Le pensionnat

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Il y a des jours où je mesure ma chance d'habiter la région parisienne et ainsi d'avoir le privilège de pouvoir découvrir un beau film comme Le pensionnat de Songyos Sugmakanan. Il est aussi sorti dans quelques grandes villes de province. En même temps je suis inquiet qu'il ne soit à l'affiche de seulement deux salles parisiennes, alors que son statut de film de genre, le film de fantômes, et sa qualité auraient du lui permettre d'accéder à un plus large public dans un plus grand panel de salles. Mais il est vrai que le public jeune auquel il est naturellement destiné a, depuis de longues années été formaté pour ne pas dire d'écervelé par l'omniprésence des grosses machines américaines comme Les quatre fantastiques et le surfer d'argent (vous me direz que c'est tout de même mieux que Camping ou Les bronzés 3), une télévision d'un marchand de béton et une école qui ignore toujours la richesse intellectuelle du cinéma plus d'un siècle après son invention. Ainsi la curiosité cinématographique (et pas que celle là) est morte chez presque tous. Ils ne veulent pas connaître, mais reconnaître!
 
Alors qu'une telle production devrait être soutenue par ce qui reste de la critique, il n'en est rien. On reproche au film son classicisme; lire que le cinéaste connaît toute la grammaire du cinéma, même s'il est vrai qu'il abuse un peu parfois de sa virtuosité. Mais comment n'être pas émerveillé devant une telle maîtrise de son outil par le réalisateur surtout si on la compare à celle de nos cinéastes nationaux choyés par cette même critique. Sugmakanan est un metteur en scène, et ce n'est pas si fréquent, qui connaît bien les optiques. Il sait jouer des différentes profondeurs de champ de ses objectifs pour mettre l'accent sur l'étendue de son décor (comme dans les scènes du dortoir) grâce à de courtes focales. Mais le plus souvent il utilise de longues focales; ce qui lui permet d'isoler un personnage ou un objet dans son plan où il est le seul net, le reste devenant flou. Procédé qui accentue par exemple l'impression de solitude, et dans le cas présent d'angoisse, de son héros dans un environnement hostile. Le réalisateur n'utilise pas ces procédés par coquetterie mais pour augmenter le mystère de son intrigue. Il y a longtemps d'autre part que je n'avais pas vu un metteur en scène se servir aussi élégamment des ombres, ou des grilles et barreaux en contre-jour pour rythmer et découper ses plans.
On peut s' étonner, dans un film aussi soigné, des fautes de raccords qui concernent uniquement d'ailleurs les cheveux du héros qui rallongent ou raccourcissent, d'un plan à l'autre, dans une même scène. Il ne me paraissait pas absolument nécessaires, pour intérêt du film, d' infliger au malheureux garçon cette coupe militaire. Le réalisateur et sa scripte se seraient évités ainsi bien des désagréments. Ce choix assez malheureux fut pris sans doute pour renforcer l'authenticité  de l'histoire.  Je suppose que cette coiffure prussienne est obligatoire pour les collégiens thailandais... 
A ce propos, voir un film d'une cinématographie que l'on a pas l'habitude de fréquenter, nous oblige à nous poser une multitude de questions sur des détails de la vie courante des personnages, d'autant plus si nous somme pas allé dans le pays où se déroule l'action, qui sont sans doute évidents pour les autochtones de ce cinéma... Le trouble et le dépaysement est d'autant plus grand que le cinéaste a pris soin de rendre toutes datations de son histoire difficiles par la rareté des marqueurs chronologiques. Il n'y a guère que l'automobile du père, une BMW du début des années 80 et les téléviseurs qui semblent dater d'une trentaine d'années qui puissent nous donner des indications quant à l'époque. 
J'ai été surpris du mélange d'équipements et d'inconforts de la pension, comme de la sévérité de son régime allant de paire avec sur d'autres pointsun grand laxisme. Et puis quelle curieuse façon ont les garçons de se doucher (comme dans les films de Tsai Ming Liang, on se lave et on pisse beaucoup!). Des questionnements sur des petits riens qui renforcent le plaisir de voir ce film où l'on ne s'ennuie jamais. Si Le pensionnat fait penser à L'échine du diable, mais sans la complexité que donnait l'arrière plan historique à ce dernier, il renouvelle cependant le genre, à la fois par son curieux souci de rationaliser l'irrationnel et d'offrir un happy-end rarissime pour ce type de films.

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