Le temps retrouvé de Raoul Ruiz

Publié le par lesdiagonalesdutemps



France, 1999 - 2 heures 38mn






Réalisation : Raoul Ruiz, Scénario : Raoul Ruiz et Gilles Taurand, d’après le roman de Marcel Proust

avec: Vincent Perez (Morel), John Malkovich (Charlus), Pascal Greggory (Saint Loup), Marcello Mazzarella (le narrateur), Marie-France Pisier (madame Verdurin),  Chiara Mastroianni (Albertine),  Arielle Dombasle (madame de Farcy), Edith Scob (Oriane de Guermantes), Elsa Zylberstein (Rachel), Christian Vadim (Bloch), Dominique Labourier (madame Cottard), Philippe Morier-Genoud (monsieur Cottard), Melvil Poupaud (le prince de Foix), Mathilde Seigner (Céleste), Jacques Pieiller (Jupien), Hélène Surgère (Françoise), André Engel (Marcel), Patrice Chéreau (la voix de Marcel Proust), Alain Robbe-Grillet (Goncourt)





Résumé

1922, Marcel Proust sur son lit de mort regarde des photos. Il se remémore sa vie. Mais les personnages de la réalité se mêlent avec ceux de la fiction. Et la fiction prend le pas sur la réalité. Sa vie n'a de sens que dans la réalité de son oeuvre et son oeuvre défile devant ses yeux. Les jours heureux, les paradis perdus de son enfance alternent avec les souvenirs les plus proches. Ainsi le drame de la guerre, observé depuis le Paris des clans mondains, se change alors en vaste comédie humaine. Et dans le crépuscule, on voit poindre à l'horizon ce qui va devenir la société de l'après-guerre...



L'avis critique

Etait ce bien raisonnable de vouloir adapter au cinéma, La recherche du temps perdu de Marcel Proust? La réponse est évidemment non; mais heureusement Raoul Ruiz n'a jamais été raisonnable. Ainsi il nous offre sa vision de la Recherche dans laquelle il a réussi souvent à donner une équivalence cinématographique au merveilleux style de i'écrivain tout en allant bien au delà de la simple illustration. Il ne s'interdit pas d'ajouter au chef d'oeuvre de Proust sa Ruiz touch.




Dans la première scène on voit Proust mourant demandant à sa fidèle Céleste un coffret contenant les photos de ses proches. En les examinant une par une, c'est toute sa vie qui défile. D'emblée le cinéaste choisit, ce qui est à la fois audacieux et le plus aisé cinématographiquement parlant, de faire l'amalgame entre le narrateur et l'écrivain, faisant de la Recherche une oeuvre autobiographique, ce qui est discutable puisqu'un des intérêts de l'oeuvre est le subtil glissement de la réalité vers la fiction.




Avec "Le temps retrouvé" Ruiz met en évidence la prescience de Proust envers le cinéma. En effet ce médium utilise continuellement, par le biais du montage, la réminiscence mémorielle chère à l'écrivain, que l'on se souvienne de la fameuse madeleine... La première scène en est une parfaite illustration. On passe d'un plan sur une photo d'une personne que l'écrivain a aimé jadis aux pépiements de mondains dans un salon doré, puis à un jeune garçon, le petit Marcel, visionnant des horreurs de la guerre de 14 par l'intermédiaire d'une lanterne magique. Par cette dernière séquence on constate que Ruiz n'hésite pas à télescoper les époques et les chapitres de la Recherche. Le titre du film est trop restrictif, c'est toute la Recherche que Ruiz a convoqué pour faire son film. Il aurait été d'ailleurs impossible d'agir autrement au risque que le spectateur ne comprenne à peu près rien au scénario si celui-ci s'était cantonné uniquement au "Temps retrouvé" qui constitue le dernier volume de la Recherche. Cette réflexion m'amène à poser une question à laquelle il m'est impossible de répondre, ayant été un familier de la Recherche bien avant la découverte  l'adaptation de Ruiz: Que peut comprendre à ce film un spectateur qui n'a pas lu la Recherche? 



 
 

Chaque lecteur du roman se fait inévitablement une représentation des personnages. Ces images entrent en conflit avec celles des acteurs qui ont été choisis pour les interpréter. Ainsi selon le lecteur, il acceptera plus ou moins l'incarnation d'une figure proustienne dans la mesure où cette dernière sera proche ou éloigné de l'image qu'il s'en est fait durant sa lecture. Il n'en reste pas moins que certains choix, deux, ce qui n'est pas beaucoup en regard de l'aréopage que l'on voit défiler sur l'écran, me paraissent indéfendables. Il s'agit des choix pour donner corps au baron de Charlus, de Malkovitch, qui est rarement bon acteur, sauf dans les comédies, genre qu'il pratique pourtant assez peu. Il affuble Charlus d'un accent improbable complètement incompréhensible en regard de la généalogie revendiquée du personnage. Charlus n'a pas de chance avec le cinéma dans  "Un amour de Swann" de Schlondorff, Alain Delon n'était pas plus crédible dans l'emploi. Autre contresens évident, donner le rôle Maurel à Vincent Perez qui lui n'est jamais bon. S'il possède bien la vulgarité du personnage de Maurel, n'a pas du tout le physique d'un gigolo du début du vingtième siècle. Le reste de la distribution n'est pas loin d'être exemplaire en particulier Pascal Greggory qui campe un idéal Saint Loup.
Dans sa volonté de trouver des équivalences au génie de Proust, Ruiz n'y parvient pas toujours. Mais qui l'aurait pu? Le cinéaste est parfois un peu trop prosaïque lorsque par des superpositions d'images il veut rendre la confusion de la mémoire du grabataire ou lorsqu'il utilise la voix off comme passerelle entre les époques. Il est plus heureux lorsqu'il se laisse aller à sa pente surréaliste comme dans la scène où l'on voit Saint Loup sur un cheval lancé au galop qui croise des porteurs chargés de son cercueil ou encore ce petit salon envahi de chapeaux haut de forme dans lesquels s'échouent des gants jaunes et enfin ces jeunes gens en costume de bain qui raptent une statue antique se dressant sur la plage de Balbec.
Et puis Le temps retrouvé possède une des seules scènes au cinéma de bordel d'hommes qui est d'ailleurs une des scènes les plus crues et les plus drôles du livre. Le baron de Charlus se faisant fesser, avec trop de douceur selon son gout par un jeune malfrat d'opérette, le tout reluquer par le narrateur qui observe la scène par un oeil de boeuf auquel il accède juché sur une chaise, est un grand morceau de littérature et de cinéma.
Le temps retrouvé donnera beaucoup de bonheur aux proustiens non intégristes...      





DivX 5,0 | 720x416 pixels | Mp3 | ± 680 Mo



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Publié dans cinéma gay

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