La mort d'un président

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Photo : Jacques Morell / FTV / GMT
'La mort d'un président' le 12 avril sur France 3.Jacques Morell / FTV / GMT - Agrandir


 

Il faut se féliciter que la télévision française s'empare, enfin, de sujets se rapportant à l'histoire récente comme le font depuis longtemps les télévisions et les cinémas anglais, américains et même italiens (et sans doute d'autres mais mes connaissances sont malheureusement limitées). « La mort d'un président » nous fait entrer dans l'intimité du président Pompidou (1911-1974) lors de la dernière année de sa vie alors qu'il est atteint de la maladie de Waldenström, une forme leucémie relativement rare. Le président en aurait été atteint dès 1968, mais celle-ci ne devint visible que lorsque les corticoïdes pris en traitement firent gonfler son visage . Curieusement le président algérien Houari Boumédienne et le dernier Shah d'Iran moururent également de cette maladie. Nous assistons au face à face d'un homme d'état avec sa mort prochaine, son déchirement entre le devoir de sa charge et son désir de vivre, d'accepter un traitement qui peut être le sauverait mais l'empêcherait de continuer à être le président des français. La thèse du film est que Georges Pompidou a sacrifié la possibilité de se soigner pour être fidèle au mandat que les électeurs lui avaient confié. Il en ressort une noblesse de l'homme que l'on n'a peut être pas assez considéré, masquée qu'elle était par l'apparente bonhomie du personnage.

A ce regard sur l'intimité du président, ses rapports familiaux, avec sa femme (Évelyne Buyle), son fils, médecin, (Manuel Blanc), ses petits enfants, sa lutte sur la maladie et ses interrogations sur son éventuelle démission, s'ajoute une peinture acerbe des grenouillages sur la succession du président. Ce dernier volet est moins convaincant par les raccourcis qu'oblige le format des quatre vingt dix minutes qui contraint le réalisateur à choisir certains épisodes de ce fin de règne et d'en forcer les traits pour les rendre plus significatifs. La mise en avant du « couple » de conseiller du président, Pierre Juillet (André Marcon)et Marie-France Garaud, véritable dragon des lambris, déséquilibre cet aperçu de la vie politique du moment. A l'en croire Pierre Aknine, co-scénariste et cinéaste du film, Juillet et Garaud (Florence Muller presque une copie conforme de son modèle)seraient les inventeurs de Chirac, même s'il y a beaucoup de vérité dans tout cela, c'est tout de même un peu plus complexe.

Ce genre d'exercice se heurte inévitablement à l'écueil de la ressemblance physique des acteurs qui interprètent des rôles de personnages ayant existés, et pour certains existant toujours, dont on a, surtout pour les contemporains de ces événements parfaitement la physionomie en mémoire. Si pour Balmer la ressemblance est crédible, d'autant qu'elle apparaît comme secondaire devant l'immense talent de ce comédien, que confirme chacune de ses apparitions, il en va tout autrement pour d'autres protagonistes qui n'ont pas assez de texte à défendre pour imposer un jeu qui ferait oublier le hiatus physique qu'il y a entre leur apparence et celle de l'homme qu'ils figurent. Sans doute conscient de ce fait et aussi de l'ignorance de la plupart des téléspectateurs de cette histoire pourtant récente et qui n'est pas étrangère à notre actualité, le réalisateur a éprouvé le besoin de mentionner le nom et la qualité des personnages lors de leur première apparition à l'écran. Si pour certains des protagonistes la ressemblance est assez convaincante,c'est le cas pour les acteurs qui interprète les rôles de Michel Debré, Roger Frey, Edouard Balladur (Cyrille Eldin),Michel Jobert (Laurent Bateau), il n'en va pas de même pour ceux qui sont sensés figurer Olivier Guichard, Valéry Giscard d'Estaing (Xavier de Guillebon)et surtout Jacques Chaban Delmas. Si Samuel Labarthe en Jacques Chirac est possible malgré une ressemblance des plus plus approximative c'est qu'il parvient à restituer la scansion bien particulière du phrasé de l'ancien président de la république qui n'était alors qu'un sémillant ministre de l'agriculture, ce qu'il aurait bien du rester. Mais pour Alain Fromageren Chaban Delmas non seulement sa silhouette ne rappelle pas le président de l'assemblée nationale mais on ne retrouve pas plus la si célèbre voix métallique de ce dernier. Si Balmer est remarquable, Florence Muller en Marie-France Garaud fait elle aussi une composition formidable. Elle a déclaré à ce propos: << Ce sont des personnages qui ne se refusent pas, parce qu’en fait c’est extrêmement rare d’avoir à jouer des femmes de ce tempérament. Marie-France Garaud était l’une des rares à cette époque-là dans ce milieu d’hommes. Elle était surnommée « Cruella », « Rastignac en jupons », « Anaconda »… Pour travailler le rôle, j’ai regardé quelques archives de l’INA, notamment Cartes sur table : elle était extrêmement brillante, très vive, très intelligente, avec un débit de parole ininterrompu et très clair. De plus, elle était très drôle, avec un art consommé de la formule, souvent assassine ! Elle était à la fois respectée et crainte, et il y avait de quoi !Il ne s’agissait pas de coller à la réalité, mais de rester dans la réalité du scénario qui est centré sur sa relation avec Pierre Juillet. Ma difficulté de travail était d’inventer son intimité, à partir de l’image publique que j’avais d’elle. Je me suis basée sur ce que l’on disait d’elle et de sa relation avec Pierre Juillet. Ensemble, ils forment une hydre à deux têtes : la femme publique qui fait circuler les rumeurs, qui a le bras long auprès de la presse ; lui cultive le secret, c’est un homme de l’ombre… J’ai beaucoup axé mon personnage sur une présence, une économie de gestes, un regard qui ne cille jamais, comme si elle ne se laissait même pas le temps de fermer les paupières>>.

 

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La réalisation est nerveuse et nous fait bien partager les doutes, les espoirs et les souffrances des acteurs de cette tragédie. Il est cependant dommage que Pierre Aknine qui s'est déjà frotté à un sujet historico-politique dans « Jean Moulin, Une Affaire Française » se laisse aller à quelques effets d'images superflus.

Si ce film est globalement aussi réussi, malgré les réserves que je signale précédemment, c'est qu'il a été initié par son producteurJean-Pierre Guérin, qui était journaliste à la télévision au moment de la mort de Pompidou. Cet événement a considérablement marqué l''homme. Il a gardé une forte sympathie pour le couple présidentiel que formait Georges et Claude Pompidou d'où l'indéniable respect qu'il transparai pour le président. On peut penser qu'il en a moins pour son entourage qui intrigue pour sa succession.

Je pense que beaucoup de gens contemporains de la mort de Georges Pompidou se souviennent où ils étaient et ce qu'ils faisaient lorsqu'ils l'ont apprise. Pour ma part j'étais sur le parking d'une petite ville de province, sur la route de retour de mes sports d'hiver lorsque le glas de l'église voisine me fit sursauter dans la nuit froide. Cette annonce de la mort du président pour lequel j'avais beaucoup de sympathie m'a surpris comme elle surpris la plupart des français même si nous le savions malade. Il est dommage que le film ne mentionne pas la différence de la connaissance de la maladie du président qui existait entre le premier cercle du pouvoir et le reste de la population.

Il est difficile en voyant cette relation d'un fin de règne de ne pas penser à celui qui se déroule en ce moment à l'Elysée mais celui d'hier était tragique alors que celui d'aujourd'hui n'est que pitoyable.

 

Nota:

On peut voir un extrait significatif sur le site dont l'adresse se trouve ci-dessous:

http://www.culturclub.com/circus/jdp_alachaine/jdp-chaine-0620_mort-d-un-president_france-3.html

 

 

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