Le retour d'Harold Pinter à l'Odéon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Je ne sais pas si l'on se déprend des oeuvres comme il arrive qu'on le fasse des êtres sous l'effet du temps mais en ce qui me concerne c'est ce qui semble se passer pour le théâtre de Pinter dont j'étais un grand admirateur à la fin des années 60 alors que je m'ouvrais au théâtre. Mais avec ce paradoxe, en ce qui concerne Pinter, est que mon engouement était peut être plus nourri par le cinéma, « Accident », « The servant », « Le messager » , on voit par là que la patte de Losey n'était pas étrangère à mon admiration pour le dramaturge anglais, que par le théâtre.

J'avais déjà, il y a quelques temps, moins gouté « Le gardien » que lors de sa création et de ma découverte de cette pièce aux alentours de 1970! Mon désamour pour pinter s'est aggravé avec « Le retour ».

L'argument de la pièce est simple. Un homme Lenny (Micha Lescot) revient dans la maison familiale quelque part dans l'Angleterre, on peut supposer aussi que l'intrigue se passe dans les années 50 ou au tout début des années 60. Il est parti six ans auparavant et depuis ce départ (sa fuite?), il n'a pas donné de nouvelles aux siens. Il a profité de son absence pour se marier en Amérique où il enseigne la philosophie dans une université. Il revient accompagné de Ruth (Emmanuelle Seigner) sa femme. Le but de ce retour est de présenter son épouse, qui lui a donné trois enfants, que nous ne verrons pas, à sa famille. Bien curieuse famille vivant sous la férule de Max, le père (Bruno Ganz) qui pèse sur les deux frères cadets de Lenny. Il y a Teddy (Jérôme Kircher), une sorte de grand demeuré plus ou moins obsédé sexuel et Joey (Louis Garrel) manoeuvre sur les chantiers et boxeur raté. S'ajoute à ce trio, l'oncle Sam (Pascal Greggory) chauffeur de taxi, auto proclamé meilleur chauffeur du monde. Ce personnage a la particularité arborer avec ostentation une redoutable moumoute! Toute la pièce va être le choc entre les visiteurs et la maisonnée dont les membres vont être particulièrement perturbés par cette rencontre.

Il y a deux manières de montrer Pinter, soit en le tirant vers une abstraction qui le rapproche alors du théâtre de Beckett, soit vers le naturalisme. C'est cette dernière option qu'a choisi Luc Bondy faisant évoluer ses acteurs dans un vaste décor réaliste. On pense alors pour Pinter au cinéma de Stephen Frears ou de Mike Leigh. Le danger de ce traitement c'est le spectateur veut que le texte qu'il entend soit à l'unisson du décor qu'il voit, malheureusement ce n'est pas le cas avec « Le retour ».

Une mise en scène forte, et c'est la cas ici met en exergue un pan particulier d'une pièce, ici le machiste du prolétariat et son corollaire l'exploitation de la femme par l'homme.

Par ce traitement réaliste, nombre de contradictions et d'incohérences sont alors mises en lumière. Il met surtout en évidence le manque d'épaisseur des personnages à l'exception de celui du père. On ne peut que s'étonner que Lenny issu d'une telle famille de bras cassés ait obtenu un doctorat de philosophie. Rien d'ailleurs dans ses propos, rares et anodins, fait supposer qu'il soit lesté d'un pareil bagage.

Si Teddy est plus loquace que Lenny, c'est après le rôle du père celui qui comporte le plus de lignes de texte, on en sait encore moins sur lui que sur son ainé, sinon qu'il est le plus jeune de la tribu mais on ignorera par exemple jusqu'à la fin ses moyens d'existence. On peut supputer qu'il est vaguement maquereau...

Autre gène, le fait que certains personnages semblent avoir une personnalité constamment fluctuante. Sam au début semble le plus dérangé de la bande, puis au fil de la représentation se révèle en réalité le plus pragmatique et aussi le plus cynique. Plus problématique est la mue de Ruth, la femme de Lenny qui passe de mijaurée à allumeuse sans que l'on s'explique une si soudaine volte face.

L'inéquation entre ce que l'on voit et ce que l'on entend nous fait douter de ce que l'on entend. Par exemple que Ruth ai trois enfants, si c'est le but recherché c'est réussi, mais je ne suis pas certain que c'était l'intention de Luc Bondy.

Paradoxalement c'est cette insinuation du doute qui rend la pièce plus intéressante.

Je comprend bien que Luc Bondy dont la mise en scène exploite parfaitement la profondeur et la grande ouverture de la scène de l'Odéon, ait voulu faire travailler « un pays ». Bruno Ganz comme lui est zurichois donc Suisse alémanique et cela s'entend en revanche le spectateur en raison du fort accent de l'acteur, je passe sur le détail que ses fils, eux ne l'aient pas, lui ne l'entend pas toujours et perde une partie des réplique. Je ne met pas le talent de Ganz en doute en allemand il ferait un parfait Max. C'est le seul reproche que je ferais à la distribution par ailleurs excellente, il faudrait tout de même que Jerôme Kircher améliore lui aussi sa diction. Pascal Greggory est comme à son habitude bien meilleur sur scène qu'au cinéma et révélation il partage cette particularité avec Louis Garrel, ici particulièrement juste.

 

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Paris le 5/12/2012         

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MiniBulle 20/12/2012 11:45

Juste ce n'est pas Lenny qui revient mais Teddy... petite confusion ! :)