La meilleure part des hommes de Tristan Garcia

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Avec “La meilleure part des hommes” Tristan Garcia fait l’audacieux pari de dresser un portrait expressionniste des années 80. Pari d’autant plus ambitieux qu’il n’est pas tout à fait contemporain de ce temps là , tout du moins comme acteur de sa vie, puisqu’il est né en 1981. Il choisit de voir ces années à travers la communauté gay, puisque selon lui, il n’y avait que là qu’il se passait quelque chose. Point de vue discutable, mais indéniablement intéressant.

Pour ce panoramique sur une époque, le romancier à mis en place un procédé assez simple. Cette période serait vu par trois personnes qui la raconteraient à une quatrième. Cette structure est un peu équivalente à celle d’ un cinéaste qui filmerait une scène avec trois caméras, donnant chacune un angle différent de l’action.

Ces trois-hommes caméras ne sont pas vraiment inventés et le landerneau des lettre a eut vite fait d’éventer le coté roman à clefs du bouquin. N’étant pas plus aujourd’hui qu'hier un habitué du marigot gay, sans le bruissement des “gens de lettres” je n’aurais pas reconnu Didier Lestrade, que j’ai pourtant croisé, sous le masque de Dominique et aurais mis une bonne centaine de pages (car en fait je ne comprend pas complètement ce qu’il fait là) à m’apercevoir que c’était Alain Finkelkraut, dont je suis pourtant le fidèle auditeur tous les samedis matins sur ma chère France-Culture, qui était dissimulé sous le nom de Leibowitz. Il me semble qu’il a aussi quelque chose de Max Gallo...

Par contre j’aurais identifié dés les première lignes où il est question de Willie, ce sale con de Dustan. Si quelques uns de mes extrêmement rares lecteurs serait choqués que j’ affuble du qualificatif de sale con un mort, c’est que pour moi un sale con froid, reste un sale con et que je revendique le droit de cracher sur certaines tombes. D’ailleurs il ne manquerait de glavioteurs le moment venu sur la mienne; mais n’ayant pas prévu d’avoir de tombeau ou autre cénotaphe, il ne leur restera plus qu’à cracher dans la mer où mes cendres seront jetées.

Garcia malheureusement ne tient pas son procédé polyphonique si bien que l’ouvrage s’en trouve tout bancal. L’homme caméra Willie phagocyte tout le roman, bientôt il n’est plus question que de ses pitoyables pitreries et de la haine qu’il voue à Dominique.

Là encore qui se souvient aujourd’hui des tenants du bareback, quel intérêt y a t-il pour un jeune homme non dénué de talent de prendre pour sujet une poisseuse querelle, telle est peut être la seule question que soulève cet ouvrage.

Il est rare que j’éprouve du ressentiment à l’égard de l’auteur d’un livre. Mais cette fois j’en veux à Garcia d’avoir tiré du néant ce malfaisant dont tout le monde avait oubliè les diarrhées verbales qu’étaient ses livres que personne n’ouvrait plus.  

Même si parfois les hommes-caméras de Tristan Garcia, disent faux, comme des mauvais acteurs qui forceraient leurs textes, les dialogues ont parfois un curieux “style éthylique”. Leur auditrice-spectatrice, la trop discrète Elisabeth Levallois (pourquoi pas, Béatrice Mont de Marsan! Je n’ai pas saisi l’allusion de ce blase inepte, probablement un private joke) écrit, elle toujours juste. On se surprend à s’écrier, c’est ça, c’est tout à fait ça... Et forcement pour un lecteur survivant de l’ hécatombe de ces années là, cela fait souvent mal. Comme cette phrase: << Doumé baisait comme un dieu, mais c’était dans cette période de transition où ça commençait à devenir triste, toute cette joie. William a fait l’inverse, il n’était pas dans le sens du vent, le gamin. Je crois que, d’une certaine manière, c’est ce qui a ému et ce qui a tué Doumé.>>.

Il me semble qu’il faut éviter les affirmations générales péremptoires lorsque l’on veut peindre une époque et ne pas penser qu’un cas particulier, ou du moins celui d’un groupe, vaut pour vérité. Malheureusement Tristan Garcia n’a pas cette prudence. Lorsque je lis: << C’était sexy, tu sais. On baisait, on était politique. Tu embrassais un mec, tu faisais la révolution d’octobre. >> ou encore: << Les années quatre-vingt furent horribles pour toute forme d’esprit ou de culture, exception faite des médias télévisuels, du libéralisme économique et de l’homosexualité occidentale.>>, gay ayant vécu à Paris ces années 80, je ne me reconnais pas. A propos de la première insertion, en ce qui me concerne, il n’y avait aucune symbiose entre une action politiqáue et la baise qui, certes était plus visible qu’aujourd’hui, mais n’occupait pas tout le champ et surtout pas celui du politique. Il n’y avait donc aucune révolution d’octobre dans mes baisers ni dans ceux de mes partenaires d’autant que le Parti Communiste Français à l’époque était encore fort homophobe. Quant à la deuxième il me semble que les années 80 n’étaient pas plus un désert intellectuel que les années 70 ou 90.

Si le livre est inégale certains chapitres ont la fulgurance de l’évidence. Comme celui où Elisabeth parle de la relation entre leibowitz et ses parents, les rapports entre le fils écrivain et ses géniteurs de modestes ouvriers tout est dit en quatre pages d’une écriture sèche qui donne envie de pleurer...

Mais les morceaux de cette qualité sont rares surtout après le premier tiers de l’ouvrage.

A la fin du livre j’ai été étonné qu’il soit de la plume d’un jeune homme né eˇn 1981. Non pas du fait qu’il n’ai pas pu être vraiment conscient au monde lors des premières années qu’il nous raconte ou plutôt qu’il était censé nous raconter, car les années 80 sont escamotées, les 90 survolées et le nœud de l’intrigue, le mot n’est guère approprié en l’occasion, se situe au début des années 2000, mais par la gravité et le désenchantement des réflexion à la fin du volume dont voici un florilège: << Vous comprenez que vous n’avez été proche de quelqu’un que par l’intermédiaire de quelque chose, qui en disparaissant soudain, vous laisse l’un à l’autre indifférent.>>, << S’ouvre à vous alors face à vous, n’est ce pas, le fait qu’il existe en réalité des milliards d’êtres humains et que nous n’en étions quatre, parmi d’autres. A une telle quantité, l’humanité vous apparaît bien plate, comparée à sa si petite partie, qui vous a occupé la meilleure part de votre vie.>>, << C’était quelqu’un de pur. Au contact du monde, cela donne une personne extrêmement sale.>>, << Quelqu’un qui, comme Williez, entre dans le monde des idées et des discours sans hériter de personne à l’avantage, un court moment, d’apparaitre génial, original et, le temps passant, les habitude reprenant leur long cours, il devient un idiot, un intrus - il doit désormais regagner son camp, auquel il n’appartient même plus.>>, << Il me semble de plus en plus que tout ce que j’ai pu admirer dans le monde, idées, œuvres, actes et vies, a dû provenir d’hommes opportunistes, que j’aurais pu choyer, dont la plupart m’auraient été indifférents et dont les occasions, bien saisies, ont fait des sortes de génie, en tout genre.>>, c’est peut être surtout pour elles, qui sonnent si juste, que finalement j’ai été content d’avoir lu ce livre. 

Le problème de ce premier roman est qu’il a été publié, mais pas été édité au sens américain du terme. L’éditeur aurait du signaler qu’écrire tous les chapitres d’une même longueur nuit au rythme de l’ouvrage donc au plaisir de la lecture. De même que les terminer par une petite phrase très courte en opposition avec le développement qui la précède est un procédé déjà un peu facile pour une nouvelle mais qui n’a aucunement sa place dans un roman.  L’éditeur aurait du aussi surtout, quand au fond, remettre le jeune homme dans les rails de son intention que proclame le bandeau mensonger: “Les années sida”, pour éviter de devenir ce qu’il est le portrait d’un dérisoire paillasse...

 

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Ludovic Joubert 03/11/2016 10:23

Je n'ai pas réussi à aller bien loin dans ce "roman" que j'ai trouvé très mal écrit (peut-être volontairement ; il me laisse l'impression d'avoir voulu atteindre l'effet d'une mauvaise transcription, mais mes souvenirs sont vagues) et un bon exemple de cette "fiction" française qui n'invente rien, commentaire que j'ai lu dans une autre de vos critiques, où vous déplorez – et je suis ô combien d'accord avec vous, qu'il faudrait arrêter d'appeler "romans" des livres qui ne font que raconter des événements réels.
Je suis surpris par votre dernier paragraphe. Mes plus beaux souvenirs de lecture de nouvelles sont liés à la fameuse chute dont vous parlez. C'est peut-être une facilité si on compare à Tchekov… Chez quels auteurs trouvez-vous qu'elle est un procédé ?

De plus je ne comprends pas pourquoi vous dites "qu’écrire tous les chapitres d’une même longueur nuit au rythme de l’ouvrage donc au plaisir de la lecture".

lesdiagonalesdutemps 03/11/2016 22:26

Les nouvelles qui ne sont écrites que pour leur chutes sont légions c'est souvent le cas pour des nouvelles fantastiques celles de Roald Dahl par exemple ainsi que beaucoup de celles de Maupassant, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont mauvaises pour autant mais cela reste un procédé qu'en effet on ne trouve pas chez Tchekov ou Tourgueniev..
Il me semble qu'en littérature, comme en musique le changement de rythme est profitable.