Le Misanthrope mis en scène par Michel Fau au Théâtre de l'Oeuvre

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Vous êtes, monsieur Fau, un grand extravagant

 

 

J'aime beaucoup Michel Fau d'abord parce que c'est un de nos plus grands acteurs de théâtre mais surtout par la liberté qu'il affiche dans ses choix comme metteur en scène passant avec une facilité déconcertante de Joe Orton à Montherlant pour enchainer sans souffler par une opérette, Ciboulette, pour continuer par Molière dans ce Misanthrope dont il assure comme à son habitude la mise en scène tout en tenant le rôle titre. Dans le domaine de la mise en scène où il me semble qu'il a encore des progrès à faire pour se hisser jusqu'au niveau de l'excellence qui est celui de son jeu, je lui suis néanmoins particulièrement reconnaissant de s'inscrire dans la continuité de Jean Laurent Cochet. C'est à dire dans le respect des oeuvres en étant au plus près de l'esprit et de la forme qui présidaient lors de leur création. Je lui suis reconnaissant de cette démarche à la fois humble et juste d'autant que j'ai vraiment découvert le théâtre à une époque où l'on s'étonnait lors d'une représentation d'un classique, généralement dans un décor de tôles rouillées, de n'avoir pas vu surgir sur la scène un garde rouge ou un énergumène arborant un brassard nazi, quelques fois on avait même droit aux deux. C'était Byzance! Enfin pour ceux qui étaient arrivée jusqu'au dernier acte car la mode était également d'enfumer les spectateurs. On ne saura jamais combien les machines à fumée, Chéreau et Bisson en étaient de grands adeptes, ont détourné alors les asthmatiques du théâtre. Rien de tel au théâtre de l'oeuvre nous sommes bien dans des costumes coruscants imaginés par David Belugou à la manière du XVII ème siècle tout en rubans et dentelles. La diction des acteurs est presque d'époque, ça articule tant que parfois on se croirait dans une pièce montée par Eugène Green.

La distribution est presque parfaite, il faudrait seulement que Julie Depardieu en Célimène soit parfois moins gouailleuse, elle a parfois des poussée d'Arletty assez étrange. Je conseillerais à Edith Scob de faire ses adieux avec cette pièce dans laquelle elle est trop âgée pour son rôle, car seul son grand talent réussi à palier son manque de coffre pour lancer ses répliques. On se régale des mimiques de Michel Fau qui ressuscite les lippes boudeuses de Jean Le Poulain et la présence d'un Jacques Charron. Il campe un Alceste aux cheveux longs noirs et lisses encadrant son visage pâle, maquillé comme un acteur de théâtre no. C'est un atrabilaire pourfendant contre son intérêt l'hypocrisie de la cour et souffrant des libertés que prend la femme qu'il aime. La différence entre le plâtreux Alceste et la sémillante Célimène font penser que cet amour n'est guère partagé...

Il reste a Michel Fau a bien maitriser l'espace. Il est dommage en effet qu'il ne profite pas de toute la scène du théâtre de l'oeuvre qui n'est pourtant pas immense et fasse jouer la pièce, mis à part le dernier acte, rideau baissé, c'est une toile peinte à dominante rouge, si bien que l'on profite à peine du beau décor de Bernard Fau, sur l'avant scène.

Michel Fau, contrairement a beaucoup de vedette de la scène, Michel Bouquet par exemple, ne s'entoure pas de comédiens de second ordre pour mieux mettre en valeur son talent. Dans ce misanthrope aucune faiblesse dans la distribution. Il faut surtout signaler la grande performance deJean-Pierre Lorit incarne qui incarne un parfait Philinte alors que c'est un personnage assez ingrat car il est en opposition au caractère puissant d'Alceste, et risque d'être éclipsé par celui-ci. Ce n'est nullement le cas ici Jean Pierre Lorit transmet avec beaucoup de passion et de raison la sagesse de son discours. Jean-Paul Muel en vieille folle perdue est grinçant à souhait.

Une très belle soirée de théâtre qui montre qu'un classique comme le misanthrope est toujours parfaitement actuel.

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