La séparation de Christopher Priest

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Comme pour les thrillers ou les romans à énigme, il est difficile de rendre compte d’une uchronie sans déflorer le récit en tuant le suspense car curieusement on est toujours haletant de savoir comment l’auteur aura réécrit l’histoire. Mais peut être faudrait il que je rappelle dès maintenant ce qu’est une uchronie. Disons c’est ce que l’Histoire aurait pu être, mais ce qu’elle n’a pas été. Si vous vous intéressez à ce genre en pleine prolifération dans les pays anglo-saxons alors que les prémisse du genre sont nés sur notre sol il faut lire “L’histoire revisitée, panorama de l’uchronie sous toutes ses formes” d’Eric B. Henriet aux éditions encrage. Une bible qu’il faut lire et relire mais qui malheureusement date déjà de 1999 et qui aurait bien besoin d’être réactualisé. Monsieur Henriet ne nous faites pas trop attendre. L’instant clé et le propre du roman uchronique est le moment où l’Histoire que l’on connaît, dévie et propose au lecteur une nouvelle proposition de celle-ci. Ce moment est appelé point divergent.

Le livre qui m’amène à vous parler de ce genre qui m’est cher est “La séparation” de Christopher Priest. Dans ce livre que je présente sans doute un peu abusivement comme un roman uchronique, ce qui est déjà un peu vendre la mèche, le choix du point divergent est une entorse au genre. Habituellement, comme le dit fort justement Jacques Boireau: << Le point de départ de l’uchronie est forcement pauvre car elle s’appuie sur un temps connu de l’élève moyen en fin de scolarité primaire.>>. Et bien ici ce n’est pas exactement le cas puisque l’auteur a choisi un épisode marginale et toujours resté mystérieux le voyage de Rudolf Hess le 10 mai 1941 où il s’envole d’Allemagne pour atterrir quelques heures plus tard en Angleterre pour négocier une paix séparée entre l’Allemagne et la Grande Bretagne. La grande idée de Priest est de prendre comme fil rouge de son roman un historien Stuart Gratton, auquel malheureusement il peine à donner de l’épaisseur, qui fait des recherches sur le mystérieux voyage de Hess où il voit le tournant décisif de la deuxième guerre mondiale. Ce procédé permet à Christopher Priest de proposer avec beaucoup de verve plusieurs hypothèse sur les raisons et les résultats de cette inattendue escapades. Rudolf Hess agissait-il sur les ordres d’Hitler ou à son insu? Est-ce un sosie de Hess qui est mort à demi-fou des année plus tard dans sa prison allemande? Son avion a t-il été abattu, ce 11 mai 1941 par la Lutwaffe? Autant de question posées par se roman qui se transforme parfois en essais historique des plus sérieux. Questions auxquels tente de répondre Stuart Gratton qui pense que la clé du mystère sont deux frères jumeaux, Joe et Jack Sawyer qui ont ren∞contré Hess aux jeux olympiques de Berlin en 1936 où ils furent médaillés en aviron (c’est on ne peux mieux de saison). Cette rencontre marque le début d’une séparation à la fois morale, pratique et historique. Ils s’éloignent inexorablement l’un de l’autre. 

Pourn Joe, ce sera le mariage (avec une juive berlinoise ramenée de Berlin avant les déportements) et, peut-être, la vie de famille. Pour l’autre, l’aviation et la vie militaire au sein de la prestigieuse Royal Air Force. Ces deux frères existent très fort sous la plume de Christopher Priest. Nous vivons la guerre à leurs cotés, surtout en compagnie de Jack pilote de bombardier, capitaine de la RAF. Alors le roman devient un palpitant récit de guerre, même si les batailles dans “La séparation sont surtout intérieures, qui m’a ramené des années en arrière, lorsque adolescent je lisais les livres bleus de la collection “Leur aventure” des édition J’ai lu qui me racontaient la s&aga des héros de la deuxième guerre mondiale. “La séparation” nous fait entrer dans l’intimité de Winston Churchill mais aussi de Rudolf Hess qui n’est pas insensible aux charmes des beaux rameurs...

Le roman utilise plusieurs formes pour nous captiver, il juxtapose document, récit et  journal intime. Alternant les faits les plus avéré dans un langage qui peut être froid et sec avec des hypothèses historiques rocambolesque, mais qui ne sont peut être pas réelles que dans le roman... Christopher Priest définit très bien son travail: << La Séparation » est une uchronie qui réfléchit au concept même de l’uchronie. Je m’explique : dans beaucoup d’uchronie, vous pouvez clairement voir où se situe la séparation avec l’Histoire réelle. Dans « La Séparation », même si la rupture semble se situer en 1941 (...) elle semble parfois se situer à une autre date... le livre est un labyrinthe dans lequel plusieurs réalités semblent coexister... c’est assez compliqué, et on m’a reproché d’avoir écrit quelque chose de trop difficile à lire... mais je ne voulais pas me borner à une uchronie toute simple. D’ailleurs, ça ne vous étonnera pas, « Le Maître du Haut-Château » de Philip K. Dick, est une de mes influences majeures pour « La Séparation ». 

Mais je ne peux guère vous en dire plus sur ce roman dont le seul défaut est peut être de vouloir être un peu trop malin et de ne pas réellement choisir, mais c’est aussi cela qui en fait sa beauté et sa complexité.

On sort de ce livre passionnant ne sachant plus où sont les frontières entre fantasmes et rêves éveillés, entre réalité et supputations historiques. Jack-Joe hanteront longtemps le lecteur.

 

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