Le peintre, même le grand peintre, n’est pas une bonne unité d’évaluation

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le peintre, même le grand peintre, n’est pas une bonne unité d’évaluation. On rencontre constamment des tableaux d’artistes de seconde zone qui sont infiniment supérieurs aux œuvres mineures ou douteuses de Zurbaran ou de Titien. Le bonheur, c’est de quitter un Véronèse somptueux, comme cette Judith du palais Rouge, pour trouver, toute voisine, la toile enthousiasmante d’un simple Maffei, Sacrifice d’Isaac, comme disent le cartouche et le catalogue, ou Caïn et Abel, comme le veut la légende de la reproduction (...) Il n’y a pas de tableau pur, ni d’absolu de la présence, par une œuvre d’art. Notre regard l’achève seul. Il dépend de notre humeur, de notre culture, de nos associations d’esprit, de la lumière, de l’accrochage, de mille éléments dont il faudrait veiller à ce qu’ils soient toujours le plus favorable possible, comme l’exécution d’une symphonie. L’œuvre, pour notre appréciation, est toujours prise dans un contexte, elle est toujours citée, plus ou moins heureusement. Le cadre fait office de guillemets. C’est pourquoi il est indispensable. J’aurais tendance, pour ma part, à le multiplier, à le subdiviser, à en désirer de plus petits que je déplacerais sur la surface du tableau pour en isoler un moment des parties. C’est ce que fait la télévision, admirable quand elle montre bien de la peinture, et que la caméra se promène le long des toiles.

 

Renaud Camus, Journal romain

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