Le temps de la fleur est passé

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L’enfant de douze ans a atteint un point d’équilibre et d’épanouissement insurpassable qui fait de lui le chef-d’œuvre de la création. Il est heureux, sûr de lui, confiant dans l’univers qui l’entoure et qui lui paraît parfaitement ordonné. Il est si beau de visage et de corps que toute beauté humaine n’est que le reflet plus ou moins lointain de cet âge. Et puis, c’est la catastrophe. Toutes les hideurs de la virilité – cette crasse velue, cette teinte cadavérique des chairs adultes, ces joues râpeuses, ce sexe d’âne démesuré, informe et puant – fondent ensemble sur le petit prince jeté à bas de son trône. Le voilà devenu un chien maigre, voûté et boutonneux, l’œil fuyant, buvant avec avidité les ordures du cinéma et du music-hall, bref un adolescent.
Le sens de l’évolution est clair. Le temps de la fleur est passé. Il faut devenir fruit, il faut devenir graine. Le piège matrimonial referme bientôt ses mâchoires sur le niais. Et le voilà attelé avec les autres au lourd charroi de la propagation de l’espèce, contraint d’apporter sa contribution à la grande diarrhée démographique dont l’humanité est en train de crever. Tristesse, indignation. Mais à quoi bon? N’est-ce pas sur ce fumier que naîtront bientôt d’autres fleurs?
Michel Tournier, Le Roi des aulnes
En ce qui me concerne j'attend avec impatience le règne du poulpe...

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xristophe 12/04/2013 03:22

Cela ne se discute pas ! Mais je parlais de la Parole, pas du "babillage"... (gamme nécessaire : ça vaut bien la lettre à Elise). Au reste, le "babil", lui, est une chose charmante, et très
douce... Madame de Verdurin vous en rêvez, Proust lui l'a faite - et elle est bcp plus monstrueuse comme cela, en femme, qu'en poulpe... (Car je vous y prends, sauf erreur, là à la souhaiter
monstrueuse, même dans la peau de votre cher ami : le poulpe !)

lesdiagonalesdutemps 12/04/2013 06:40



Je n'avais pas pensé à cela, pour moi le poulpe n'est pas un monstre sauf chez Hugo (Chez Verne c'est un Calamar géant si je me souviens bien. Et puis madame Verdurin n'a rien d'un monstre ou
alors le monde est peuplé de monstres (humains) car le caractère (au sens de La Bruyère) de madame de Verdurin est très répendu.



xristophe 11/04/2013 22:37

Je vous trouve bien sévère avec la Parole des enfants (vous diriez "les ados", d'accord...) Cela sent un peu son Alceste... Certes les poulpes parlent moins... Mais aussi j'attends, comme on dit
(par antiphrase) une Recherche du Temps Perdu ou bien un Sacre du Printemps par un poulpe, fût-il génial...

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 22:45



une madame Verdurin poulpe j'en rêve... Disons je ne suis pas loin de penser que la terre serait plus intéressante sans l'homme. C'est une espèce qui me fatigue de plus en plus et j'exècre le
babillage des enfants dont le volume sonor qu'il n'arrive pas à maitriser m'est insuportable en un mot trop de gosses



Bruno 05/02/2013 00:56

Henry de Montherlant avait une vision voisine :
"L’âge de treize ans chez les garçons me semble aussi à part, aussi nettement distinct des douze et des quatorze ans. Brève année éclatante ! Sénèque a un mot voluptueux, pour dire que la splendeur
de l’enfance paraît surtout à sa fin, comme les pommes ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles commencent à passer. À treize ans, l’enfance jette son feu avant de s’éteindre. Elle traverse de
ses dernières intuitions les premières réflexions de l’adolescence. L’intelligence est sortie de la puérilité, sans que l’obscurcissent encore les vapeurs de la vie pathétique qui va se déchaîner
dans quelques mois. Avant de s’en aller pour sept ans dans de redoutables oscillations, l’être se repose une minute en un merveilleux et émouvant équilibre. Jamais cet esprit n’aura plus de
souplesse, plus de mémoire, plus de rapidité à concevoir et à saisir, jamais ses dons ne se montreront plus dépouillés. Il n’est rien qu’on ne puisse demander à un garçon de treize ans."

Henry de Montherlant, Essais,Éd.Gallimard,Bibliothèque de la Pléiade), La relève du matin

Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 05/02/2013 07:21



En effet je connais tout cela, mais en ce qui me concerne, même si le blog pourrait faire penser l'inverse, je ne suis pas un fanatique de ces exclusives. Le problème avec les enfants que j'aime
presque autant que les aimait Cioran c'est qu'ils parlent. Ce sont en effet parfois de gracieux animaux mais qu'il faut dresser. Malheureusement les dompteurs sont rares. L'adolescence a aussi
ses beautés (parmi beaucoup de laideurs) et il y a de bien beaux spécimens humains adultes et même fort vieux. En outre j'ai souvent remarqué que beaucoup de ceux qui aiment les enfant ont
tendance à dégringoler à leur niveau intellectuel. En un mot d'ou mes photographie ce que j'aime c'est l'image des bipèdes. Ma pratique photographique par exemple il y a déjà longtemps au
Trocadéro n'était guère différente de celle au Kenya, il y a un peu moins longtemps. Mais lorsque je photographiait des amis c'était et c'est tout autre chose d'où probablement la différence de
ces photos par rapport aux autres mais je n'ai pas le recul pour avoir un avis tranché la dessus.



xristophe 05/02/2013 00:45

Ah merci de m'avoir éclairé ! Vous voyez que je vous lis bien ! Une énigme aussi "racoleuse" ne pouvait pas rester, pour moi, ouverte ainsi (... qu'une fleur vénéneuse); m'amuse l'opposition du mot
"sympathie" (vôtre) et de celui des japonais, qui en "rafolent" ! "Sympathie" VS "en rafolent" (c'est une sympathie d'un autre ordre) Le poulpe, moi, me fait penser aux couilles (adultes) depuis
que tout petit : plages et slips mal fermés... Et à treize ans je sursautais à ce vers de Rimbaud (du Bâteau ivre) parlant, encore en contexte marin, d'"échouages hideux au bord des golfes
bruns"... et non loin de "serpents géants" choyant "avec de noirs parfums"... Répugnant mais sympathique, le poulpe, pourquoi pas - surtout s'il est intelligent!... Moins répugnant en tout cas que
"l'adolescent" célèbre de Tournier dans Le roi des Aulnes, qui n'est pas si faux (statistiquement parlant) malgré quelques évidemment rares jolis exemplaires

lesdiagonalesdutemps 05/02/2013 07:23



Le poulpe échoué n'est pas à son avantage, il faut le voir dans son élément ou il ondoie avec élégance.



xristophe 04/02/2013 22:52

Le règne du poulpe ?

lesdiagonalesdutemps 04/02/2013 23:05



D'après de récentes études, le poulpe serait une des bestioles les plus intelligente de la création et serait candidat pour succéder à l'homme.


J'ai beaucoup de sympathie pour ces bestioles, c'est ma principale divergence avec les japonais qui en raffole. Il y a partout des échoppe dans lesquelles on vend des beignets de poulpe. J'ai
même vu des petits nippons qui les accompagnait avec du chocolat!