LES ÉQUILIBRISTES

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Fiche technique :

Avec Lilah Dadi, Michel Piccoli, Polly Walker, Doris kunstmann , Patrick Mille, Jacky Nercessian, Juliette Degenne, Laurent Hennequin, Olivier Pajot, Bernard Farcy, Guy Louret, Emiliano Suarez, Michel Palmer, Michel Novak, Nathalie Sevilla, Jacques Labarriere, Luc kienzel, Jourand-Briquet, Mathias Jung, Jean-Gilles Barbier, Yannick Becquelin, Pascal Ricuor et  Philippe Cal.

 

Réalisation : Nico Papatakis. Scénario : Nico Papatakis. Directeur de la photographie : William Lubtchansky. Musique : Bruno Coulais. Montage : Delphine Desfons. Décors : Gisèle Cavali, Sylvie Deldon et Nicos Meletopoulos. Son : Laurent Lafran.


France, 1991, Durée : 105 mn. Disponible en VF.


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Résumé :

 
Paris, au début des années soixante, pendant la guerre d'Algérie, l'écrivain Marcel Spadice (Michel Piccoli), homme de lettres célèbre et homosexuel notoire a été déstabilisé par une biographie qui a révélé ses côtés les plus sombres. Il est fasciné par le jeune et beau valet de piste du cirque parisien Imira, Franz-Ali (Dadi Lilah). Sa mère est allemande et alcoolique, son père, un arabe, est mort pendant la seconde guerre mondiale. Spadice provoque une rencontre par l'intermédiaire d’Hélène Lagache, à la fois son égérie et son entremetteuse sexuelle. Le grand homme tombe immédiatement amoureux de Franz-Ali en qui il voit le plus bel équilibriste du monde. Il promet au jeune homme, qu’il fétichise sous la forme d’un phallus géant, de l'aider à réaliser son rêve : devenir un talentueux funambule. L'écrivain décide de se charger de son entraînement. Le garçon se soumet aux exigences du maître, au péril de sa vie. Malheureusement, le jeune funambule tombe de son fil et se blesse grièvement. Il ne sera jamais le plus grand équilibriste. Dès ce moment, Spadice, pygmalion déçu, abandonne le garçon pour jeter son dévolu sur un nouveau jeune homme, Freddy, un passionné de course automobile. Franz-Ali, désormais ne vivant que pour survivre, trop blessé physiquement et moralement, se suicide.


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L’avis critique

 
Les Équilibristes, qui s'inspire d'un épisode amoureux de la vie de Jean Genet, est la peinture de la violence de la domination totale exercée par le maître sur sa créature. Néanmoins, le film ne relève jamais d’une reconstitution de la vie de l’écrivain.
Peu de créations sont autant en inéquation avec son auteur. En effet Papatakis, hétérosexuel flamboyant et grand ami de Jean Genet, parait bien mal placé pour raconter cette histoire sordide où le grand écrivain, mû par un désir sexuel pour un jeune homme paumé, se met dans la tête d’en faire une vedette de cirque. Mais lorsque le mentor s’aperçoit que l’objet de son fantasme n’atteindra pas les sommets, il le jette, pauvre pantin brisé maintenant indigne de distraire le maître.
Ce tragique épisode de la vie de Genet est “certifié” par son biographe, Edmund White : « Il poussa son amant Abdallah, funambule de profession, à tenter des numéros toujours plus périlleux, jusqu’à ce qu’il chute, non pas une, mais deux fois; estropié il finit par se suicider, avec le Nembutal de Genet. » Des rapports et leur triste conclusion qui rappellent ceux qu’entretenait Bacon avec George Dyer, sujet de Love is the devil, film de John Maybury plus réussi que celui-ci.
Cette variation étrange sur le mythe de Pygmalion, tragédie d’une relation fondée sur la hantise de la mort et le désir d’éternité, n’a pas la force que son scénario était en mesure de lui insuffler car en se privant du nom de Genet, Papatakis prive son film de tout le hors champs que celui-ci lui aurait apporté. Toutes considérations relevant du droit mis à part, qui sont très importantes dans ce genre de projet, changer le nom d’un protagoniste historique, que le spectateur attentif pourtant ne peut que reconnaître, est presque toujours un aveu de faiblesse artistique. C’est une facilité qui, par exemple, évite le souci de ressemblance physique entre l’acteur et son personnage.


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Le film est d’autant plus dérangeant pour les mânes de Genet qu’il nous amène à penser que son souci de la cause arabe est surtout dictée par le cul, alors qu’il serait temps de dire simplement qu’il n’est que celui d’un homme dont la conscience politique n’a pas toujours été exacerbée. Il exulta lorsque les troupe allemandes entrèrent dans Paris... Ceci dit, il n’est pas le premier et sera encore moins le dernier a avoir été sensibilisé à une cause par l’intermédiaire du sexe, ce qui n’est peut-être pas la plus mauvaise manière d’accéder à la conscience politique. Les chemins d’un Gide ou d’un Montherlant vers l’anticolonialisme passent par cette même voie. Il est d’autant plus incompréhensible que Papatakis ait évacué la relation intime entre les deux amants. Il ne montre pas le désir physique entre Spadice et Franz-Ali, alors qu’il est le centre de toute l’histoire.
Ne doit-on pas voir en partie dans Les Équilibristes le règlement de compte envers Genet d’un ami dépité, Papatakis, même si le portrait qu’il dessine de l’écrivain n’est pas en contradiction avec les témoignages littéraires que l’on connaît, par exemple dans le Journal(éditions Gallimard) de Jean Cocteau ou dans les Nouvelles minutes d’un libertin (éditions Le promeneur) de François Sentein, ni avec la biographie quelque peu laudative d’Edmund White ? Mais il aurait pu aussi bien choisir d’autres épisode de la vie du grand écrivain, qui sut aussi se montrer généreux et fidèle en amitié avec d’autres de ses anciens amants. Mais peut-être faut-il voir dans le film un hommage à l’autre vrai protagoniste de cette tragédie, Abdallah ? Le cinéaste, en 1964, a assisté à son enterrement et n’a jamais oublié...
Les Équilibristes n’est pas seulement l’histoire que Genet eut avec Abdallah, c’est plus une compilation de plusieurs aventures amoureuses vécues par l’écrivain qui, à la fin de sa vie, fut amoureux d’un autre artiste de cirque, Alexandre Bouglione, qui n’était pas cette fois fildefériste mais dompteur de lions. Quelques années auparavant, il avait été l’amant d’un jeune coureur automobile comme Freddy (Patrick Mille), par ailleurs ce garçon était le beau-fils de l’acteur d’Un Chant d’amour ; Genet en fera son exécuteur testamentaire.
La réalisation est fade. Chaque plan est attendu. Sauf dans la scène de funanbulisme où le kitch assumé concourt à l’émotion. Alors qu’il aurait fallu érotiser les corps masculins le réalisateur n’y parvient jamais, pourtant il y avait de quoi faire avec celui – magnifique – de Lilah Dadi. Ses essais dans ce domaine sont assez pitoyables, notamment au début la rêverie érotique de Spadice lors de la parade du cirque. L’image, majoritairement dans les bruns et les rouges, est assez laide et manque de précision.
Les scènes de cirque ont été réalisées dans celui d’Amiens où furent déjà tournés les filmsLes Clowns de Fellini et Roselyne et les lions de Beinex.

 

Les Equilibristes - Polly Walker Image 7 sur 7


Le suicide du jeune homme lors d’une cérémonie funèbre rappelle Les Enfants terribles de Cocteau. On peut aussi repérer dans le déroulement du film d’autres éléments issus de la vie et de l’œuvre de Genet. Le livre qui dissèque les comportement de l’écrivain est dans la réalité Saint Genet, comédien et martyr de Jean-Paul Sartre.
Michel Piccoli est remarquable, comme à son habitude, dans ce personnage d’intellectuel démiurge pervers et calculateur, tenant toujours le spectateur à distance. On peut le voir également dans des rôles d’homosexuel dans Le Bal des casse-pieds d’Yves Robert et dansLa Confusion des sentiments d’Étienne Perier d’après Stefan Zweig, mais aussi dans Rien sur Robert de Pascal Bonitzer. Quant à Lilah Dadi, qui ne démérite en rien face à Piccoli, on peut le voir épisodiquement sur le petit écran. Il fut notamment Mourad Beckaoui, personnage récurrent de la série P.J. sur France 2.
La reconstitution habile et soignée de l’atmosphère du Paris des années 60 s’accomode bien au jeu daté et distancié des seconds rôles souvent caricaturaux. Pourtant, du tout émane un envoûtement dans des scènes qui pourraient être signées Fassbinder.
La vie de Nico Papatakis ferait un film formidable… que l’on en juge un peu : né en 1918 à Addis Abeba en Éthiopie, le jeune Papatakis s'oppose au régime de Mussolini lors de l’invasion de l’Éthiopie par ce dernier qu’il combat en se ralliant à l'empereur Hailé Sélassié 1er. Mais il est contraint de s'exiler et se réfugie d'abord au Liban, puis en Grèce. En 1939, il part pour la France et s'installe à Paris. Papatakis fréquente l'intelligentsia parisienne de l'époque dont Jean-Paul Sartre, André Breton, Jacques Prévert, Robert Desnos, Jean Vilar. C’est alors qu’il se lie d'amitié avec Jean Genet.
En 1947, il créé le cabaret de La Rose Rouge qu’il va diriger jusqu'au milieu des années 1950, cette scène qui va être un formidable tremplin pour de nombreux artistes parmi lesquels Les Frères Jacques et Juliette Gréco (il est à l’origine de la fameuse robe noire de la chanteuse). Entre-temps, Papatakis a épousé l'actrice Anouk Aimée dont il a eu une fille, Manuela, en 1951.

 

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En 1950, il produit et finance le film de son ami Jean Genet, Un Chant d'amour. Mais l'unique œuvre cinématographique du sulfureux écrivain est censurée et ne sortira qu'en 1975.
En 1957, pour des raisons politiques, il quitte la France pour les États-Unis et se fixe à New York. Il se lie avec le mannequin allemand Christa Päffgen. Elle lui emprunte son vrai prénom et devient ainsi la légendaire Nico, égérie d'Andy Warhol et du Velvet Underground.
En 1959, Papatakis rencontre le réalisateur John Cassavetes qui a des difficultés financières pour terminer son premier long métrage Shadows. Il lui trouve les fonds nécessaires et devient coproducteur du film.
Papatakis revient à Paris au début des années soixante. En 1962, il réalise son premier film, Les Abysses, d'après la pièce de Genet, Les Bonnes, inspirée elle-même de l'histoire vraie des sœurs Papin. Le film est présenté au festival de Cannes de la même année. Sa violence et son exaltation forcenées font que certains critiques verront cette œuvre comme un plagiat provocateur et déclencheront un irrépressible scandale malgré le soutien du fidèle cénacle intellectuel (Sartre, Beauvoir, Genet).
En 1967, il tourne son second long métrage dans la clandestinité car Les Pâtres du désordre dénoncent le régime des colonels grecs. Mais le film sort au moment des événements de Mai 1968 et c'est un échec.
Papatakis, alors époux de l'actrice grecque Olga Karlatos, se tourne vers la politique en s'opposant à la dictature des colonels en Grèce.
En 1975, il écrit et réalise Gloria Mundi avec son épouse en vedette. Son film est sélectionné pour l'ouverture du premier Festival du Film de Paris mais, à cause de son évocation de la torture en Algérie, il ne sortira qu'en 2005. Il faudra attendre plus de dix ans avant que Papatakis revienne au cinéma. C'est donc en 1986 qu'il écrit et tourne La Photo qui est sélectionné dans La Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 1987.


 


En 1991, il écrit et réalise Les Équilibristes. On peut noter que l’on retrouve dans LesÉquilibristes des thèmes que le cinéaste a déjà exploré, le conflit maître/esclave dans Les Abysses, les rapports de force dans Les Pâtres du désordre, la révolte de l’humilié dans La Photo. Il a écrit en 2003 son autobiographie, Tous les désespoirs sont permis, parue aux éditions Fayard.
L’image est signée William Lubtchansky, un des chefs opérateurs du cinéma d’auteur français et surtout partenaire habituel de Rivette. On lui doit la photo du trop méconnuSecret défense.
Bruno Coulais, l’auteur de la musique du film, a été rendu célèbre par celle des Choristesqu’il a également signée.
Une version théâtrale de ce drame existe. Elle a été représentée, il y a quelques années, à Paris au Théâtre du vingtième ; c’est Jean Menaud (Vie et mort de Pier Paolo Pasolini) qui jouait Jean Genet. La pièce se résumait à un long monologue, le jeune arabe n’étant qu’une présence muette.
Les Équilibristes est un beau mélodrame fassbinderien à qui il manque un peu de sensualité pour complètement convaincre. Le film est aussi intéressant pour l’histoire de la littérature que pour celle du cinéma. Cette évocation de Genet est a mettre à côté de celle plus franche de Jean Sénac, cet autre grand amoureux des jeunes arabes, dans le film Le Soleil assassiné.

 



 



 



 



 



 



 



Publié dans cinéma gay

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Lucien Rouvère 24/06/2013 23:55

Re-bonsoir,
Sur ce lien, une photographie pour votre galerie:

http://www.mediafire.com/view/tnatd40j7grsbew/Dans_le_fenil%2C_en_montagne.jpg

Bien cordialement.
Lionel.

lesdiagonalesdutemps 25/06/2013 07:30



merci pour la photo



Lucien Rouvère 24/06/2013 18:11

C'est fort aimable à vous. Un grand merci.

Lucien Rouvère 24/06/2013 13:11

Pardon: pour la date, vu le physique de Piccoli et les vêtements du jeune homme, je pencherais pour les années 70. Rien de mieux, désolé.

lesdiagonalesdutemps 24/06/2013 16:26



Je vais continué à chercher.


C'est curieux il y a quelques mois j'ai rencontré Piccoli. Si l'occasion se présente je lui demanderaibla clé de l'énigme par ailleurs je vais continuer à chercher.



Lucien Rouvère 24/06/2013 13:09

Bonjour, et merci d'avoir répondu.
Oui, je suis certain qu'il s'agit de Piccoli. Son rôle de grand bourgeois manipulateur lui convenait parfaitement ;-) [1]
Un téléfilm? Peut-être, mais je n'en ai pas eu l'impression. Cela resterait pourtant - après mille recherches vaines - une piste sérieuse.
Si seulement je pouvais me rappeler le nom du jeune comédien...
Bien cordialement.
Lionel.

PS: Je lui ai même écrit, pour le lui demander, à l'adresse d'un théâtre parisien où il jouait voici deux ou trois ans. Un agent m'a répondu en m'envoyant... une photographie dédicacée du grand
homme (avec BB, au bord d'une baignoire). Je l'ai revendue sur Ebay à un américain, non mais des fois.
Récidive dans un autre théâtre, en Suisse, quelque temps après. Pas de réponse, cette fois-ci.

[1] La scène où le jeune homme et près de se faire surprendre par une ronde de police en train de fracturer des voitures dans un parking souterrain d'immeuble, et où Piccoli en profite pour se
placer en lui sauvant dédaigneusement la mise (mais quand même en l'embarquant lol), est exemplaire du personnage, en même temps que caractéristique du jeu du comédien.

lesdiagonalesdutemps 24/06/2013 16:28



Piccoli est un immense comédien (je le dis encore plus librement que politiquement je suis fort éloigné de ses opinions) dans Abeus papam il est grandiose.



Lucien Rouvère 22/06/2013 20:32

Bonsoir B.
Je recherche toujours le titre du film avec Piccoli où il tient le rôle d'un grand bourgeois prédateur qui tombe amoureux d’un jeune homme égaré dont la mère vient de mourir. A la fin, le jeune le
tue d'un coup de pistolet. Impossible de retrouver ce titre dans les filmographies de ¨Piccoli. Si tu sais ça, merci beaucoup de me le dire.
Amitiés,
L.M.

lesdiagonalesdutemps 24/06/2013 12:47



Je ne connais pas le film dont vous parlez. Après recherches, comme vous je n'ai rien trouvé dans la filmographie de Piccoli ce qui m'étonne. Etes vous certain qu'il s'agissait bien de Piccoli?
Autre possibilité c'est que ce soit un téléfilm. Je rappelle que la célébrité de Piccoli a été dynamisée par son rôle dans le Don Juan de Bluwal. De quel année daterait ce film?