LE TRAITE DU HASARD, un film de Patrick Mimouni

Publié le par lesdiagonalesdutemps

      1998 affiche du film de Patrick Mimounile: Le traité du hasard

 

 

France, 95 mn, 1998

 

Réalisation: Patrick Mimouni,, scénario: Patrick Mimouni, image:  Florent Montcouquiol, 


avec: Patrick Mimouni, Eliane Pine-Carringhton, Laurent Chemda, Nini Crépon, Bruno Anthony de Trigance

 

Résumé


À Paris, entre 1995 et 1997, la chronique d’une petite bande d’homosexuels, genre « folles », confrontés à la séropositivité, chacun à sa manière. L’un d’eux va développer la maladie, mais sans y succomber, grâce à l’arrivée des trithérapies. l’apparition foudroyante du sida et les déréglementations sexuelles, sociales et politiques qui en découlèrent vu par le journal intime cinématographique de Patrick Mimouni.

 


L'avis critique


Il y a deux Patrick Mimouni celui de ”Bertrand Disparu” et de ”La villa Mauresque” à la mise en scène rigoureuse et elliptique et le Patrick Mimouni témoin cinématographe de sa propre vie où la caméra espionne l’intime. Sans oublier le documentariste, le traité du hasard est aussi une captation quasi documentaire du vécu d'un certain type de pédés, hyper parisien et pas vraiment dans la misère à la fin des années 90 qui est peut être, surtout rétrospectivement la grande force du film.  C’est à cette deuxième veine qu’appartient ”Le Traité du Hasard”. Il y a adopté résolument deux parti pris: il ne quitte pas le territoire du quartier gay de Paris: Le Marais, dont pourtant on ne verra presque rien, et il exclut de son film toute présence féminine, ce qui donne un certain surréalisme et aussi une distanciation inattendue.

Patrick Mimouni revendique le fait qu'il ait réalisé un film de folles: <<Le Traité du hasard” est une histoire de folles, mais pas du tout dans un sens péjoratif. Ce qui m’intéresse, c’est le moment où les gens craquent. C’est ce qui révèle les personnages. Bien sur il ne faut pas en abuser sinon cela devient une technique et tout finit dans la crise de nerfs. Les personnages les plus importants du film, Eliane, Nini et Laurent, craquent tous. Mon personnage est plus en retrait, plus du coté du coeur, du commentaire. Je regrette qu’il n’y ai pas une plus grande amplitude des générations. C’est un aspect qui me touche beaucoup: voir une époque se détacher de soi parce que le corps change vieillit et qu’on finit par s’identifier aux corps des jeunes garçons de 20 ans...Moi je suis un pédé historique, d’une époque où devenir pédé c’était une révolution permanente. Retrouver dans Laurent des résurgences de ce que j’ai été, cela crée une proximité.>>. Le réalisateur se pose aussi en héritier d’un certain cinéma militant. 

 

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”Elle” se réveille, pas fraîche à midi, son homme (Patrick Mimouni, jouant Patrick Mimouni ) est déjà debout, mais ne peut pas faire du café, parce que c’est trop compliqué! Elle vient de se casser un ongle ...<< T’a pas de la superglue?>> Cette situation et la question donnent le ton du film: un film de folles speedées parisiennes. L’adepte de la superglue pour la réparation des ongles est ”Lou Rockfeller”, mi- drag-queen mi-pétasse et entièrement pompante, jouée par Eliane Pine Carringhton, le modéle travesti de l’artiste Fabrice Hybert, est en plein rush: elle passe à la télé dans quelques heures... Vertiges de la vie d’un gay menée avec une énergie souvent proche du désespoir, énergie dopée à la coke et aux ectasies. Dans ”Le traité du hasard” on vit vite, sans grandes activités professionnelles, on s’aime entre hommes et surtout on parle, tantôt dialogues vachards, réjouissants souvent, où le cynisme se dispute à la férocité, mais tantôt considérations métaphysiques fumeuses d’un niveau navrant. Patrick Mimouni a réalisé un film où il fait jouer ses amis. Et il mélange jusqu’à la confusion histoires sur le sida et propos intimes. D’ou le naturel étonnant des personnages. Malheureusement le réalisateur n’a pas su choisir entre la fiction et le journal intime. Le film nous présente cote à cote des personnages ”réels” et des personnages de fiction. Ainsi malgré son talent on ne peut pas croire que Nini Crépon soit chroniqueur dans le ”Libération” de 1998, qui n’est plus celui des modèle de son rôle, un mélange d' Alain Pacadis et de Michel Cressole. Il est dommage que Patrick Mimouni ne s’en soit pas tenu à la forme de l'autobiographie cinématographique, cinéma-vérité dans lequel il excelle comme le prouve ses deux opus: ”Les Amis” et ”La Maison”, malheureusement deux moyen métrages qui ne sont jamais sortis en salle. ”Le Traité du hasard” est avant tout un film d’acteur, si Patrick Mimouni n’est pas toujours convaincant comme comédien, son casting est formidable, quel plaisir de retrouver son ami de toujours: Bruno Anthony de Trigance, déjà délicieusement insupportable dans ”Les Amis” et ”La Maison” et surtout de découvrir Laurent Chemda dont on peut apprécier la nudité intégrale, mais qui est beaucoup mieux qu’un bel éphèbe culturiste, il est le seul à vraiment donner de l’émotion au film grace entre autre à son merveilleux sourire incertain. On reconnaitra bord-cadre des figurants de prestige, comme Pierre et Gilles. Il reste que ce film est un formidable portrait de groupe dans un ton doux-amer d’une rare honnêteté dans lequel l'émotion n'est pourtant pas absente, la dernière réplique sont les derniers mots de ”La Vie en Rose”, que chantait par Edith Piaf:<< Alors, je sens en moi, mon coeur qui bat...>>.

 

autre image de Laurent Chemda réalisé par Pierre et Gille qui sont les auteurs de l'affiche du film.


P.S. N'ayant pas pu revoir ce film depuis sa sortie en salle, je serais très heureux si un de mes lecteurs pouvait me le procurer.    

Publié dans cinéma gay

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pépito 20/04/2012 22:49

tiens... je pensais avoir laissé un message hier...
bon, qu'à cela ne tienne...
juste un mot pour vous informer que le film (ainsi que les autres de patrick mimouni)sont visibles dans la salle de collections du forum des images où je l'ai vu en deux fois (hier, j'ai dû
l'interrompre pour retrouver mon chéri).
très beau film en effet, très post-nouvelle vague...

lesdiagonalesdutemps 21/04/2012 08:18



Je n'ai reçu aucun autre message de vous.


Merci pour cette information. Il ne faut pas manquer également son documentaire sur Charles de Beistegui et sa prodigieuse demeure, à ce propos il faudrait bien que je me fende d'un billet sur
l'indispensable album "Café society de Thierry Coudert.