Le grand Georges, un film de François Mathouret

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Xavier Gallais dans "Le grand Georges" de François Marthouret

Xavier Gallais dans "Le grand Georges" de François Marthouret

 

Avec « Le grand Georges », il faut saluer l'exploit du scénariste, Patrick Rotman et du réalisateur, François Marthouret pour avoir réussi à mettre en images et en 90 minutes l'un des épisodes les plus emblématiques des années d'après guerre, la geste de Georges Guingouin. On y voit le Parti Communiste, alors premier parti de France, liquider du moins moralement après avoir essayé de le faire physiquement, l'un des héros de la résistance, étoile montante du Parti et par ailleurs maire de Limoge. Mon coup de chapeau n'empêche pas de nombreuses réserves et regrets. Ce qui me gène le plus c'est de me dire qu'il est bien dommage que Georges Gindouin n'est pas vu ce portrait tout de même un peu trop hagiographique, Rotman en fait un saint laïque, je rappellerais qu'il est décédé en 2005. Le courage et l'hygiène politique aurait été de faire un tel film trente ans auparavant lorsque le Parti Communiste étant encore un Parti de l'étranger qui prenait ses ordres à Moscou ce que montre très bien en des raccourcis saisissants (les scénaristes sont des maitres en la matière) le film. Encore une fois, connaissant très bien le sujet (je n'ai aucun mérite car certains membres de ma famille ont été partie prenante de l'histoire de Guingouin) je me demande ce qu'un béotien complet peut piger à l'exercice car chaque image, chaque dialogue, dit beaucoup de choses ce qui conduit parfois la mise en scène à être contraint d'enfiler les images d'Epinal comme des perles. La séquence du camps des maquisards est vraiment too much. Les résistants y sont campés en scouts montés en graine travaillant comme de petites fourmis pour rendre leur camps joli tout en chantant « La jeune garde ». D'autres vignettes sont beaucoup plus réussies et signifiantes mais demanderaient un arrêt sur image pour en épuiser toute la richesse. Par exemple lorsque Guingouin est convoqué par le juge, en entrant dans son bureau, il a sont béret basque bien vissé sur la tête. Guingouin ne l'enlève pas. Il veut signifier par là que le juge reçoit le colonel Guingouin en effet un officier n'a pas à se découvrir devant un civil, et non le citoyen Guingouin. Les scénariste profite de cette scène pour rappeler que la magistrature, à une exception prêt, à juré fidélité au maréchal Pétain. Il est fort probable que cette entrevue ne s'est pas passé comme cela, mais tant par l'image que par le texte, et cette fois sans trop souligner, le film dans une simple séquence en dit beaucoup. Ce qui m'amène a regretter deux choses, la première est que cette formidable leçon d'histoire ne soit pas diffusée dans les collèges et lycées. « Le grand Georges » peut être un très bel appui pour bien des leçons d'Histoire sur la résistance, et les années d'après guerre avec l'émergence de la guerre froide et le poids que le Parti Communiste faisait peser sur la société française. La deuxième que « Le grand Georges » ne soit pas suivi par un débat comme au beau temps de l'ORTF. Il aurait pu aider à éclairer bien des points sur lesquels en raison du manque de temps, le film est passé trop rapidement.

Pour donné le maximum d'informations la réalisation mêle habilement au film des images d'archive. Comme est réussi le mélange de personnages avec des personnages fictifs qui condense en fait plusieurs personne ayant existé. Ce procédé inévitable en regard des contrainte de temps et de moyen de cette production a pour inconvénient néanmoins de forcer le trait ainsi le méchant policier est vraiment un salaud d'anthologie très bien interprété par Vincent Winterhaller mais c'est toute l'interprétation qui est excellente et bien dirigé à commencer par Xavier Gallais que j'avais jusque là surtout grandement apprécié au théâtre (en particulier dans « Les Grecs de Jean-Marie Besset) et qui ici à la stature pour incarné le héros qu'était Guingouin. Je rappellerais que le Général de Gaulle le qualifiait de l'une des plus grandes figures de la résistance. On l'appelait aussi « le préfet du maquis » ou le « Tito du Limousin ». Mais il faudrait tous les citer. Mathouret a fait le choix classique, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrait de choisir des comédiens ressemblant à leur modèles ainsi Aurélien Recoing ressuscite d'une façon troublante Maurice Thorez et Xavier Gallais ressemble étonnamment à son modèle. J'ai particulièrement de plaisir a retrouver Thomas Chabrol qui se colle à l'autre méchant du film, Léon Rouvais, l'archétype du stalinien. Rouvais empreinte beaucoup d'actes et de paroles à un personnage bien réel, Gabriel Roucaute l'un des dirigeant du P.C. Dans la zone sud qui nommait Guingouin « Le fou qui vit dans les bois ». Thomas Chabrol est un très bon comédien qui n'est pas assez distribué et que je soupçonne de pâtir d'être un « fils de ».

On peut regretté qu'au point de vue historique soit passé à la trappe un membre du P.C. important à l'époque, Léon Mauvais qui voulait profiter de l'hégémonie du Parti en Haute Vienne pour faire de cette région le point de départ d'une révolte armée communiste, ce qui aurait amené à une situation semblable à la Grèce d'alors. Le général de Gaule a désamorcé le danger en échangeant les fusils des partisan contre l'obtention de quelques ministère par le PC.

Le scénario qui couvre plus de dix ans, montre bien comment ce compagnon de la Libération, l'un des tout premiers résistant, dès 1940 fera l’objet dans les années 1950 d’un double procès : de la part de ses anciens camarades communistes, qui le traînent dans la boue en employant les pires méthodes staliniennes, mais également devant la justice, par d'anciens collaborateurs qui l’accusent de crimes commis sous l’Occupation.

Le grand Georges a été tourné intégralement en Limousin au mois de mai 2011.

Le film rend justice à un homme qui Malgré un destin exceptionnel, n'aura pas eu tous les honneurs de l'Histoire à l'image d'un Jean Moulin ou d'un Raymond Aubrac. Son action soulèvera des controverses souvent exploitées par des journalistes de droite et d'extrême-droite parmi lesquels Henri Amouroux et de ses anciens camarade du Parti en raison des exactions commises sous son autorité durant l'« épuration sauvage » de 1944. Mais on voit dans le film que les crimes dont on accusa George Guingouin d'y avoir participé avaient été commis avant la libération. Guingouin fut innocenté. Son avocat était Roland Dumas!

Le grand Georges fait honneur à la télévision française qui depuis quelques années ose attaquer l'histoire contemporaine de front et presque toujours comme ici avec beaucoup de talent.


Nota:

1- Je recommande la lecture du billet qu'Edwy Plenel a consacré à ce téléfilm à l'adresse ci-dessous:

http://blogs.mediapart.fr/blog/edwy-plenel/070113/georges-guingouin-en-souvenir-des-resistances-venir

2- Vous pouvez consulter les billets que j'ai consacrés aux fiction d'histoire à la télévision:  A propos d'A droite toute de Marcel BluwalAdieu de GaulleUn homme d'honneurLa mort d'un présidentAccusé Mendes France

 

 

LEGRANDGEORGES.jpg

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« La philosophie de l’Histoire m’a appris que les précurseurs ont toujours tort et que les guerres de libération nationales, menées exclusivement par des volontaires, sont les plus cruelles qu’aient à subir les nations. Le sacrifice de leurs meilleurs fils atteint irrémédiablement la fibre morale des peuples et, l’épreuve passée, c’est le temps des habiles et la revanche de ceux qui manquèrent de courage. Le temps de la décadence morale succède au temps où l’homme s’élève face à l’événement. »

Georges Guingouin
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Entretien, mars 2011, Pascal Coussy, Claude Leloche :

Le producteur du film, Michel Rotman, invité du JT de France 3

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Publié dans télévision et radio

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Eden 16/01/2013 13:37

Bon résumé de ce téléfilm qui me hante.
Je fais partie de ces béotien(nes)car jamais auparavant, je n'avais entendu parler de cette "UNE" de l'Humanité qui avait été ré-écrite après 1945.
Ce n'est qu'à travers ce que j'ai appris dans cet excellent téléfilm que j'ai compris la manipulation communiste. J'en avais une vague idée mais je cherche encore et encore à trouver cette
"Une".
Du coup, je me retrouve à hanter le net pour rechercher encore plus d'infos sur le sujet.
C'est ainsi qu'au stade où je vous écris, ce fameux appel à la résistance inventée par le PCF en 1945 est devenu "l'appel du 10 juillet" dans lequel la résistance comme le laisse entendre le PC
n'est guère évoquée.

Bon sang ! quels rois de la manip tout de même ! Avoir eu autant de crédit sur des mythes ?

Je suis aussi de votre avis : ce film doit être vu tant par les collégiens et lycéens que par les écoles de journalisme.
Apprendre à décrypter l'information avant d'écrire n'importe quoi pour en faire une vérité au service de la propagande est un must.

lesdiagonalesdutemps 16/01/2013 14:39



Les communistes ont fait de la manipulation des informations une de leurs règles, et même une règle de gouvernement en Union soviétique, mais il serait naif de penser qu'ils ont été les seuls à
pratiquer ce sport, à l'époque dont il est question dans le film, après, avant et aujourd'hui où la manipulation de l'information est la principale activité de nombreux politiques.



Marcel LOCCITAN 10/01/2013 15:44

Beau travail du réalisateur et du scénariste , on en en pour 1h30 et pas plus ! On reste quand même sur sur sa faim , car la vie exceptionnelle de Georges GUINGOIN ne se résume pas aussi simplement
en une heure et demi ; lui qui a vécu une véritable épopée . Pratiquement rien sur la résistance , ses actions de sabotages menées avec succès ; le préfet du maquis fut évoqué mais sans indiquer
les investigations qu'il développa pour résorber les trafics n'a pas de sens ; les combats de Mont GARGAN méritaient d'être évoqués plus à font représentant la seule victoire de la résistance
française sur l'ennemi , après les défaites du Plateau des Glières et du Mont Mouchet . Rien non plus sur les actions de guerre après le 6 juin 1944 pour ralentir la progression de la Division DAS
REICH qui devait atteindre au plus vite la Normandie ;Rien encore sur le travail de sape engagé par JEAN LE BAIL et la SFIO qui ont installé de nouveau à la Mairie de LIMOGES BETOULLE , un de ceux
qui avait voté les pleins pouvoirs à PETAIN quelques années plus tôt . Bravo pour les détails apportés sur le procès stalinien dont il fut victime de la part de ses amis du PCF mais aucune
dénonciation ouverte apporté au rôle de la droite revancharde dont magistrats et policiers qui avaient oeuvré au sein de l'administration du Gouvernement de VICHY , reconduits dans leur fonction
pouvaient agir pour essayer de réécrire l'histoire en toute impunité , faisant mourir une seconde fois les héros de la résistance qui se sont sacrifiés pour le retour de la REPUBLIQUE .
Messieurs les scénaristes à vos plumes , vous pouvez mieux faire , mais en attendant rendons hommage à ce grand homme que fut Georges GUINGOUIN , homme d'engagement total et désintéressé qui se
bâtit toute sa vie pourl'idéal humaniste qui l'habitait dans la liberté où triomphait la vérité .

lesdiagonalesdutemps 10/01/2013 16:01



Je suis d'accord sur tout ce que vous dites mais il me semble que le scénariste, qui a connu Georges Guingouin, ne pouvait pas mieux faire en 90 minutes (sans parler du budget) là est tout le
problème de bien des films d'Histoire de la télévision française (il n'y a guère que le service public qui s'en charge) souvent très bon mais qui ne peuvent pas tenir dans des formats aussi
courts. L'idéal aurait été de faire une première partie centrée sur la résistance et une seconde sur l'inique procès fait à Guingouin.


Je voudrais précisé que les membres de ma famille qui ont travaillé dans la résistance avec Georges Guingouin que ma grand mère connaissait et qui l'on payé de leur vie étaient de vieux
monarchistes proche de l'Action Française ce que savait parfaitement Guingouin qui avait de même dans son maquis des anarchistes espagnols et des réfractaires alsaciens et pas seulement des
communistes mais le problème pour tous étaient de chasser les allemands.