Les conspirateurs de Frederic Prokosch

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Les conspirateurs c'est à la fois un peu « Les possédés » de Dostoievski, Notre agent à La Havane de Graham Green et « L'espion qui venait du froid » de John Le Carré sur les bords du Tage en 1942 dans un milieu interlope de riches réfugiés qui échoués sur ces rivages rêve la guerre qui les cerne. Lisbonne et ses alentours sont les vrais personnages principaux de cette histoire écrite d'une langue à la fois foisonnante et précise. Camus n'a-t-il pas inventé pour lui le concept de « roman géographique ». Dans la capitale du Portugal, une des seules villes d'Europe, comme l'écrit joliment Prokosh, arche à ne pas avoir été submergée par la guerre, se sont rassemblé d'étranges spécimens d'humanité, les conspirateurs, qui se livrent à une guerre sans merci, mais si détachée de la réalité du conflit, qu'elle est perçue comme un dérivatif cruel à l'inutilité des jours de ces combattants de l'ombre.

Il y a une désespérance élégante, toute fitzgéraldienne qui court dans tout le livre que les lignes suivantes illustrent bien : << Qu'est-ce qu'une guerre? Un accident atroce? L'éruption, comme des pustules, du mal enfoui en nous? A vrai dire, ni l'un ni l'autre. Voici ce que je pense. Pour sentir le prix de sa vie, l'homme doit aussi, par quelque paradoxe primitif, aspirer à tuer et à mourir pour elle. Quand une race, ou une culture, perd ce désir, elle a déjà commencé à périr. Les sauvages sont là, qui observent et attendent dans la jungle.>>. Quand on sait de quelle surdité est atteinte l'occident, il est probable que cette pensée d'un personnage de passage des « Conspirateurs » que je mettrais bien dans la bouche de Prokosch lui même et que n'auraient pas récusée ni Drieu, ni Junger (avec qui il partage la passion de l'entomologie), ne soit guère entendue ni comprise.

Ce n'est pas principalement l'intrigue, ramassée en 24 heures, qui retiendra le lecteur, même si l'on ne s'ennuie pas en compagnie de ces beaux jeunes gens dont certains sont vénéneux, et Prokosh est maitre pour maintenir le suspense jusqu'aux ultimes pages, l'apprenti tueur réussira-t-il à supprimer le traitre, mais l'on sera sous le charme puissant de cette suite de poèmes en prose, plus qu'un roman, aux pouvoirs évocateurs et entêtants. ce qu'est surtout « les conspirateurs ».

L'ouvrage, qui paru aux Etat-Unis en 1943 (adapté au cinéma en 1944 par Jean Negulesco ), alors que semble-t-il, il était inédit jusque là en France, fut écrit « sur le motif » puisque Prokosch durant la seconde guerre mondiale fut Prokosch fut attaché de la légation américaine au Portugal (puis en Suède)

Si comme moi vous ne manquez jamais, lorsque vous lisez un livre, de consulter la rituelle page « Du même auteur » vous aurez la surprise de n'y pas découvrir la mention de « Des voix dans la nuit », paru aux éditions Phébus et toujours disponible, qui est pourtant un des chefs d'oeuvre de cet écrivain trop méconnu.

 

George Platt Lynes (American, 1907-1955), Frederic Prokosch, c. 1938. Original vintage photogravure

George Platt Lynes (American, 1907-1955), Frederic Prokosch, c. 1938. Original vintage photogravure

 

 

Pour en savoir plus sur Frederic Prokosch:

 

Frederic Prokosch - Wikipédia

 

On peut écouter avec profit l'émission ci-dessous en partie consacrée à ce roman:

 

 Jeux d'épreuves
Emission Jeux d'épreuves

le samedi de 17h à 17h55

Ecoutez l'émission53 minutes

Emission du samedi 16 juillet 2011

16.07.2011 - 17:00 Ajouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, de Georges Perec (Gallimard)

Le voyage à Blue Gap, de Patrice Robin (P.O.L.)

Les conspirateurs, de Frederic Prokosch (Gallimard)

La malle en cuir ou la société idéale, de Robert Louis Stevenson (Gallimard)

 

Avec Xavier Houssin, Alexis Liebaert, Baptiste Liger, Nathalie  Crom.

Publié dans livre

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