Les boucliers de Mars de Gilles Chaillet et Christian Gine

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

  

On connaissait Gilles Chaillet, qui a malheureusement disparu, il y a peu de temps, comme un formidable dessinateur, il suffit pour s'en convaincre d'admirer son magnifique album, « La Rome des César », indispensable à tous les amoureux de la Rome antique, avec « Les boucliers de Mars », on voit qu'il était aussi un subtil scénariste (non que ce soit pour moi une révélation mais il me semble que jusque là dans ce domaine Chaillet n'était jamais arrivé à une pareille densité tout en préservant un grand plaisir de lecture). Ce qui nous fait encore plus regretter sa disparition.

 

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Dans cette aventure se déroulant sous le règne de Trajan, Chaillet parvient à travers une histoire passionnante à nous faire toucher du doigt la complexité du monde romain à l'apogée de l'empire. Un empire toujours menacé à l'extérieur par les barbares, l'histoire se passe principalement sur les frontières de l'empire, celle de l'est que délimite le Danube et surtout sur ses marches orientales où les légions font face aux parthes, et travaillé à l'intérieur par ses vieilles légendes comme celle des boucliers de Mars.

 

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Tout commence à Rome le jour où pendant une cérémonie un des boucliers de mars tombe, ce qui à pour signification qu’une menace est en train de planer sur l’empire. Dans les temps anciens de la Rome légendaire, le dieu Mars envoya aux fils de la louve un extraordinaire bouclier de bronze. Il avait le pouvoir de désigner aux Romains l'imminence d'un danger. Afin que nul ne le dérobe, le roi Numa en fit exécuter 11 copies. 800 ans plus tard, les douze boucliers sont exposés devant le peuple. L'un d'eux tombe et s'en va rouler auprès de Vahram l'ambassadeur des Parthes.Les Parthes sont les premiers suspectés de menacer l'empire. Vahram fait mine de s’indigner de ces accusations… Pourtant, c’est ce même Vahram qui met le feu aux poudres quelques mois plus tard en détruisant le fort romain de Zeugma qui se trouve  à la frontière du royaume parthe et de l'empire romain. Mais il semble ne pas avoir agi seul !

L'intrigue qui est un peut longue à se mettre en place s'avère palpitante. Les deux albums gagnent à se lire d'une traite comme s'il n'en faisait qu'un, ce qui est le cas en fait (Cela sera sans doute encore plus vrai lorsque le troisième tome paraitra.).

 

extrait Les Boucliers de Mars T.1


Merveilleusement documenté, Gilles Chaillet travaille depuis des années sur cette période de l'histoire, il a commencé pour les voyages d'Alix sous la férule de Jacques Martin, « Les boucliers de Mars » est une série prévue en trois albums dont deux sont déjà parus. Elle se présente sous d'élégantes couvertures. Chaillet a confié le dessin à Christian Gine dont la qualité du trait classique parvient presque à se hisser à la hauteur de celui de son mentor, c'est dire son excellence. Le dessin de Christian Gine restitue aussi bien les ambiances mystérieuses que les scènes de bataille. Son rendu des corps et de l'intensité des regards semblent au fil des pages de mieux en mieux maîtrisés. Le coloriste Antoine Quaresma, fait particulièrement merveille dans les scènes d’incendie.

 


Ce sont des livre à lire avec attention, non que l'intrigue ne soit pas fluide, bien que complexe, mais parce que chaque case est riche d'enseignements sur la vie quotidienne à cette époque et pourtant ici règne une sobriété dans l’expression graphique et verbale. Il n'y pas de débauche de détails ou de dialogues, souvent l’apanage d’auteurs voulant démontrer à tout prix leur maîtrise de la période citée, Chaillet dans ce domaine n'avait plus rien à prouver. Les images d'architectures sont particulièrement réussies. En bonus du premier tome, comme l'on dit pour les dvd, on a droit à une double page somptueuse de crayonnés.

 

 

 

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Si « Les boucliers de Mars » est une oeuvre de fiction, on y croise des personnages historique comme Hadrien, que l'on voit sensible à la beauté des éphèbes, ou Trajan, des lieux qui ont existé et un contexte historique avéré comme à l'époquel'imminence de la guerre contre les Parthes qui est réelle et marque l'extension maximale de l'empire romain. Cette guerre est un des hauts faits du règne de Trajan, mais elle n'a pas commencé lorsque débute le récit. Hadrien ( qui après son apparition dans Thermae Romae est en passe de devenir un personnage de bande dessinée à part entière) qui a succédé à Trajan, a d'ailleurs poursuivi la guerre contre ce peuple, ennemi juré de Rome.

 


La bonne idée de Chaillet a été de prendre pour héros, point trop envahissant, un peu comme dans « Murena » une autre bande dessinée ayant pour sujet la Rome antique, un officier, une baderne, sorti du rang, jusqu'au grade de préfet auquel il adjoint un jeune tribun sans expérience sorti tout droit de l'aristocratie et directement promu à un haut grade. Les personnages secondaires sont bien campés, si bien que le scénario ne nos propose jamais une visions univoques des péripéties nombreuses et variées, entre tractations de l’ombre, batailles au grand jour et interrogations stratégiques, que nous découvrons au fil des pages.

 

 


Il y a de nombreux points de l'intrigue qui restent dans l'ombre une fois les deux albums refermés. On est inquiet pour le devenir des personnages et même pour celui de l'empire... Très habilement les dernières cases du deuxième tome, après une ellipse audacieuse, nous laissent entrevoir une conjuration secrète nous rendant impatient de découvrir le troisième volet de cette aventure.

Ces deux formidables albums prouvent que Chaillet ne se vantait pas lorsque dans une de ses dernières interviews, il déclarait: << Je dois dire que j'ai tellement étudié l'histoire romaine que je me déplace dans ce monde comme si j'y avais vécu ; je peux très bien me promener dans ma tête sur le Forum sous l'Empire, je sais comment les gens que je croise sont habillés et se comportent, où se trouve le marchand d'esclave, l'avocat en quête de clients ou la diseuse de bonne aventure ; quant au décor, je suis capable de le visualiser mètre par mètre ; tous ces éléments aident à mettre en place une histoire cohérente. Ce d'autant plus que je connais fort bien la vie des personnages historiques que je vais mettre en scène, leur psychologie, leurs manies, leurs goûts. De même, si j'invente un personnage de magistrat, de centurion ou de simple esclave, je suis tellement familier de leurs conditions de vie que je sais comment les faire réagir dans telle ou telle situation.>>.

Les deux album « des boucliers de Mars », dans le genre de la bande dessinée classique atteignent un summum. 

 

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