Le garçon en pyjama rayé (The Boy in the Striped Pajamas)

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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TheboyposterAvant d’aborder ce film (je remercie A. M. de l’excellent blog de m’ avoir fait découvrir ce film dont j’ignorais l’existence.), qui a pour centre l’amitié qui se développe entre deux garçons de huit ans en Allemagne durant la seconde guerre mondiale, l’un étant un détenu juif, Shmuel (Jack Scanlon), du camp que dirige le père de l’autre, un officier ss. J’étais extrêmement circonspect; étant d’emblée assez d’accord, sans pour autant avoir sa totale intransigeance avec Claude Lanzman, le cinéaste de la shoah, sur l’impossibilité et l’immoralité de représenter les camps de concentration dans une fiction cinématographique. L’article de Rivette sur le film “Kapo” de Pontecorvo, article repris et popularisé par le ciné-fils Serge Daney, n’a pas été pour rien dans ma défiance initiale en ce qui concerne “Le garçon en pyjama rayé”. D’autant qu’elle avait été, il n’y a pas si longtemps par l’inconvenant “La vie est belle” de À l'instar de Roberto Benigni. Pour raviver les mémoire et faire simple ce célèbre papier méprise celui qui tentait de faire de la belle image d’un camp de concentration ou d’un déporté et particulier sur la mort de l’un d’eux comme Pontecorvo avec un travelling qui fit couler beaucoup d’encre... J’ajouterais qu’un film ne peut ni s’abstraire de l’Histoire, pas plus que de l’histoire du cinéma.
“L’enfant au pyjama”, d’après le roman éponyme  de l’ irlandais John Boyne (aux éditions Gallimard jeunesse). ne m’aura pas fait changer d’avis. Sa réalisation est de Mark Herman, bien connu pour ses  films “Little voice” et “Brassed Off”. Tout d’abord j’ai eu du mal à entrer dans le film tant la construction du générique est scolaire. La bonne idée de faire commencer le film par un très gros plan sur un drapeau nazi que l’on identifiera que lorsque la caméra reculera après quelques secondes se poursuit par un grand élargissement du champ dans lequel on découvre notre futur héros le jeune Bruno  (Asa Butterfield qui a déjà joué dans un autre film “Son of Rambow”). jouant dans la rue avec des camarades de son âge. Dés ses premiers plans nous sommes dans la pire esthétique “Butte chaumont” souvenez vous de ces dramatiques de feu l’ORTF qui commençaient par un plan fixe d’ un coin de rue, en cadre serré, qui était sensé nous évoquer une grande ville, plan immanquablement traversé par un quidam qui le traversait d’un air dégagé. C’est ce que nous voyons ici avec en plus une figuration particulièrement figée. C’est Berlin 1940, façon musée Grévin. Puis ensuite nous avons droit à l’alternance de courtes scènes lourdement significatives, montées en opposition, par exemple une rafle (de juifs?) dans un immeuble, suivi d’une élégante descendant de sa limousine aidée de son chauffeur...
Heureusement tout s’arrange avec la première scène de comédie car on peut faire confiance aux anglais. Si ceux-ci ne sont pas toujours des grands maîtres de la mise en scène, ils sont de remarquable directeurs d’acteurs, ces derniers étant presque toujours excellent, ce qui aide bien le metteur en scène. Disons le tout de suite ils sont parfait dans ce film, en particulier les deux enfants et surtout David Thewlis  grand acteur, qui fut entre autres le Paul Verlaine de “Total Eclipse” impeccable dans le rôle du père. Il est devenu célèbre en interprétant le rôle du le  professeur Lupin dans Harry Potter. Je m’en voudrais d’oublier  David Hayman excellent dans un petit rôle, certes un peu conventionnel, celui de Pavel, un ex-médecin interné du camp qui a réussi à garder son humanité face à la terreur.

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Au début le scénario est habilement construit. Par exemple nous ne savons pas immédiatement que le père de famille lorsqu’il apprend à ses enfants que toute la famille va déménager qu’il est un officier SS. La bonne idée du casting est de le faire jouer par David Thewlis qui a plutôt une bonne tête et qui en plus n’est pas un habitué des emplois de méchant. On ne découvrira sa qualité d’officier que dans une scène suivante lors de la fête donné en son honneur pour une promotion. On comprendra petit à petit qu’il est en fait directeur d’un camp de concentration, un bourreau, semblable à celui que nous décrit Robert Merle dans son beau livre “La mort est mon métier”.
Le garçon en pyjama rayé est surtout intéressant du fait qu’il traite, par le biais et autour de l’histoire principale, d’un sujet qui à ma connaissance n’a jamais été explorée par une fiction cinématographique, la population allemande face aux camps de concentration et à l’extermination des juifs. La grande réussite du scénariste est qu’il parvient à nous faire vivre cette période tragique à hauteur d’enfance, même si l’on peut être un peu surpris et irrité de l’innocence de Bruno qui a tout de même huit neuf ans. Il nous montre bien l’impossibilité pour un enfant d’apréhender le tragique de ces situations extraordinaires. Il est souvent occulté dans son esprit par un détail prosaïque qui vient accaparer toute son attention. De là à penser que la population allemande dans son ensemble faisait de même...
Mais le problème principal du film est la possibilité matérielle de cette amitié sur lequel il repose presque entièrement. Pour ma part je reste très dubitatif qu’en à sa crédibilité. Comment penser que la rencontre du fils d’un chef nazi et d’un petit juif détenu dans un camp puisse être possible à cette époque. Mais à quelle époque sommes nous exactement? Une grosse carence du scénario est ne ne pas avoir situer très exactement les événements que nous voyons sur l’écran. Cette facilité opacifie et gauchit le film. En effet par exemple le régime des camps de concentration n’est pas le même en 1940 qu’en 1943, l’attitude des militaires et de la population allemande envers le régime nazi n’est pas identique en 1942 et en 1944 (c’est curieux comme les affres de la conscience et la lucidité politique augmentent lorsque les armées sont défaites et que les placards se vident... et ce n’est pas vrais que pour l’Allemagne de la dernière guerre). Une scène ainsi perd tout son sens, la mort de la grand-mère que l’on sait antinazi. Le père suite à un appel téléphonique annonce, à sa famille à table que sa mère vient d’être tuée par une bombe. L’image suivant est celle d’un convoi mortuaire cheminant dans une rue où aucune trace de guerre est discernable puis près de la tombe la mère veut arracher sur une couronne, la carte de visite d’un haut dignitaire nazi sous prétexte que sa belle mère n’en aurait pas voulu. Son mari l’en empêche. Ces différentes scènes me font douter que la vieille dame, que l’on nous avait présenté antérieurement comme malade, ait été tué par une bombe et si elle s’était suicidée, ne supportant pas la fonction de son fils? Ces interprétations auraient été moins possibles si le scénario avait constamment été borné par une chronologie du quotidien, par des dates.
On peut aussi être agacé par le fait que nous sont présentés des allemands mojoritairement antinazis. Faisons en une petite recension. Le père officier, de la SS, très important cette appartenance, dit qu’il accomplit sa sinistre tâche par devoir et non par idéologie, on entend aucun antisémitisme de sa bouche; sa femme est horrifiée lorsqu’elle découvre le véritable travail de son mari; sa mère est une antinazi affichée, son père est un suiveur, probablement un officier de la grande guerre, ces “demi-soldes” qui embrassèrent par désespoir le nazisme; quant à son aide de camp on peut supposer que son nazisme est plus une manière de se dédouaner de l’opposition au régime de son père que par une farouche adhésion. Il n’y a pas beaucoup de francs nazis dans tout cela. Cette vision que l’on trouve dans le récent film Walkyrie (et puis il y a comme dans ce film dans le garçon en pyjama rayé la gène d'entendre ces nazis allemands s'exprimer en anglais...) de faire une majorité des allemands des années 40 est contraire à toutes vérités historiques, je comprend bien qu’elles dérangent. Il faut peut être rappeler qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes.

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Si la vérité historique est donc malmenée d’autres épisodes sonnent très juste comme l’effet de la propagande propagée par leur précepteur sur le candide Bruno ainsi que sur sa sœur (Cara Horgan), Gretel; ou encore la prise de conscience de la mère (Vera Farmiga) qui est aussi très vraisemblables. On voit bien qu’elle peine à reconnaître sa culpabilité et celle de ses contemporains. En réalité elle aimerait se sauver avec sa progéniture vers un paradis sécuritaire où elle pourrait retournerà sa quiète  ignorance.
Il serait bon que chaque scénariste soit un chartiste (La méthode de Roger Martin du Gard pour ses roman devrait être le bréviaire de tous scénaristes), particulièrement lorsqu’il ambitionne de placer ses péripéties dans l’Histoire. Le spectateur est d’autant plus prêt à accepter une histoire improbable que celle-ci se déroule sur un substrat historique solide. Dans le cas d’”un garçon au pyjama rayé” le scénariste a trop fait confiance au romanesque de sa tragédie, remarquablement bien amené, il est rare de voir une fin aussi inattendue, et a négligé l’indispensable travail de préparation qui aurait peut être fait que sa fable serait devenu une évidence.
Il faut regretter la  partition pompière de James Horner (Titanic) qui est en contradiction avec la réalisation sobre de Mark Herman.
Le regard inhabituel porté sur le nazisme, celui d’un enfant d’un bourreau, un scénario très bien construit, des personnages dont les creux interrogent, servis par des acteurs de premier ordre, sont malheureusement abîmés par une réalisation moyenne et par une paresse dans la finalisation du projet, mais cela ne parvient tout de même pas à empêcher l’émotion qui étreint le spectateur. 
 

commentaires lors de la première diffusion du billet

Je suis affligé

je suis affligé par votre critique, pourquoi toujours chercher la petite bête et faire oublier l'essentiel (vos commentaires sont très intéressant sur la réalité historique, sur ses détails qui ne correspondent pas l'histoire etc.. etc.. etc..)
L'essentiel pour ma part n'est pas là, ce qui est important selon moi c'est que nous avons à faire à un excellent film admirablement interprété sur un sujet inédit poignant et terrifiant et qu'il faut s'empresser d'aller le voir, alors les détails qui sont peut être importants pour vous, qui ne correspondent pas à la réalité historique (on à l'impression en vous lisant que vous avez de la sympathie pour l'idéologie Nazi et que le fait de voir des scénaristes schématiser ces temps là vous irrite (Une grosse carrence du scénario est ne ne pas avoir situer très exactement les événements que nous voyons sur l’écran. Cette facilité opacifie et gauchit le film.) Gauchit le film.. (vous parler d'un point de vue) cesser de vous croire persécuter.
j'espère quand même que je ne vous apprend rien en vous disant que l'idéologie Nazi comme beaucoup d'autres a fait des milliers de morts.

Est ce que vous vous rendez compte que vos lecteurs qui vont lire votre critique risquent de ne pas chercher à voir ce film (qui pourtant le mérite beaucoup) mais j'espère que ce n'est pas ce que vous cherchez.

Vos opinions sur votre blog vous honorent (mais elles vous sont propres) laissez aux autres le soin de se faire la leur.

je sais j'ai l'air de vous donner des leçons et de parler à votre place et je m'en excuse mais essayez d'être plus objectif et moins subjectif (bien que cela vous honore)


Amicalement.

Alain.

Posté par Alain, 28 février 2009 à 15:15

réponse à Alain

L'essentiel n'est pas le sujet mais le cinéma. Comme le seul sujet de la peinture n'est pas un bouquet de fleurs ou une pipe (voir Magrite) mais la peinture. Ensuite seulement vient le sujet et lorsque l'on traite un sujet historique vaut il mieux connaitre l'histoire, (ceci dit il n'y a pas de bourdes historiques dans le film et il est bien meilleur que son générique raté et surtout que le film de Begnini). Rien n'empêche de raconter une histoire sur Mars et ainsi de se libérer des contraintes historiques. C'est ce que fait l'héroic fantasy. Il ne me semble pas que ma critique suggère que j'ai des sympathies nazis ou alors je me suis bien mal exprimé. Je crois qu'en revanche il est toujours dangereux de simplifier et qu'il faut faire confiance au public surtout celui des enfants capable de comprendre la complexité de l'âme humaine.
La critique a aussi ses contraintes comme celle de ne pas révéler la fin du film que l'on traite qui comme je l'ai déjà dit est inattendue et poignante. Quant à la subjectivité je la revendique sinon à quoi bon s'exprimer, je n'empêche personne d'avoir un avis différent du mien surtout s'il est argumenté, ce qui m'oblige à remettre en question mon opinion. Je dois dire que j'essaye dans mes textes de toujours privilégier la raison sur l'émotion.
L'émotion est souvent mauvaise conseillère et elle a par exemple conduit quelques intellectuels et autres dans les bras du nazisme voir par exemple le cas d'un Brasillach... Gardons nous donc de trop d'émotivité.
Quoiqu'il en soit Le garçon en pyjama rayé est un film bien intéressant que je n'hésiterais pas à montrer aux enfant mais avec quelques compléments d'informations.

Posté par B A, 28 février 2009 à 16:57

une bonne histoire

L'essentiel n'est pas le sujet mais le cinéma. Comme le seul sujet de la peinture n'est pas un bouquet de fleurs ou une pipe (voir Magrite) mais la peinture. Ensuite seulement vient le sujet.

je vous cite cette phrase dite par Jean Gabin à Lino Ventura sur le tournage du premier film de ce dernier (touchez pas au grisbi)
(Pour faire un bon film il faut trois choses, premièrement une bonne histoire,deuxièmement une bonne histoire et troisièmement une bonne histoire)

Pour moi le sujet passe avant tout.
si vous n'avez pas de bons sujet au départ vous n'avez rien.

Alain.

Posté par Alain, 01 mars 2009 à 02:10

Images ou Acteurs

je pense que pour vous le cinéma c'est d'abord les images (le visuel)

alors que pour moi se sont les acteurs et ce qu'ils dégagent.

voilà je crois ce qui nous différencie.

Amicalement. 

Alain.

Posté par Alain, 01 mars 2009 à 02:28

très beau film

Il me semble avoir déjà lut une histoire semblable... Mais quel film! Beau, touchant...
Je ne pensais pas un jour voir un film qui me ferait autant méditer après la liste de schindler de spielberg... J'ai trouvé les images belles à souhait (on ne voit pas auschwitz comme un camps ou il pleut sans arrêt et ou la mort est omniprésente... un film magnifique avec un bon jeu d'acteur; je ne regrette pas de l'avoir vu.

Posté par raliraloudu56, 01 mai 2009 à 19:06

réponse à raliraloudu

Très juste sur le climat du camp. Les cinéastes associent preque toujours la mort, le drame avec la pluie, le gris, mais on meurt aussi un jour de grand soleil...
Posté par B A, 01 mai 2009 à 21:59

wladimir et perla

je vous invite à écouter mes interentions USA
devant 500 étudiants et adultes, non juifs,
grâce aux Holocaust Centers de tout le continent
us du nord au sud, en 4 langues...

la mort de perla et la vie de son fils,
survivor...et résilient...

wladimir
06 38 39 30 10

Posté par wladimir à tous, 26 décembre 2009 à 15:41

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