quinquagénaire. >>

Claude Arnaud, Jean Cocteau, 2003, Gallimard

 

Cette citation de l'indispensable biographie de Cocteau par Claude Arnaud met en évidence que tout un pan des "Faux monnayeurs" n'était que la transcription à peine romancée de la vie de son auteur (déjà l'auto-fiction) et un peu un règlement de compte personnel. A la sortie du livre les critiques ne s'y sont pas trompés et ont reconnu en Robert de Passavant un portrait peu aimable de Cocteau. 


 

 


Les romanciers courent bien des risques à voir leurs oeuvres adaptées dans un autre médium, celui, bien sûr d'être trahi, mais aussi de voir mis en évidence certains défauts moins visibles à l'écrit qu'au cinéma. Ainsi cette adaptation renforce l'impression d'artifice qui lie les évènements entre eux. Elle met en lumière les hasards grossièrement irréalistes de la trame romanesque, comme celui de la rencontre de Georges et d'Edouard sur les quais de la Seine, ou encore le fait que Laura soit, à la fois la meilleure amie d'Edouard et la maitresse de Vincent, sans oublier la plus grosse ficelle scénaristique qu'est la perte du billet de la consigne de sa valise par Edouard, billet qui permet à Bernard de faire la connaissance de Laura qui, je le rappelle est la maitresse de son frère Vincent et au romancier d'inclure dans sa construction littéraire la forme du roman dans le roman, génialement novatrice lorsque Gide écrit « Les faux monnayeurs ». En quelques mots Edouard, le double fantasmé de Gide, énonce, dans une soirée au coin du feu, pendant laquelle Bernard est cette fois très mignon, Jules-Angelo Bigarnet (quel blaze!) m'évoque irrésistiblement dans cette scène le Nael Marandin d'il y a quelques années, la théorie romanesque de Gide, mise en abime. Gide n'est néanmoins pas le premier à tenter cette construction, Diderot (et quelques autres qui n'apparaissent pas immédiatement à ma cervelle fatiguée) s'y est essayé avant lui.

 


Encore plus qu'à la lecture, la version de Benoit Jacquot met en évidence le superfétatoire de l'épisode Boris, qui ne semble être là que pour faire avaler les turpitudes de ces messieurs avec leurs jeunes pousses littéraires. Benoit Jacquot a eu la bonne idée de faire disparaître quelques intigues secondaires et parasites, comme celle où des camarades de lycée de Bernard et d'Olivier qui participent à un trafic de fausses pièces. En conséquence le personnage de Strouvilhou (l'incarnation du mal?) disparaît. La disparition de ce pan du livre n'est génant que parce qu'il lui donnait son titre. Néanmoins la fausse monnaie est bien sûr une métaphore. Edouard lui même, lorsque, en Suisse, au coin du feu, on le presse de donner le titre du roman qu'il est en train d'écrire, dit que les fausses pensées des gens sont comme les fausses pièces. Armand, le jeune dépressif cynique est un autre personnage du roman qui passe à la trappe dans l'adaptation de Jacquot (il a également fait un sort aux masturbations de Boris) qui en réalité et avec raison, ne s'est intéressé qu'aux quatre personnages qui ont réellement épaisseur et vérité dans le roman qui pourrait se résumer, si l'on va jusqu'à l'os, en la concurrence de deux adultes pour s'attirer les faveurs de deux garçons...

 

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Dans la vie de Gide toute la période de l'écriture des « Faux monnayeurs » est sous le signe de la pédérastie. L'édition courante de Corydon paraît la même année que le roman et Gide est en pleine idylle avec Marc Allégret qui a envisagé de porter « Les faux monnayeurs » à l'écran. Comencini en a eu également le projet. Dans les années 90 c'est Agnieszka Holland avec Françoise Giroud pour l'adaptation cinématographique qui a tenté de monter, sans succès l'opération.

 

 

Presque jamais Benoit Jacquot se libère de la déférence réfrigérante qu'il a pour l'oeuvre de Gide. Ce qu'il aurait fallu montrer, pour réchauffer tout ça, c'est immédiatement après le carton sur lequel on lit: Robert de Passavant s'occupe d'Olivier, c'est un plan moyen bien honnête de Passavant enculant Olivier. Ce qui aurait été certes un anachronisme de la chose écrite de 1925 mais pas du vécu des deux personnages...

 

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Nota: 

1- Tout d'abord, merci à Bruno qui m'a permis de voir ce film que j'avais raté lors de son passage à la télévision. Il a été depuis édité en D.V.D.

2- Ensuite je voudrais signaler que pour commenter l'adaptation de Benoit Jacquot, j'ai relu le roman de Gide. Il me semble que c'est ce que devrait faire tout critique, lire l'oeuvre originale, lorsqu'il doit traiter d'une adaptation. Malheureusement on peut constater que c'est rarement le cas!

3- A cette adresse: http://e-gide.blogspot.fr, on trouvera une mine de connaissances sur Gide où tout gidien doit se perdre.

4- Via mon e-mail, j'ai reçu le judicieux commentaire auquel je répond à sa suite (cher lecteur je vous rappelle que tous les commentaires sont les bienvenus, mais si possible utilisez la touche commentaire qui se trouve à la fin de chaque billet pour déposer ceux-ci. Il suffit de cliquer sur ce le mot commentaire, toutefois vous pouvez passer comme l'a fait Claude L. par l'hébergeur.


FAUX MONNAYEURS - D'accord sur les grandes lignes de votre billet relatif au film dont je viens de voir le DVD. Toutefois, d'après d'anciens souvenirs (j'ai 83 ans) il me semble que si film et roman paraissent "hachés" par découpage et juxtaposition des scènes, (plus inclusion du journal d'Edouard dans le roman) sans trait d'union, c'était pour donner l'impression de la quasi simultanéité des différentes actions, procédé utilisé par Sartre dans les Les chemins de la liberté où il emploie le même subterfuge narratif. Aussi, cela aurait fait dire à Gide à qui l'on demandait son opinion (mauvaise) sur 'les Chemins de la liberté' de Sartre "Je ne trouve pas cela assez 'genuine' rappelant ainsi son "antériorité". Le cinéma étant, entre autre, l'art du découpage et du montage, l'artifice n'en est que plus visible et parfois, gênant. - Bien amicalement CL. J'apprécie le film et j'accepte les garçonnets ; et tant pis si au nom de la vraisemblance il leur manque quelques poils au menton !

Claude L. Paris 15ème

Réponse: Votre remarque est fort juste en effet Sartre a utilisé ce procédé pour "Les chemins de la liberté" gros roman que Sartre a été incapable de terminer mais qui est tout de même intéressant et qui ne mérite pas le dédain qui l'entoure. Mais beaucoup plus que les faux monnayeurs c'est du Manhattan transfert de Dos Passos que Sartre c'est inspiré. C'est beaucoup plus convaincant chez l'américain qui a oser procéder par collage et s'est débarrassé des inutiles et lourdes transitions mais le chef d'oeuvre de ce type de construction dans le roman c'est "Contrepoint" d'Aldouxs Huxley.

 

Pour retrouver Melvil Poupaud sur le blog:  Les faux monnayeurs, un film de Benoit JacquotQuel est Mon noM de Melvil PoupaudUn conte de Noël, un film de DespléchinLe temps retrouvé de Raoul Ruiz


Publié dans télévision et radio

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Bruno 04/06/2014 01:56

Au sujet du col roulé, Wikipédia parle de 1890 environ...

http://1.bp.blogspot.com/_uK5ySGsRoMs/Swr3xxiBh9I/AAAAAAAAAPA/aTV2SAaAMBk/s1600/paysage_olympiques_montherlant_II.jpg

doit bien dater de 1935 ;-)

B.A. 04/06/2014 06:58

merci pour cette précision, il n'y a donc aucun anachronisme au point de vue du col roulé de la part de Jacquot.
Toutes les photos illustrant "Paysage olympique" dues à Egermeier datent de 1939.

Bruno 23/02/2014 21:38

merci pour les remerciements ;-)
maintenant, je suis plongé dans la biographie de Pierre Herbart par JL Moreau, qui vient de paraître chez Grasset. très curieux...

lesdiagonalesdutemps 23/02/2014 22:25



Vous m'en direz ce que vous en pensez j'étais un peu tenté. J'ai presque fini le deuxième tome des mémoires de Foncine que je trouve plus intéressant que le premier. article dans pas trop
longtemps



Ismau 23/02/2014 19:23

Je voulais remercier Bruno de m'avoir rappelé la lecture du Ramier, que j'avais regrettablement différée puis oubliée . C'était fort dommage : ce texte est délicieux, et c'est un charmant
complément à l'oeuvre de Gide, malgré sa brièveté il a son importance .
Il y a aussi une très intéressante préface, qui situe l'action et les personnages, en particulier le grand ami de Gide, Eugène Rouart, dont j'ignorais la personnalité secrète, qui se découvre avec
des extraits passionnants de leur correspondance .
Cette découverte d'Eugène Rouart, je me permets d'en parler un peu ici, pensant que ce personnage méconnu mérite une certaine attention .
C'est une personnalité au double visage, révélatrice de l'époque : d'un côté l'apparente réussite sociale et familiale avec une femme de très bon milieu, belle, douée, deux fils, et puis une
brillante carrière politique ; de l'autre toute une vie d'aventures cachées (mais finalement bien sûr moins cachées qu'aujourd'hui ) avec de jeunes garçons . La biographie de Dominique Bona
« Deux soeurs », donne beaucoup de précisions étonnantes sur cette organisation de la société d'alors, bien différente de la nôtre, sur le calamiteux couple d'Eugène Rouart , sur
l'entourage de Gide dont presque tous les amis ont les mêmes pratiques sexuelles, mais dissimulées, n'ayant pas le même goût de la vérité (ou goût du scandale, c'est selon) .
Du coup, j'ai relu « L' école des femmes » . Eugène Rouart étant le modèle de l'odieux mari hypocrite , et Gide se mettant successivement à la place de sa femme brimée, et de sa
fille, en écrivant à leurs places de faux journaux intimes ... forcément très féministe !
Enfin, je me réjouis de connaitre maintenant presque tous les protagonistes du tableau de J. E Blanche «  André Gide et ses amis au Café maure de l'exposition universelle de 1900 » :
depuis peu, j'avais cerné son grand ami Ghéon, écrivain-médecin, assis à gauche, compagnon de débauche qui finira dominicain !... et maintenant donc, Eugène Rouart, écrivain raté-agronome raté,
debout tout à fait à droite, compagnon lui aussi de débauche, et qui finira lui seulement sénateur de la Haute-Garonne ...

lesdiagonalesdutemps 23/02/2014 21:07



Ah la la je ne connais rien de tout cela, en voilà de la lecture en perspective mais ouf, je connais un peu le peintre J_E Blanche, un fameux cachotier aussi celui-là mais peut être un peu plus
malin dans la dissimulation que les autres d'après ce que vous écrivez. J'aime beaucoup la chute de votre commentaire "et qui finira seulement sénateur de la Haute-Garonne" j'en connais qui
aimerait bien finir ainsi.


Je suppose que le Rouart dont vous parlez est de la famille de Jean-Marie Rouart auquel je trouve aucun talent. Ce nom m'évoque le Figaro savez vous que d'Ormesson va être publié de son vivant
dans La Pléiade. Gallimard se déconsidère complètement non que Jean d'O soit nul, La gloire de l'empire c'est très bien mais enfin quand on songe que des auteurs comme Beauvoir, Graham Green,
Huxley, Orwell, Mishima, Buzzati, Modiano, et même son confrère Michel Déon ne sont pas dans la Pléiade... (j'ai cité quelques noms dont j'aperçois les livres dans ma bibliothèque... 


merci pour cet excellent commentaire



Bruno 19/10/2013 01:14

Trop jeunes nos Olivier et Bernard ?
Le film de Jacquot fut tourné à la mi 2009
Nos deux jeunes acteurs avaient...16 ans
Je ne sais plus si Gide évoque la première partie du bac
ou la seconde, tel qu'il se passait à l'époque, je ne
sais non plus rien sur l'âge moyen des bacheliers de 1910,
mais, moi, Monsieur ;-) , j'ai eu mon bac à 16 ans !

Concernant le détail des pratiques du même André, on peut lire, avec plaisir, "Le Ramier" que Gallimard OSA publier
en 2002, récit d'une nuit, le 28 juillet 1907

lesdiagonalesdutemps 19/10/2013 07:56



Tout comme moi monsieur.


Mes je précise que les acteurs font certainement plus jeunes que leur âge et c'est le cas, ce n'est d'ailleurs pas valable que pour les jeunes acteurs (idem aussi pour Boris), il y a aussi une
certaine juvénilité chez l'interprète de Robert de Passavant. Curieux la date de ce tournage. Le film est donc resté longtemps sur les étagères à moins que son montage ait été laborieux...



ismau 19/10/2013 00:17

Grâce à vous, je découvre à l'instant le Journal des Faux-Monnayeurs, enfoui dans ma bibliothèque, tellement bien caché que je croyais l'avoir perdu depuis longtemps . C'est pourquoi je ne l'avais
pas lu, moi non plus, mais je vais y remédier dès ce soir ( avec le plaisir d'échapper pour un moment à La Prisonnière de Proust : vous aviez raison, c'est assez pénible ! ) .
Peut-être cette lecture pourra-t-elle nous départager sur la question de la modernité ou des maladresses de style . En tous cas, Les Thibault me semblent d'une écriture moins novatrice, très ou
trop classique, et Martin du Gard à cette époque dans la position humble et admirative du jeune écrivain par rapport à son aîné . Je trouve justement une remarque de Gide à ce sujet, qui me
convient, en feuilletant Le Journal des FM : « Je reprocherais à Martin du Gard l'allure discursive de son récit ; se promenant ainsi tout au long des années, sa lanterne de romancier éclaire
toujours de face les événements qu'il considère, chacun de ceux-ci vient à son tour au premier plan ; jamais leurs lignes ne se mêlent et, pas plus qu'il n'y a d'ombre, il n'y a de perspective
. »

Votre thèse de l'amour simultané pour les deux garçons est séduisante ...
Mais en étant fidèle à la lettre du texte, je ne voyais simplement l'un que comme le négatif arbitraire de l'autre, physiquement et dans le caractère . Edouard s'intéresse au plus faible, celui qui
est le plus enfantin, que l'on peut protéger et éduquer . L'autre est plus mûr, presque sur un pied d'égalité, et donc en concurrence avec lui .
Ce qui est sûr, c'est que Marc appelle bien Gide « l'oncle André »

Je repensais ce matin à l'importance du détail vestimentaire, que vous étudiez au début de votre critique, en lisant un extrait du Journal Inutile de Morand, au sujet d'Albertine : « Proust
lui fait mettre les mains dans les poches de sa robe de chambre en oubliant que les peignoirs de femme n'en ont pas » Le lecteur qui le sait le remarquera peut-être, mais moi je l'ignorais,
comme quoi il ne faut pas mépriser ces petits détails !
Quant aux moustaches protestantes ... je sais juste qu 'à cette époque, mon grand-père et mon grand-oncle, tous deux pasteurs, portaient la moustache . J'ai l'impression que ce sont simplement
les tenants de la modernité qui l'ont abandonnée : les écrivains les moins conservateurs ( souvent athées et protestants ) et aussi Cocteau coquettement d'avant-garde qui n'en a jamais eu .
Dans Les Jeunes filles en fleurs, j'ai vérifié, il  joue « très bien » au golf  . J'ai pensé au tableau de Blanche où il se trouve dans un jardin à Offranville, tenant en avant
une canne, que je prenais du coup pour une canne de golf . Claude Arnaud dit que Cocteau ne s'est pas reconnu dans ce personnage,qui pourtant lui ressemble bien plus précisément que le personnage
de Passavant, je suis bien d'accord : Passavant n'a pas un seul modèle mais plusieurs et une part d'invention .

Que la sodomie fasse horreur à Gide est une certitude . Son autobiographie sensuelle et sexuelle est d'une audace de précision qui ne cesse de m'étonner pour son époque . Pourquoi aurait-il menti
sur ce sujet, alors qu'il avouait par ailleurs ce que tous lui demandaient de taire ?

lesdiagonalesdutemps 19/10/2013 08:22



Vos commentaires sont vraiment indispensables. J'y apprend que nous avons bien des lectures communes comme le "journal inutile" de Morand, très utile en vérité comme le prouve ce détail de la
vêture des dames, comme quoi on peut être un tenant du style cursif et être attentioné aux infimes détails. C'est amusant de reprendre Proust sur le costume féminin, lui qui prenait tant de temps
auprès de ses amies pour s'informer sur le sujet.


Le détail sur le golf m'intéressait car j'y ai joué jadis. J'étais assez mauvais mais cela m'amusait beaucoup. J'ai abandonné cette distraction faute de green à proximité...


Votre remarque sur la moustache frontière entre modernistes et tenants de la tradition est intéressante, je me demande si il ne faut pas y voir aussi une certaine anglomanie, la moustache outre
Manche a reculé plus vite qu'en France, la probable influence des Etats-unis...


Je trouve bien injuste le dédain que l'on porte à Roger Martin du Gard, bien meilleur romancier que Gide, même si les remarques de ce dernier sur les Thibault ne sont pas fausses. Il reste que le
roman fleuve de Martin du Gard a beaucoup mieux vieilli que la plupart des écrits de Gide, sauf le journal et le grain... C'est l'avantage du classicisme, rien ne se démode plus vite que les
avant-gardes, voir Cocteau dont certains passages du journal sont d'une rare bêtise.


Si en général vous avez raison sur la position de Roger Martin du Gard vis à vis de Gide, ce n'est pas le cas en ce qui concerne l'écriture des Faux monnayeurs, voir les notes sur le roman dans
le volume de La pleiade, Gide avait bien conscience qu'en matière de construction romanesque, son ami, avait un savoir qu'il n'avait pas. L'influence du début des Thibault sur les Faux monnayeurs
me parait indéniable. L'erreur de Gide avec autant d'intrigues imbriquées est d'avoir fait trop court (manque de souffle?). A l'inverse on peut penser que Roger Martin du Gard a fait trop long.
Lisez aussi l'inachevé, Colonel de Maumort qui ainsi paradoxalement non terminé parait plus moderne que Les Thibault... 



ismau 17/10/2013 22:16

A la lecture de votre très intéressante critique, je regrette un peu d'avoir méprisé ce film lors de sa diffusion, et de ne pas l'avoir vu .
Aimant Gide d'un grand amour de jeunesse, je craignais une déception inévitable en ne retrouvant pas les images qui sont les miennes . Je ne voyais pas comment il était possible de traduire au
cinéma son habileté de style .
Ce que vous trouvez maladroit : « son impuissance à faire des transitions fluides » me semble justement une des caractéristiques de cette habileté : elle nous le montre en train d'écrire,
et d'inventer cette histoire parfois volontairement peu crédible .

Cependant, les images que vous présentez du film m'ont donné une impression tout à fait favorable .
Seule gêne pour moi : Bernard et Olivier semblent c'est évident trop jeunes pour des bacheliers .
Pour les moustaches, j'ai vérifié sur l'album Gide, et vu qu'en effet dans son entourage elles étaient en net recul à l'époque, mais existaient encore . Gide lui, pourtant ni prêtre ni acteur (
mais un peu les deux ) n'en avait plus depuis 1903 .
Les images de la scène où Edouard s'occupe d'Olivier après sa tentative de suicide me semblent parfaites . L' interprétation perverse est justifiée, puisque suggérée par Gide lui-même . Très bien
aussi, s'il n'y a pas de sensualité entre Bernard et Olivier : il n'y en a d'ailleurs jamais chez lui entre amis de même âge .

Quant à la part d'autobiographie, en relisant le Journal depuis juin 1917, je la trouve vraiment très riche : une matière vivante pour le roman ( des anecdotes, des prénoms, des personnages, et
bien sûr son violent amour pour Marc )
Le plus étonnant étant la relation du voyage en Suisse avec Marc, été 17, comme une préfiguration fictionnelle avec dédoublement, puisqu'il change leurs prénoms en Fabrice et Michel .
Dans le Journal il y a aussi le 8 décembre, la soirée mondaine où Marc retrouve Cocteau . Gide note sa terrible jalousie, mais il est rassuré dès le lendemain et le note aussi . Ensuite il n'en est
plus
question . Je pense donc que cette dérisoire histoire de séduction n'est finalement qu'une matière romanesque pour Gide, pas plus . D'ailleurs, j'ai lu la version de Cocteau, qui va dans le même
sens . Et celle de Marc Allégret, qui dit qu'il voulait juste s'amuser un peu, et faire marcher son « oncle ».

C'est amusant, grâce à Claude Arnaud ( dont je n'ai pas lu le dernier livre, mais que j'ai entendu à la radio ), je viens de découvrir une autre histoire romanesque de Cocteau séducteur .
Celle-ci est encore plus cachée ... tant que l'on ignore qu'Octave, personnage très secondaire de dilettante golfeur de la Recherche, est en fait Cocteau . D'abord le narrateur le trouve stupide
«  une nullité intellectuelle », plus tard au contraire il avoue s'être trompé et trouve ses « oeuvres admirables » !!!
Et puis, c'est encore plus fort , c'est lui qui serait sans doute responsable du départ d'Albertine, il lui aurait « volé » Albertine ...
Peut-être connaissiez-vous cette clef ? Pour ma part, j'ai eu l'impression de découvrir un secret, en cherchant Octave dans l'index des noms de la pléiade ... car j'avais croisé ce personnage dans
ma lecture de Proust sans faire attention à lui, et pourtant il est merveilleusement décrit .

Pour conclure ce trop long commentaire, je réprouve totalement votre idée réchauffante de Passavant enculant Olivier !
Cette provocation serait très divertissante ... mais n'a rien « à voir avec le vécu des deux personnages » s'ils sont Cocteau et Marc Allégret .
Ensuite, mais vous le faites exprès, c'est anti-gidien au possible . La pensée même de cette pratique lui fait horreur . Il en parle précisément dans Si le grain ne meurt, à plusieurs reprises, en
osant être très précis sur ses pratiques personnelles, ensuite lors de sa rencontre avec Wilde et Douglas qui eux n'ont pas les mêmes délicatesses ...




.

lesdiagonalesdutemps 18/10/2013 11:17



Je dois tout d'abord admettre une grosse lacune. Je n'ai pas lu le journal des faux monnayeurs, il faudrait que je le fasse.


Ceci dit, je vous trouve bien indulgent pour l'oncle André comme l'appel avec esprit Bruno. Je maintiens que les transitions dans le roman sont maladroites et guère plus réussi (un peu tout de
même) dans le film. Et je ne crois pas que Gide avait pour but d'écrire une histoire peu crédible. Je vois plutôt un essai, une sorte de challenge qu'il se serait lancé de faire mieux ou aussi
bien que Les Thibault que son ami Roger Martin du Gard était en train de concocter. D'ou l'intrication des personnages et des intrigues mineures qui sont à mon avis là (mais je pense que ce
n'était pas conscient chez Gide) pour faire passer la pillule tout de même assez difficile à avaler à l'époque (et encore plus maintenant) de l'amour de deux hommes pour deux garçons (il est
amusant de lire en miroir avec Les faux monnayeurs le tome du journal de Claude Michel Cluny, l'or des dioscure qui se lit comme un roman où un homme est amoureux de deux garçons en même temps,
mais lui ne choisit pas alors qu'Edouard choisit Olivier au détriment de Bernard (scéne de la chamber que partage Bernard et Edouard en Suisse). Pour ma part je n'aurais pas fait le même choix...


Tout ce que vous dites sur le journal de Gide est passionnant, je ne l'ai pas relu pour cet article. Je vais m'y replonger mais je n'ai, en Pléiade, que la première édition et non le seconde qui
aurait été augmentée. 


Les moustaches, ce qui me gène c'est leur absence totale dans le film. Il aurait du être daté précisément. Je fais une hypothèse: les moustaches auraient-elles été plus rare dans le milieu
protestant? Hélas pour moi l'ami pasteur qui aurait pu m'éclairer sur ce point (une sommité dans sa partie) a eu la mauvaise idée de rejoindre son créateur l'année dernière...


oui oui je connaissais cette clé (moi non plus je n'ai pas encore lu le livre de Claude Arnaud mais il est dans ma liste des prochains livres à acheter, je suis en ce moment avec les écrivains
gay américains, billet prochainement, et comme vous je l'ai entendu à la radio.) ceci dit Cocteau à ma connaissance ne jouait pas au golf...


Pour l'éventuel sodomie, je ne sais pas ce qui s'est passé entre cocteau et Allégret, mais les personnage du roman ne sont pas (entièrement) Cocteau et Allégret et ceux du film encore moins. Il
est très clair dans le roman (c'est un roman ne l'oublions pas, nous sommes un peu trop pollué par l'auto-fiction où l'on oublie d'ailleurs trops souvent le mot fiction) et encore plus dans le
film. Si Robert de Passavant à des cotés de Jean Cocteau, il n'est pas du tout Cocteau en tout. Que je sache Cocteau n'était pas antisémite et avait une mère qui avait à cette époque de sa vie
une grande importance. Le personnage du livre est composite et comme je l'écris le personnage dans le film, de même. J'y ajouterais le nom d'Henri Béraud à ceux que je cite.


Que la sodomie fasse horreur à Gide, soit, encore que l'on ne fasse pas toujours ce que l'on écrit, mais il s'agit du personnage de Passavant qui n'est pas l'alter ego de Gide, c'est Edouard son
porte parole...


A noter que dans le film le personnage de Passavant est plus noir que dans le roman où Gide lui reconnait quelques mérites...


Si le grain ne meurt, modèle des mots de Sartre, est très beau.


merci de votre commentaire que je ne trouve en rien trop long.


P.S. en relisant votre précédent commentaire, mais quel serait l'intérêt d'une critique qui ne serait pas subjective... 


 



Bruno 16/10/2013 16:26

J'aime P. Billard. Déjà, sa biographie de Malle, montrant une telle empathie avec son sujet, m'avait emballé
Dans "André Gide et Marc Allégret, le roman secret", paru chez Plon en 2006, P.Billard raconte le relation de 1917 à 1951... cela laisse rêveur..sans rien occulter du fossé entre les purs
intellectuels ( Tonton :"ahh, la NRF, mon cher") et le plus fragile Marc ( Tonton :"ahh, le cinéma..peuh..")
Associer, le cas échéant avec "André Gide, Marc Allégret, correspondance, 1917-1949" Gallimard, Cahiers de la NRF 2005, attention 900 pages... ;-)

lesdiagonalesdutemps 16/10/2013 16:47



Vous allez être responsable de ma double ruine, d'abord financière pour acheter tout cela puis physique à cause des nuits blanches pour lire ces pavés.


Merci pour les références.


J'ai également bien aimé la biographie, très enlevé de Malle cinéaste que par ailleurs j'ai toujours beaucoup aimé (ah le souffle au coeur, mais aussi Milou en Mai, ascenseur pour l'échafaud et
ses films américains...



Bruno 16/10/2013 15:59

Merci pour cette belle analyse.
Même avis pour la raison de la tentative de suicide d'Olivier...
Les Faux Monnayeurs ayant été au programme de l'agrégation de lettres modernes l'année dernière, nous avons une pile de para textes amusants à relire, genre Les Faux pour les Nuls...
Cocteau a bien tenté de piquer Marc à André, relire Le Roman Secret de l'excellentissime P. Billard
De toute façon je ne peux pas être impartial avec Melvil
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 16/10/2013 16:17



Je n'ai pas lu le roman de Billard (qui me tente) quel en est l'éditeur, mais Claude Arnaud raconte très bien dans la biographie de Cocteau comment ce dernier tente de séduire Marc Allégret à
Gide. L'énorme livre de Claude Arnaud va beaucoup plus loin que la seule biographie de son modèle. Je pense d'ailleurs que Claude Arnaud est beaucoup plus intelligent que son modèle...