Le Gros, la Vache et le Mainate, opérette barge au Théâtre du Rond Point

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Le rideau s'ouvre sur un couple de garçons en train de repeindre leur appartement. Ils attendent un heureux événement. L'un d'eux, le gros (Olivier Martan-Salvan) est enceint. Ils se chamaillent. Le gros reproche à Paul, son compagnon (Pierre Guillois par ailleurs auteur de la pièce et directeur du Théâtre du Peuple de Bussang de 2005 à 2011, où la pièce a été créée) ses infidélités. Arrive inopinément la vieille tante de l'un d'eux, la tante Schmurz ( Jean-Paul Muel que l'on avait vu, ici déjà formidable dans Perthus de Jean-Marie Besset) accompagnée de son mainate, Luis Mariano. Elle a un mois d'avance. Elle devait venir pour surveiller le bébé dans ses premiers jours. Alors que la tante Chose qui arrive tout de suite après la tante Schmurts devait assister « le gros » dans le dernier mois de sa grossesse. La tante Schmurz et la tante Chose (Pierre Vial) se détestent. Elles devront pourtant cohabiter quelques semaines dans l'appartement. Elles s'installent. Le rideau tombe, la pièce est très découpée, et s'ouvre de nouveau sur une place, sur laquelle, au milieu d'une fête ,le gros, accompagné d'un grand orchestre, chante et danse son bonheur d'être enceint et de sentir le bébé dans son ventre. La scène suivante est d'une toute autre tonalité. Au détour de la conversation entre les deux tantes, seules dans l'appartement, on apprend que l'accouchement a été tragique. Le pied droit du bébé ayant traversé la poitrine du parturient alors que le pied gauche de l'enfant a percé le dos de sa mère-père qui en a succombé. Les deux femmes sont dérangées dans leurs confidences par un employé du gaz, assez accorte. Il ne laisse pas les deux vieilles femmes indifférents. Il exécute un striptease complet. Des stripteases récurrents, toujours exécutés par le même comédien (Luca Oldani) dans des rôles différents, pompier, plombier, infirmier..., rythmeront régulièrement la pièce. Paul ramène l'enfant. Puis le gros, dans son cercueil revient chez lui. La veillée mortuaire commence... J'arrête là recension de cette pièce d'abord parce qu'il serait dommage de vous priver de sa découverte et qu'ensuite son implosion dans les scènes suivantes rend l'exercice périlleux.

Je m'aperçois en relisant mon espèce de pitch que l'on pourrait croire que la pièce est triste et même sinistre alors qu'elle est tordante et que l'on rit d'une façon presque interrompue durant les deux heures qu'elle dure. Cet hilarité secouante parvient même à faire oublier l'incroyable inconfort des fauteuils de la salle Renaud-Barrault.

La crudité des propos et le scabreux des situations font que cette pièce animalière n'est pas pour tout public. Amis gérontophile, pédophiles, urophiles, scatophile, amateurs de flatulences sonores et de stripteases masculins vous y prendrez un grand plaisir; en revanche membre de Famille française ou de la fraternité de saint Pie X vous risquez d'être désappointés par ce que vous allez voir et entendre. De même ceux pour qui le théâtre est synonyme de Paul Claudel risque un choc culturel qui pourrait être préjudiciable à leur équilibre. Je précise cela car il pourrait se fourvoyez devant Le Gros, la Vache et le Mainate en raison de la présence à l'affiche de Pierre Vial qui a à son actif vingt ans de Comédie Française. Cette réflexion me conduit a préciser que les comédiens sont tous époustouflants.

Autre avertissement (car si la pièce ne se joue plus au Rond Point, elle part en tournée et fera peut être halte dans votre contrée), si la mise en scène de cet esthète qu'est Bernard Menez est hyper sophistiqué, visiblement les moyens ne sont pas complètement à la hauteur des ambitions du scènographe et une telle mécanique de précision peut connaître quelque ratées lors de la représentation à laquelle vous assisterez. Pour ma part, lors de l'avant dernière représentation à Paris, la vache a ostensiblement refusée d'apparaitre sur scène malgré les efforts de la troupe en revanche le mainate a été beaucoup plus coopératif survolant le public médusé (public où l'on pouvait constater que les vieilles tantes n'étaient pas uniquement sur la scène et où on y trouvait également de nombreuses crevettes ayant dépassée largement leur date de péremption) et le bombardant de fiente avant de se percher sur un spectateur du dernier rang sur lequel il a été récupéré par Jean-Paul Muel en personne.

Le Gros, la Vache et le Mainate est une expérience théâtrale que l'on oublie pas lorsqu'on a la chance de l'avoir vécue.


 

« Après tout quand t’es vieux, qu’est-ce qu’il te reste comme plaisir, à part insulter les amis et faire peur aux gosses » Tante Chose

 

 

 

 

 

         

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