La route de Cormac McCarthy

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Encore, une fois, il est difficile de lire ce livre, en faisant abstraction de la rumeur qui le précède, surtout lorsque la lecture est tardive, par rapport à la date de parution de l’ouvrage. La sur information nous prive de toute virginité intellectuelle et donc d’une partie du plaisir de la découverte.
Nous suivons un père et son fils, ce dernier âgé vraisemblablement d’une dizaine d’année, qui pérégrinent vers un sud, dans un monde post apocalyptique où aucune vie animale et végétale n’existent plus tout étant recouvert de cendre... Leur existence est réduite à l’essentiel : manger, dormir, se protéger des intempéries. Marcher sans cesse, par étapes. Quest ce qui l’est fait marcher? la foi, mais les dieux sont morts, << Là où les hommes ne peuvent pas vivre les dieux ne s’en tirent pas mieux.>>.
Avant d’aller plus loin et quelque soit les réserves que j’apporterai sur le livre, il faut tout d’abord dire que sa lecture est bouleversante et qu’il est difficile de le lâcher lorsqu’on l’a commencé. La route est aussi (d’abord?) un suspens poignant.
Nous ne saurons rien ni de l’homme ni de l’enfant ni leur âge ni d’où ils viennent pas plus que leur aspect sinon leur maigreur due aux privation. Que faisait l’homme avant cette fin du monde? A certains indices on peut penser qu’il gravitait dans le milieu médicale. On ignorera tout de la nature de la catastrophe qui a anéanti un monde qui devait ressembler au notre. On ne saura pas d’avantage dans quel pays erre le couple probablement les Etats Unis non loin d’une cote que l’on peut supposer la cote est, mais tout cela n’a guère d’importance le roman se focalisant sur les rapport entre l’homme et l’enfant, on ne sait pas immédiatement qu’ils sont père et fils.
Tout le talent de Cormac McCarthy est de laisser la plupart des questions que ce pose son lecteur sans réponse. Ce qui ne fait d’une part que titiller son imagination et surtout ainsi il nous épargne les souvent longues  expositions sur les causes de la catastrophe et la raison de la survie miraculeuse de ses deux héros qui sont rarement convaincantes dans ce genre d’ouvrage. Je ne citerais pour mémoire que Ravage de Barjavel, La guerre des trifides de Wyndham, Malevil de Robert Merle, (on pense surtout à du Ballard et dans les description des “paysage” à la poésie amère d’un Christopher Priest, le livre est d’une telle richesse qu’il convoque toute une bibliothèque )... Mais le livre de McCarthy n’a que peu de rapport avec ces ouvrages. Le plus souvent les romans post cataclysme évoluent assez vite en robinsonades modernes, c’est un peu le cas de Malevil, ou sont en filigrane des charges contre notre société dans laquelle l’auteur voit le chemin qui nous mènera tout droit à l’apocalypse si nous ne changeons pas de cap, c’est ce que suggère Jean-Pierre Andrevon dans “Rendez vous ailleurs”... Mais Ici on est à la fois plus près de Dostoievski et Faulkner que des auteurs de science-fiction...
Si McCarthy reprend les codes du roman apocalyptique en même temps il lui enlève, au sens propre, toute couleur. Le monde est définitivement gris tout est recouvert de cendre. Jusqu’au cadavres qui ne sont pas sanguignolants ou putrides mais calcinés ou racornis comme des momies.
Mais l’habileté de l’écrivain américain se retourne en partie contre lui et surtout tire son récit vers la fable. Impression qui est renforcée par la forte imprégnation biblique du discours. Il y a quelque chose de mystique dans cette quête désespérée d’un improbable ailleurs meilleur.
Leur errance a quelque chose à la fois d’absurde, l’homme sait sans se l’avouer qu’il n’y a pas de lieu épargné par le cataclysme, et mystique. Cette marche m’a évoqué celle de Jésus à travers la Palestine (les évangiles road movie?) impression qui culmine lors de leur rencontre avec un veillard qui voit en l’enfant un ange, alors que son père le présente comme un dieu, pourquoi?
Il est rare de voir l’intimité entre un fils et son père décrite avec autant d’acuité. On ne peut ignorer que l’auteur a dédié le roman à son fils, John Francis qui lors  de l’écriture du roman avait à peu près l’age de son jeune héros...
Le choix de ces deux figures et leur interrogation constante devant le bien et le mal, induit le lecteur a voir dans cette histoire une variante sur le mystère de la rédemption dans lequel le père serait le sauveur du fils. 
C’est curieusement dans la répétition de leur quotidien à la fois répétitif et angoissant, les quelques autres survivants qu’ils croisent ne leur veulent pas de bien, que le roman est le plus intéressant. On sent Cormac Mc Carthy moins à l’aise dans les péripéties romanesques qui semblent parfois là que pour relancer l’intérèt du lecteur plus que pour une nécessaire progression romanesque. Comme ci l’auteur avait craint de voir se lasser le lecteur à suivre ces deux malheureux dans leur marche infernale. Ils m’ont fait parfois penser à deux parfaits (est-ce l’utilisation fréquente du mot gentil qui m’a évoqué le monde cathare?) cheminant dans un enfer dantesque.
S’il est difficile de critiquer le vérisme psychologique des deux personnages, tant les circonstances sont hors toutes expériences connues, (et c’est là une des limites de ce genre que j’appellerais la prospective fiction, car l’auteur, par essence, rien de tel n’étant déjà arrivé, ne peut insuffler du vécu dans son récit) je m’étonne néanmoins de quelques uns de leurs traits de caractère. Tout d’abord la quasi permanente couardise de l’enfant, il me semble qu’un enfant n’a pas la même notion de la mort et du danger qu’un adulte et, est de ce fait, souvent plus téméraire, par inconscience, qu’un aîné. Il est vrai que dans le cas de cet enfant, dont le prénom n’est jamais cité, mais l’adulte est tout aussi anonyme, il fait preuve d’une maturité qui est à la fois en contradiction avec l’âge qu’on lui suppose et sa constante peur.
Une autre interrogation sur l’enfant nait par ces bribes de phrases sophistiquées qu’il dit au milieu de son habituel langage basique, ce qui étonne son père autant que le lecteur. Où aurait-il pu entendre de tels mots, alors que l’on nous suggère que depuis le départ de la mère, lorsqu’il était encore un bébé, il n’a vécu que seul à coté de son père?
Si la sécheresse du style épouse parfaitement la tension du récit deux points de la traduction m’ont gêné dans ma lecture la trop fréquente utilisation de et, qui a la longue devient un tic d’écriture assez horripilant et surtout le remplacement de OK, mot que ne cesse de répondre le garçon à son père, par d’accord qui n’est pas complètement l’ équivalent en français d’OK que le traducteur, François Hirsch aurait du laisser en l’état. Il n’en reste pas moins que François Hirsch a fait un bien beau travail en rendant toute la précision du vocabulaire de Cormac McCarthy qui s’il utilise un lexique minimal lors des dialogues entre le père et son fils, emploie souvent des mots rares ou techniques pour décrire les lieux où les personnages se trouvent.
Comme vous l’aurez compris ce mince livre apporte autant de plaisirs que d’interrogations peut être en fonction de ses imperfections. Je n’avais avant de lire “La route”, jamais lu d’ouvrage de Cormac McCarthy et ce livre m’a donné envie de me précipiter chez le libraire pour acquérir ses autres romans. 

 

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