Le journal 1940-1950 de Philippe Jullian (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Philippe Jullian (1919 – 1977), né Philippe Simounet, était paradoxalement un dandy qui ne se poussait pas du col, puisqu’il dit de lui même: << Je vois le monde avec les yeux d’une cruche émerveillée.>> On peut penser que Jullian n’était pas complètement sincère en écrivant cela. Comme dans tout journal intime, il y a dans celui-ci de la pose. La plus fréquente étant celle d’un Dorian Gray bordelais. Mais les années de formation et le regard de cette cruche émerveillée sur le grand, petit et demi-monde qu’il fréquente est bien intéressant souvent drôle et parfois émouvant...

Le plaisir que procure la lecture d’un journal intime tient au savant équilibre de son contenu. Il ne doit pas être trop plein d’ergotages sur des jours sans événement comme l’est celui d’Amiel. Il doit être encore moins un plaidoyer pour une éventuelle réhabilitation comme le “Journal sous une occupation” de Marcel Jouhandeau, ni être trop le fruit de contingences très particulières tel le journal de Fresnes de Robert Brasillach. S’il n’est que ragots minuscules d’un petit monde particulier tombé dans l’obsolescence depuis sa rédaction comme l’épouvantable, à tous points de vue journal de Jacques Brenner, il lassera vite. De même s’il se réfugie trop dans les généralités de peur de tomber le masque, comme est souvent celui de Julien Green. S’il n’est qu’ un recensement exhaustifs de ses dîners en ville et de ses bonnes ou mauvaises fortunes l’ouvrage devient vite d’une lecture fastidieuse comme c’est le cas des derniers tomes du journal de Gabriel Matzneff, journal qui n’a fait que décliner au fil des ans. Il ne doit pas être non plus un véhicule cahotant pour une délation haineuse comme est celui d'Edouard Nabe. En ce qui concerne Matzneff, je conseille d’en rester au premier volume de la série “Cette camisole de flammes”, une merveille absolue, et à la rigueur de poursuivre par sa suite immédiate, “L’archange aux pieds fourchus” mais je déconseille d’aller plus loin. Dans ses  suites le niveau d’égotisme y est insupportable. Plus subjectif, il est bon que le lecteur ait des pôles d’intérèts communs avec le rédacteur, ce qui, pour ma part, n’est pas toujours le cas pour le journal des dernières années d’Ernst Junger... Grand lecteur de journaux intimes j’arrête là cette énumération pour ne pas devenir fastidieux à mon tour...
Il me semble que parmi tous ceux que j’ai lu, un seul évite ces écueils, c’est celui de Matthieu Galey. En outre le journal intime doit être “écrit” et être tenu de façon régulière sans que les dates où le diariste s’épanche soient trop éloignées les unes des autre. Malheureusement celui de Philippe Jullian devrait plutôt s’intituler Journal de 1940 à 1947 car dans les trois dernières années il s’ effiloche considérablement.

Un bon journal intime doit d’abord délivrer un portrait de celui qui le tient (un peu comme un blog, qui n’ est qu’ une sorte de forme moderne de ce genre littéraire). A la lumière de son journal, Philippe Jullian nous apparaît comme un être déchiré entre le contentement et la haine de soit, passant en quelques lignes de l’un à l’autre. Philippe Jullian a mis fin à ses jours en 1977 et repose au Père lachaise.

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Philippe Jullian vers 1945.

Si en ce qui concerne la marche du monde il a souvent une étonnante acuité de vue et un solide bon sens, celui qui chercherait dans ces pages les événements importants de la France occupée serait déçus; pour Jullian, comme l’écrit si bien son biographe, Ghislain de Diesbach,: << l’évènement du jour n’est pas l’entrée des allemands en Russie mais une première de Cocteau et il s’émeut plus de l’algarade entre Alain Laubreau et Jean Marais que des cinq cent victimes des bombardements.>>. Il serait cependant injuste d’en déduire que Philippe Jullian ait été insensible aux malheurs qui frappaient la population française, lui même vivant d’ailleurs difficilement cette période de famine. La note suivante, rédigée le 2 octobre 1944, résume bien son l’état d’esprit qui fut le sien durant la guerre et celui qu’il aura dans les mois qui suivront la fin de celle-ci: << Drancy est toujours plein, c’est là l’horrible... Pendant quatre ans les propos pro-allemands m’étaient insupportables: je suis encore sûr que les collaborationnistes représentaient l’élément vil, intéressé, rampant des français, mais je ne me permettrais jamais de les juger. N’ayant été en rien héroïque...>>. Une lucidité sur soi même qui n’était guère courante alors...

.jullian2Jullian à la chance d’avoir trouver en son “éditeur”, Ghislain de Diesbach, un alter ego, tout du moins en ce qui concerne l’art du portrait. Grâce aux bas de page (je préfère de beaucoup ce système des notes en bas de page plutôt que les renvois en fin de volume, façon Pléiade) dans lesquels de Diesbach nous situe un personnage que rencontre l’auteur en des portraits lapidaires d’une hilarante rosserie. En voici quelques exemples : << Rosemonde Gérard, 1871-1953, épousa Edmond Rostand qui lui doit quelques uns de ses plus beaux poèmes, mais plus connue par le couple à demi incestueux qu’elle formait avec son fils Maurice Rostand. Aussi fardés l’un que l’autre, ils avaient fini par se rassembler au point que certaines âmes simples se trompaient.>> ou cet autre, << Mme Simounet (la grand mère de Philippe Jullian) qui avait beaucoup rôti le balai dans sa jeunesse et avait l’air d’une courtisane acceptant mal sa retraite.>> ou encore celui-ci << Maurice Chevalier, 1888-1972, enfant de Menilmontant, dont il cultivait l’accent gouailleur était un chanteur sans beaucoup de voix, un acteur sans guère plus de talent, mais cela n’avait pas grande importance car il lui suffisait d’apparaitre en scène pour être applaudi. Il était surtout un personnage ayant su créer, puis entretenir sa légende et il avait fini par incarner la France aux yeux de tous ceux qui ne voyaient  en celle-ci qu’un pays où tout s’achève par des chansons.>> et enfin, << Jean Genet 1910-1986, écrivain sulfureux qui ressemblait à un boxeur devenu garagiste et fascinait alors le milieu Cocteau...>>. Dans l’art de portrait Jullian n’est pas inférieur à son biographe, en témoignent ceux-ci, << Gide à Radio Tunis, c’est le maréchal Pétain de l’intelligentsia.>>; << Mauriac est bien démodé: il noue ses vipères bourgeoises en lavallière.>>...

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Si le journal de Philippe Jullian peut se lire seul, le plaisir qu’en retirera son visiteur en sera considérablement augmenté s’il le lit en parallèle avec la biographie qu’ a consacrée Ghislain de Diesbach à Philippe Jullian. Malheureusement l’ouvrage, édité aux éditions Plon en 1993, est peut être assez difficile à trouver. Cette biographie a le mérite non seulement de combler un certain nombre de blancs du journal mais aussi de le mettre en perspective. On peut seulement regretter, que tout comme son objet d’étude, de Diesbach soit aussi pusillanime lorsqu’il s’agit de l’homosexualité de son modèle, prenant des précautions de vieilles filles pour l’évoquer. Philippe Jullian ne s’aveugle pourtant pas sur ses sentiments et ses goûts, mais reste toujours dans le demi aveu: <<... J’ai confié à Elisabeth, le rôle de l’être aimé, faute d’un sentiment plus vrai que j’attend. Cet amour n’est en somme qu’une construction, une façade peut on dire légèrement...>>.
La biographie qui est souvent très amusante, écrite par Ghislain de Diesbach ne fait pas seulement revivre, dans un style éblouissant, un homme mais toute une société d’originaux qui étaient avant tout des hommes libres.

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Tout journal intime est un peu une auberge espagnole et c’est aussi par là qu’il est savoureux. On y passe d’une considération générale sur la marche du monde à une inquiétude digestive en passant par un dîner en ville ou un vernissage. Celui de Philippe Jullian, lecteur boulimique, est riche de jugements littéraires, souvent justes, fréquemment iconoclastes, mais toujours stimulant pour notre intelligence, comme ceux-ci: <<  Relu “l’idiot”... Trop de précipitation, d’éclats, de scandales. On pense à ces anciens films dont les acteurs ont une démarche saccadée et trop rapide. Tous les personnages jouent au jeu de la vérité. Il est invraisemblable que dans une ville comme Pétersbourg, tant de gens de classes si différentes se connaissent si bien et sachent tout les uns sur les autres. Cette affreuse impression de promiscuité n’est possible que dans les petites villes où l’on tombe sans cesse les uns sur les autres.>>; << “Gilles”, de Drieu La Rochelle, est un livre gênant; le lecteur se sent coupable. Les personnages sont les faux-monnayeurs dégénérés qui fabriquent des billets dépréciés au lieu de louis.>>; << “Notre-Dame des Fleurs, de Genet. Cela pourrait rendre les gens fous. Horrible indiscrétion de ce rêveur qui raconte vos pires imaginations. On rougit de soi en le lisant.>>...

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L’amateur de Modiano appréciera de croiser dans ce livre des personnages qui pourraient (ou l’ont été) des romans de leur auteur de prédilection, comme ce Boulos Ristelhueber ou cet autre, Joël des Closets de Villepinte, mythomane flamboyant , inconnu des dictionnaire de fausse noblesse précise délicieusement de Diesbach...

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Je ne m’attendais pas, en lisant ce journal, à tomber sur une uchronie. C’est pourtant ce qui arrive, à la page 42 dans un texte daté du 11 avril 1941, où notre diariste imagine un monde différent de celui dans lequel il vit alors, l’époque devait être propice à ce genre de songe... Le point de divergence se situe aux alentours de 1860. Napoléon III aurait poussé sa politique des nationalités et son règne n’auraient pas été ainsi interrompu par la guerre de 70. Curieusement Jullian imagine que paradoxalement cette politique aurait conduit à une sorte de gouvernement européen devenu un territoire balkanisé dans lequel le Pays-Basque, la Corse, la Catalogne, la Bavière, la Savoie... seraient autonomes. Il n’y aurait plus de passeport pour se déplacer dans toute cette Europe. Les états seraient agglomérés dans plusieurs petites fédérations, les pays baltes, les pays de langues allemande et de religion catholique, les pays de langues italienne...  Le grand sage de ce conseil européen serait Bismarck, << peu d’hommes auraient accès au pouvoir et les groupes d’états seraient gérés par un conseil d’administration d’hommes d’affaires, de diplomates et de princes. Ces dirigeants n’auraient pas craint le marxisme, mais l’aurait utilisé. La grande masse des ouvriers vivrait dans des phalanstères avec l’assurance d’une vieillesse sans soucis, n’étant plus intéressée par la politique dont ils n’ont plus rien à attendre, ne pensant plus au suffrage universelle...>>. En 1880 une guerre russo-anglaise opposent les deux empires pour la possession de la Turquie. Les deux nations sortent épuisées de cette guerre qui rejette l’Angleterre vers les Etats-Unis et une partie de la Russie vers l’Asie. Dans cette histoire alternative la grande crainte de l’européen de 1940 serait... le péril jaune.  Ce monde rêvé par Jullian est à la fois visionnaire, il préfigure un peu notre Union Européenne, mais il est aussi très passéiste. On voit combien l’écrivain puise ses sources non pas dans le XX ème mais dans le XIX ème siècle, notamment dans ses utopistes et que ce rejeton de la bourgeoisie de province n’a pas intégré complètement la notion de république. Voilà  une référence que dorénavant qu’Henriet devra ajouter à son “Uchronie” (éditions Klincksieck).


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Détails amusants sur, à la fois le snobisme, la clairvoyance et les écarts de notoriété, si Jean Cocteau est plusieurs fois cité dans le journal de Philippe Jullian, ce dernier, aux mêmes dates n’est jamais mentionné dans celui de Jean Cocteau! Alors que ce dernier cite plusieurs fois Lefèvre-Pontalis grand ami de Jullian qui pourtant ne produira aucune œuvre malgré les espérances qu’il laissait entrevoir... De même que l’on ne retrouve qu’une fois (page 637) le nom de Philippe Jullian dans la copieuse biographie de Cocteau par Claude Arnaud (éditions Gallimard) mais là Pontalis n’est pas mieux traité... Même chose chez François Sentein si celui-ci apparaît plusieurs fois dans le texte de Jullian, nulle trace de ce dernier dans “Nouvelle minute d’un libertin” aux éditions du Promeneur. Philippe Jullian ne devait pas se douter de la bonne opinion qu'avait de lui l'homophobe paradoxal Paul Morand, à son propos,il écrit le 20 décembre 1964 à Michel Déon: << J'ai lu un charmant Philippe Jullian sur les Bragance, dans la collection de chez Laffont. Je regrette assez que vous n'ayez pas travaillé avec lui. C'est un garçon bien et qui est agréable de rapports. Il travaille beaucoup et sait vendre.>> (Paul Morand, Lettres à des amis et à quelques autres, éditions de La table ronde, 1978).


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Un journal intime, même si c’est une lapalissade, il me parait opportun de la rappeler, fait entrer son lecteur dans l’intimité d’un être. On est souvent d’autant plus ému que l’on sait presque toujours les devenir des espoirs que le diariste couche sur le papier comme des testaments pour le futur. Il est ainsi parfois déchirant de voir combien peu de ces rêves se matérialiseront...
En ce qui concerne Philippe Jullian je suis surpris de l’importance qu’il accorde au dessin, beaucoup plus qu’à l’écriture, mais il faut toujours avoir à l’esprit que nous lisons les épanchements d’un jeune homme qui a entre 20 et 30 ans lorsqu’il rédige ce texte, le reflet de son apprentissage de la vie. En effet par rapport à ce que je connais de lui ses écrits me paraissent plus remarquables que ses dessins. J’ai néanmoins un grand souvenir de ses illustrations pour ” La recherche du temps perdu”, édition illustrée chez Gallimard que malheureusement je ne possède pas... Il faut que j’avoue que les dessins de son Dictionnaire du snobisme (éditions  Christian de Bartillat, 1992), écrit en 1958 et toujours aussi actuel, à lire et à revoir, sont certainement les dessins qui m’ont le plus fait rire...

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Dans ce journal sur fond d’un paysage intellectuel, mondain et parfois canaille où se croise Cocteau, Aragon, Eluard, Genet, Dior, Jean Boullet et bien d’autres se dessine le portrait d’un garçon timide qui préfère étonner que séduire, attachant malgré son égoïsme et sa causticité qui hésite entre deux passions le dessin et la littérature.

 

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Peinture

Au chapitre “peinture”, on note que: “Le succès tardif des impressionnistes provoqua dans la bourgeoisie une mauvaise conscience esthétique que la nostalgie du manque à gagner aviva chaque jour davantage”…

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Marché aux Puces
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Défilé de Mode

 

Il faut espérer que la parution de son journal, et très très modestement cet article relance l'intérê pour l'oeuvre de Philippe Jullian. Il faudrait se souvenir qu'il fut Spécialiste de la littérature fin de siècle et de l’Art nouveau, il est parmi les tout premiers à réhabiliter une période juqu’alors décriée, notamment par le biais de nombreuses biographies (D’Annunzio, Jean Lorrain, Oscar Wilde, Robert de Montesquiou).
N'oublions pas l'illustrateur qu'il fut pour Dickens, Rilke, Morgan, Dostoïevski et surtout de Proust (“A la recherche du temps perdu”*), il a également travaillé sur un scrapbook: “Lorsque Maisie dansait”, un album sur les styles (réédité par Le Promeneur en 1992).
Je recommande particulièrement la lecture de son “dictionnaire du snobisme”. En observateur affuté, il croque les grands de ce monde et leurs petites manies. Quelques images présentées sur ce blog vous donneront un aperçu de cet ouvrage qui pourrait se ranger auprès d’un Who’s who et de son ouvrage sur “Les styles” réédités par Patrick Mauriès des éditions du promeneur en 1992. Le livre est composé d’un avant propos de l’auteur, et émaillé de réflexions et de textes d’une trentaine d’intervenants parmi les quels Michel Déon, Paul Morand, François Nourissier, Jean François Revel et de quelques dames à particules un peu oubliées.
 
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Bibliographie de Philippe Julian: Les Meubles équivoques, avec Léon-Paul Fargue, Grasset, 1947; Le Cirque du Père Lachaise, Fasquelle, 1957; Mémoires D’Une Bergère, Plon, 1959; Robert De Montesquiou, Perrin, 1964; La fuite en Egypte, La Table Ronde, 1968; D’Annunzio, Fayard, 1971; Jean Lorrain ou le Satiricon 1900, Fayard, 1974; Sarah Bernhardt, Balland, 1977; Lorsque Maisie dansait, Salvy, rééd. 1990; Les styles, Le Promeneur, Gallimard, 1992; Oscar Wilde, Bartillat, 2000; Dictionnaire du snobisme, Plon, 1958 – Bartillat, 2006; Journal 1940-1950, Grasset, 2009; Les Morot-Chandonneur, avec Bernard Minoret, Grasset, 2009

"Lorsque Maisie dansait", Philippe Jullian
Nota 1: Il semblerait que l’édition française se décide à redécouvrir Philippe Jullian (je ne sais si c’est identique en Angleterre où l’écrivain-dessinateur a également publié), puisque concomitamment au journal parait “Les Morot-chandonneur” qu’il a co-signé avec Bernard Minoret, aux éditions Grasset dans la collection de poche “Cahiers rouges”. Les deux compère narrent la vie d’une famille sur cinq générations au moyen de pastiches de grands auteurs dans la tradition de Reboux et Muller ou de Jean-Louis Curtis. Espérons que ce n’est qu’un début.

Nota 2: Les dessins illustrant cet article sont extraits de l’indispensable dictionnaire du snobisme de Philippe Jullian qu’il faudrait rééditer si possible en grand format pour pouvoir bien admirer les dessins.
* Je recherche, à un prix honnète La recherche du temps perdu" illustré par Philippe Jullian

Commentaires lors de la première édition de ce billet

Très intéressant. Complètement inconnu pour moi jusqu'à ce jour ce Jullian. Je vais essayer de trouver ça aux Mots à la bouche :)
Le journal de Klaus Mann, que vous avez peut-être lu, doit pouvoir répondre à certaines de vos attentes en la matière.
Je n'ai pas encore lu celui de Mathieu Galey... Au boulot, pauvre forçat !

 

Posté par mathieu, 29 avril 2009 à 02:40

réponse à Mathieu

Je n'ai pas cité d'autres journaux intimes que j'ai lu comme celui de Léon Daudet, Léautaud ou Klaus Mann.
Mais je trouve ce dernier intéressant mais pas assez intime et parlant de personnages qui en raison de ma nationalité et surtout de mon ignorance ces considérations ne me parlent souvent que peu. Il me semble très souhaitable pour vous de commencer par celui de Mathieu Galey, très facile à trouver (FNAC, Mots à la bouche...), en deux tomes chez Grasset. Avant de lire le journal de Jullian essayez de lire sa biographie par de Diesbach (celle qu'il a écrit sur Proust est également une merveille, son grand oeuvre) au style éblouissant qui est une belle porte d'entrée pour tout un monde.

 

Posté par B A, 29 avril 2009 à 07:46

Souhaitable de commencer par Galey ? Vous voulez dire pour me familiariser avec la lecture des journaux ? :) Ma foi, j'ai lu moi aussi celui de Léautaud (et en corollaire celui de l'Abbé Mugnier), celui de Gide, de Morand (le Journal inutile)(ça, vous devriez aimer, si vous aimez aussi les journaux hétérosexuels pour peu qu'ils soient écrits par un mec de droite ^^), les Cahiers de Cioran, les journaux de Ionesco. Le Journal de jean-René Huguenin, Le Mausolée des amants de Guibert, le Journal de Travers de Camus. Le Passé défini de Cocteau (un tome seulement pour tout dire), Les Cahiers d'Henri de Régnier (un pensum, malheureusement). J'en oublie un paquet mais ajoutons dans le domaine étranger les journaux de Gombrowicz, Anaïs Nin, Sylvia Plath, Virginia Woolf, Joyce Carol Oates, Mihail Sebastian... J'en passe encore quelques uns... Je passe aussi les essais consacrés aux journaux... Pour tout vous dire, c'est un peu ma spécialité en fait ^^
C'est pour ça que j'ai été très intéressé par votre article, je suis très curieux des journaux qui paraissent et dont on ne parle pas beaucoup. Pour Léon Daudet je ferai l'impasse. Il y a un seuil d'incompatibilité entre le diariste et son lecteur au delà duquel la lecture du journal est infaisable...(idem pour Claudel)

 

Posté par mathieu, 29 avril 2009 à 16:47

reréponse à Mathieu

je doutais pas de que vous étiez léttré, je ne voulais en rien vous vexer mais il me semble que le journal de Galey est plus complet plus serré et ayant d'une part un ton assez semblable à celui de Jullian et recouvrant en partie les mêmes milieu il était préférable de le lire avant? Comme je crois qu'il faut lire la biographie de Jullian de Diesbach avant d'attaquer le journal. En lisant le journal j'ai éprouvé le besoin de relire la biographie de Jullian que j'avais lu lors de sa parution.
Vous devriez dépasser votre répugnance et lire le journal de Daudet qui est remarquable et drôle et surtout très libre. Il y a rien de moins dogmatique que Léon Daudet. Il faut se souvenir que cet antisémite à été le grand découvreur de Proust et que cet homophobe à entretenu son frère qui était alors la plus grande folle de Paris. A mon avis Léon Daudet était passablement piqué. J'ajouterais que pendant les premières années de l'occupation (il est mort durant la guerre) il a arrêté d'écrire des articles politique ne donnant à l'Action Française que des critiques littéraires... Le journal de Morand est intéressant parfois assez répugnant, parfois généreux,souvent très intelligent et parfois vraiment stupide. Il est un bon miroir des contradictions de cet homme, encore un homophobe entouré d'homosexuels! malheureusement d'une écriture un peu décevante par rapport à son oeuvre. J'attend avec impatience sa correspondance avec Chardonne.C'est curieux mais je constate que ce sont surtout les écrivains dit à droite (ce n'est pas pour moi un critère de sélection, Aragon est un auteur que j'aime beaucoup) qui tiennent leur journal intime. Je ne considère pas les carnets de Cioran ni même le journal de Michel Leiris dans la catégorie des journaux intimes pas plus que les carnets de Montherlant, autant d'ouvrage que j'ai lus. Mais j'ignore ceux de Gombrowicz, Anaïs Nin, Sylvia Plath, , Joyce Carol Oates, Mihail Sebastian. Et je n'ai lu que des morceaux de ceux de Virginia Woolf, Gore Vidal (une sacrée langue de pute) et de Renaud Camus dont j'aime bien certains morceaux mais c'est un peu longuet. Et honte à moi je ne savais pas que Ionesco et Huguenin avaient tenu le leur.
Le journal de Cocteau montre surtout qu'il était assez bête et fat. Mais son journal 1942-1945 est intéressant en raison de l'époque et on peut le croiser avec ceux de Junger et de Galtier Boissière (éditions Quai Voltaire) à lire aussi mais sans doute assez difficile à trouver...
Comme nous le voyons ce n'est pas la lecture qui manque...

 

Posté par B A, 29 avril 2009 à 17:44

Roh, je ne suis pas d'accord avec vous sur Cocteau. Ceci dit mes souvenirs ne sont plus très frais, je lirai un autre tome un de ces 4. 
Je ne connais ni celui de Gore Vidal (m'intéresse pau a priori mais à voir) ni celui de Galtier Boissière. J'imagine qu'il doit y avoir quelques notes sur Léautaud, car ils se sont bien connus. J'essaierai de trouver ça aussi... Camus, aussitôt que vous passez ses ridicules églogues, hallucinants de ridicule églogues, je trouve que c'est d'une lecture pas longuette du tout. Un vrai regard, et puis toute une époque pour moi qui ne l'ai pas connue. Et une personnalité quand même pas commune. Bon, ses épisodes de sodomies avec des mâles moustachus sont, effectivement, peut-être un peu longuets... ^^
Vous venez de me donner un aperçu de Daudet que j'ignorais complètement. Je reconnais que je suis bloqué par une somme de préjugés. Je suis tout prêt à réviser mon point de vue.
C'est vrai que ce sont surtout des écrivains plus ou moins de droite ou plus ou moins anars qui écrivent leurs journaux. Mais il est évident que l'anticonformisme se trouve davantage de ce côté que du côté gauche de l'échiquier moral. Lequel gagne à ne pas s'exprimer même si c'est sous sa tyrannie bien-pensante que, dans l'ensemble, je préfère vivre. Voire Guéhenno, archétype du diariste enseignant de gauche qui est propremement illisible. Vous n'avez pas tout à fait tort sur Cioran. Ce n'est pas à proprement parler un journal, disons à la française. Mais c'est quand même l'enregistrement au quotidien de la vie, certes toute intérieure, d'un homme. Cioran est un véritable égotiste. Mais sa méfiance à l'égard du journal en tant que genre quelque peu amalgamé au potinage et au ressassement, fait de ses Cahiers une oeuvre à part. Ceci dit, les journaux anglo-saxons sus-cités font preuve de la même méfiance. Le journal est un genre tout aussi divers que le roman du 20ème siècle avec ses académismes et ses avant-gardes. Ah, et je n'étais pas vexé du tout, c'était plutôt pour situer :)

 

Posté par mathieu, 29 avril 2009 à 19:01

nouvelle réponse à Mathieu

Je devais pas être au mieux aujourd'hui car visiblement je me suis fait mal comprendre. Je suis tout à fait camusien et j'aime beaucoup son journal surtout ceux les tomes d'il y a quelques années mais pas les premiers, genre trique, mais il est tout de même trop pléthorique. Je préfère sa dernière série sur les maisons d'écrivains en particulier le volume sur l'Angleterre; dans le genre journal d'un piqué réactionnaire il y a celui de Nabe mais je ne l'ai pas entièrement lu et j'ai perdu le volume!
Posté par B A, 29 avril 2009 à 21:18

A propos de Léon Daudet

Juste une question, Bernard. Par "Journaux" de Léon Daudet, entendez-vous ses "Mémoires", ou de véritables journaux intimes ?... Dans le dernier cas, où ont-il été édités ?...
Posté par BBJane, 30 avril 2009 à 11:58

réponse à BBJane

J'ai eu disons un abus de langage, il s'agit bien sûr de l'ensemble de ses souvenirs qui ne sont pas complètement des mémoires c'est d'ailleurs ce qui fait un des charmes de ces textes qu'ils soient si difficile à classer. J'ai sans doute parlé de journal tant on a souvent le sentiment que les portrait sont délivrés à chaud...
Posté par B A, 30 avril 2009 à 12:47

Journal littéraire - Paul Léautaud

Bel hommage au diariste Jullian. Pour ma part c'est l'oeuvre majeure de Léautaud qui m'a incité à en tenir un qui est livré progressivement via des blogs. Vous pouvez vagabonder à travers des extraits choisis du "Journal littéraire" sur http://paul-leautaud.blogspot.com/. Bonne lecture.
Posté par Decrauze, 10 mai 2009 à 22:52

La baronne Des Charnais

Vous avez reproduit un de mes dessins préférés de Jullian, auteur ET illustrateur trop méconnus. Il a pourtant écrits de petits chefs d'œuvres, avec "Café Society", "Apollon du Belvédère" ou encore les nouvelles de "Gilberte retrouvée".

Je pense qu'il sera redécouvert un jour. Son humour et sa poésie grinçante en font un auteur attachant, même s'il lui est parfois reproché d'être brouillon. J'envie ce brouillon.

 

Posté par Denisd, 12 octobre 2009 à 14:01

Réponse à Denisd

Jullian est aussi très utile pour ce faire une idée de ce qu'était la socièté "lancée" des année 50 et 60 au delà de sa verve son oeuvre est devenu malgré lui un document sociologique sur un monde complètement disparu...
Posté par B A, 12 octobre 2009 à 17:05

Lancé? Comme ce qui se ramasse?

Pourtant Jullian n'est pas si lointain. En plus d'être esthète de l'observation de salon, il avait aussi un bon sens terrien, hérité de sa famille bordelaise et des temps révolus de "la gloire et des immeubles", comme il le disait. Je suis peut être naïf mais ne pense pas que ce monde soit complètement disparu. 

Il m'est arrivé, il vous arrive encore, d'en croiser des représentants, de temps à autre. Les grandes maisons de luxe de masse, les financiers du Golfe ou des grand groupes industriels en quête de reconnaissance ont certes remplacé les milliardaires américains, les pairs britanniques ou les fastueux ducs sud-américains; mais l'entourage demeure. 

Mondains professionnels et mercenaires, jeunes et moins jeunes Rastignacs à la particule fraiche, grands noms stériles ou fortunes abimées, cortèges d'artistes courtisans, de parasites flatteurs et toute cette piétaille pathétique qui s'efforce de "chanter plus haut que sa lyre"... Eux restent bien vivants.

Grands espoirs et petites vanités, foi inébranlable et bassesses inavouables s'accordent souvent parfaitement. Le talent de Jullian était de les décrire avec humour et finesse et d'avoir, parfois, l'élégance de sembler y croire. C'est en cela qu'il est très humain et qu'il évite l'écueil du moralisme. 

J'aurais aimé le rencontrer. Mon père avait fait un voyage en auto avec lui, le ramenant d'une partie de campagne, à la fin des années 50. Il l'avait trouvé un peu taciturne.

Merci de l'avoir si bien évoqué.

 

Posté par Denisd, 12 octobre 2009 à 22:40

réponse à Denisd

Très beau commentaire mais il ne faut pas confondre la café society* que croquait Jullian avec la plébéenne jet society de nos jours. J'ai utilisé à dessein, le mot lancé qui au temps de Jullian était synonyme d'à la mode
Posté par B A, 13 octobre 2009 à 07:11
* Lorsque je faisais cette réponse n'était pas encore paru le merveilleux album "Café society" de Thierry Coudert aux éditions Flammarion

 

Pour retrouver des billets sur les journaux intimes sur le blog:  Fendre l'air, journal 1989 de Renaud CamusJournal d’un voyage en France par Renaud CamusJournal de Travers, tome 1, de Renaud CamusAguets, journal 1988, de Renaud CamusVigiles, journal 1987 de Renaud Camus

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Edyta 06/02/2016 18:52

Bonjour,
J'aurai un service a vous demander, je cherche le numero de la page dans Le Dictionnaire du snobisme de Philippe Jullian (Ed. Bartillat) consacre a la definition du dandy,
" Malgre les apparences, le pur dandy est le contraire su snob".
"On pourrait considerer le dandysme comme la mystique du snobisme... [...] devote du quartier ".
Merci d'avance,
Edyta

lesdiagonalesdutemps 06/02/2016 19:07

Je suis désolé, je n'ai pas ce volume sous la main.

Isoure 15/05/2012 22:55

Bel article sur un artiste, un écrivain peu connu. C'est sa sensibilité de critique d'art qui m'a donné envie de connaître mieux l'homme. L'échange avec Mathieu sur les journaux est tout aussi
intéressant.
Les Cahiers d'Henri de Régnier tiennent effectivement du pensum. Pourquoi écrire si c'est pour dire si peu? J'aurais aimé qu'Hubert Juin publie une biographie de Régnier...

lesdiagonalesdutemps 16/05/2012 07:19



Toutes proportions gardées, Philippe Jullian aurait aussi aimé être le Tennant français, mais il n'était pas beau... Il ouvre aussi une petite porte sur la café society des années cinquante. En
ce qui concerne l'intérêt des journaux intimes, il ne faudrait pas oublier que certains sont publiés alors qu'ils n'y étaient pas destinés. Toujours sur les questions d'édition s'il n'y a pas de
biographie de Régnier c'est je pense qu'il y aurait bien peu de lecteurs pour un tel livre. Enfin, comme avec vous l'échange avec Mathieu était intéressant, je remarque que de tels commentaires
sont devenus très rares, alors que la fréquentation du blog, mille visiteurs chaque jour, est plus importante qu'à l'époque de cet échange, sans que je puisse connaitre la raison de cette
rareté...