La ronde de nuit, un film de Peter Greenaway (réédition augmentée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Gaff1298989984On retrouve avec plaisir le cinéma de Peter Greenaway après une trop longue absence avec les même défauts et les mêmes qualités que lors de notre dernière rencontre. Il y a toujours cet intellectualisme un peu cuistre que transfigure un regard d'esthète qui peut devenir de temps à autre  légèrement salace, cet amour des intrigues de pouvoir compliquées dans un microcosme.
Le sujet du film, une spéculation sur le sens caché du plus célèbre tableau de Rembrandt, La ronde de nuit. Le tableau serait, crypté, et dénoncerait un crime et désignerait le coupable; la révélation d'un crime, rappelle beaucoup celui de "Meurtre dans un jardin anglais"; mais les personnages de "La ronde de nuit sont beaucoup moins policés que ceux du premier opus de Greenaway.
On apprend que c'est sur l’insistance de Saskia, son épouse enceinte, que Rembrandt, alors au sommet de son art et de sa gloire, accepte, avec réticence, une commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam ce qui donnera l'immortel "Ronde de nuit". Saskia lui donne un fils Titus qui mourra en 1668, un an avant son père. Saskia ne se remet pas de ses couches mais vivra assez longtemps pour voir le tableau. Le peintre découvre par hasard un horrible assassinat. Déterminé à faire éclater la vérité, il bâtit méthodiquement son accusation à travers la peinture qui lui a été commandée. Il compte ainsi révéler le visage aussi sordide qu’hypocrite de la société hollandaise...
Le réalisateur suggère que c'est la vengeance des notables d'Amsterdam qui aurait conduit Rembrandt à la ruine et non comme c'est communément admis les dépenses somptuaire de sa maîtresse et le changement de mode.
Les scènes de sexe des plus crues ne manquent pas dans le film et Martin Freeman, un parfait Rembrandt véritable sosie du peintre de nous cache rien de ses avantages qui, n'étant pas du calibre de son talent de comédien, il eut peut être été préférable de ne pas sur exposer.
Plus intéressant que le mac gufin que constitue le mystère, quasi policier, du tableau où la peinture un peu trop à charge de la bourgeoisie amsterdamoise, est le portrait de Rembrandt que nous propose Greenaway, tantôt candide, tantôt calculateur, tantôt faible, tantôt courageux, souvent paillard, parfois fleur bleue et surtout dominé par son amour des femmes.
Le film qui se regarde sans ennui malgrè sa longueur, vaut néanmoins surtout pour le magnifique travail du directeur de la photo, un maître du clair obscur qui fait défiler devant le spectateur une suite ininterrompue de "Rembrandt" et cela sans jamais tomber dans le statisme où sont tombé de nombreux films ayant pour sujet un peintre. Je conseille au futur spectateur du film de réviser son rembrandt avant pour se mettre les toiles du peintre "dans l'oeil".
Greenaway nous fait voir la "Ronde de nuit" un peu différemment lorsqu'il met en évidence l'ombre « très démonstrative », selon le cinéaste, de la main d'un personnage qui s'étale sur le ventre d'un autre. Est-ce une provocation d'ordre sexuel ?, s'interroge Greenaway.


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Le cinéaste dynamise son film par des artifices un peu clinquant comme l'adresse du comédien à la caméra ou bien encore le galop d'un cheval dont on a l'impression  qu'il va finir  contre notre fauteuil.  Pourtant ces subterfuges qui pourraient être grossiers donnent un peu d'air au film grâce à l'excellence des décors et la grande qualité des comédiens. Les quelques extérieurs sont judicieusement distribués tout au long du film et réussissent à nous faire oublier ce que la scénographie de Greenaway à de trop théâtrale avec ce lit qui tient du char à banc et du radeau sur lequel se déroule une grande partie du film. Le réalisateur a l'intelligence de ne jamais montrer Rembrandt peindre...
La ronde de nuit est une extravagance historique qui n'est pas sans rappeler celles de Ken Russell, cinéaste qu'il serait temps de réévaluer.







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