La bibliothèque d'A.D.G.

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'ai trouvé ce texte sur ce site très très recommandable: http://leblogdusoussol.blogspot.com. Il y a longtemps que je n'ai pas relu A.D.G ce voyage dans sa bibliothèque m'y invite. Je vous ai fait faire un tour dans la mienne dans le billet  A propos de Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder. Si vous vous souvenez bien mes livres de coeur ont quelques points communs avec ceux d'ADG. J'espère que sa liste, comme la mienne vous invitera à la lecture ou à la relecture.


« Ça a commencé comme ça », dit Bardamu au début du « Voyage au bout de la nuit » et précisément, c’est par Louis-Ferdinand Céline que je suis arrivé à la droite nationale. Non pas que j’étais de gauche puisque, contre le sentiment de ma famille qui l’était, je voulais devenir officier et que la politique gaullienne concernant l’Algérie française m’avait passablement dégoûté de cet état, mais parce que j’étais assez indifférent. La découverte du chef-d’œuvre du bon docteur Destouches changea tout cela et je n’eus de cesse d’avoir tout lu. Étant bouquiniste et lisant mon fonds davantage que le vendant, je n’eus pas de peine à assouvir mes faims de lecteur et la découverte des pamphlets me secoua rudement au point que j’écrivis pendant longtemps avec des petits points mais, je le crains, sans le génie dévastateur de Meudon. Ma période célinienne.
La réaction redressa la tête et se mit en chaîne pour me donner « Les décombres » de Rebatet. Qui parlait de Maurras. Que je lus. Qui m'envoya Bainville et me renvoya vers Léon Daudet . Dès lors, j’étais pris dans l’engrenage et si le journalisme mène à tout, en ce qui me concerne, ce fut la littérature qui me mena vers le journalisme de combat. Mais d’autres lectures déterminèrent aussi mon choix de vie : celle des fabuleuses « Série Noire » du très grand Albert Simonin qui me prouvèrent qu’on pouvait écrire des « polars » (ce vilain terme n’existait alors pas) sans déchoir, et qui firent que c’est à la Série Noire que j’envoyais mon premier manuscrit. Tous les ans, je relis « Touchez pas au grisbi », « Grisbi or not grisbi », « Une balle dans le canon » et autres romans noirs de celui qui fut mon maître d’écriture et dont le dernier livre, « Confessions d’un enfant de la Chapelle » m’émeut toujours autant.Mes choix de lecture étaient bien souvent d’ordre politique ou, plus exactement, de réaction. Jean Bourdier, avec qui j’ai longtemps travaillé, guida mes choix qui allèrent de la découverte des « Hussards » (ah, « Un singe en hiver » et « Monsieur Jadis » de Blondin – mais surtout « L’Europe buissonnière » – ah, Jacques Laurent pour « Les bêtises » mais surtout pour « Les corps tranquilles » qui est un monument du XXe siècle et un « livre-tuteur », c’est-à-dire une de ces œuvres que chaque écrivain lit et relit pendant qu’il écrit car il s'y trouve conforté et enrichi), à celle de la découverte des humoristes anglo-saxons tels que Wodehouse, Saki et Evelyn Waugh pour qui j’ai une tendresse toute particulière à cause de son roman « Scoop ». Je reviens à Cécil Saint-Laurent qui est, on le sait, le double léger de Jacques Laurent parce que je crois que lui aussi a conditionné mon écriture : c’est en pensant fortement à lui (et en particulier au remarquable « Hortense 14-18 » où l’auteur se livre à un époustouflant pastiche de Proust) que j’ai entamé la rédaction du « Grand Sud » où passent aussi les quatre ombres pugnaces des « Trois mousquetaires », qui m’est un livre de chevet. J’ai moins de goût pour « Caroline Chérie », mais une bonne affection pour sa « Communarde ».Sorti de ma période célinienne dont, avec le temps, je m’étais rendu compte qu’il n’était qu’un génial mécano des Lettres mais qu’il n’avait en définitive pas grand-chose à dire, je sentais bien que j’avais besoin d’un papa de remplacement : ce fut Vladimir Nabokov dont, comme tout adolescent, j’avais lu « Lolita » en espérant y trouver des scènes graveleuses et que je repris plus tard pour découvrir qu’il s’agissait en fait d’une étonnante quête du Graal en même temps qu’un très malicieux voyage initiatique. Mais ce fut avec « Ada » que je compris que j’avais trouvé mon Maître. Dans ce gros roman fascinant, Nabokov, aristocrate slave d’un élitisme farouche, se donne le luxe d’écrire cinquante pages d’entrée propres – il l’avoue au détour d’une phrase – à décourager les imbéciles d’y entrer. Puis, se frottant les mains de jubilation, Nabokov nous annonce que maintenant que nous sommes entre nous, on va pouvoir y aller. C’est d’une insolence et d’un courage inouïs.Là aussi, comme pour Céline, j’ai TOUT lu de Nabokov, mais à la différence du premier, dont j’ai revendu les œuvres complètes (dont quelques belles éditions originales) et toutes les études parues sur lui afin de payer mon voyage en Nouvelle-Calédonie (par la même occasion, j’avais aussi fourgué les quelque 1 500 volumes de la Série Noire qui s’empoussiéraient dans mon appartement parisien), j’ai gardé mes Nabokov que je relis chaque année.Dans cette bibliothèque dispersée entre mes cantines tourangelles et calédoniennes, on trouve encore Jacques Perret, où tout m’est bonheur, depuis les romans « autobiographiques » comme « Le Caporal épinglé » et « Bande à part », jusqu’à ses récits marins où ses feux follets – qui ne font pas d’artifice – de style font merveille et qui me touchent encore davantage depuis que je vis sur une île entourée de bateaux.

Mes arches de Noé

Une île ? Mais bon sang, j’allais oublier « Robinson Crusoë » et « L’Ile au trésor » et « Mes arches de Noé » de Michel Déon dont « Les Poneys sauvages » et « Je ne veux jamais l’oublier » ne me quittent jamais. Bateaux ? « Trois hommes dans un bateau » de Jérôme K. Jérôme, « Un capitaine de 15 ans », « Vingt mille lieues sous les mers » de Jules Verne.C’est comme Dickens que j’allais passer sous silence, alors que « Mr. Pickwick » me comble toujours d’aise et Vialatte qui me fait rire aux larmes (je viens de lire « Eloge du homard et autres insectes utiles ») et Marcel Pagnol dont la trilogie de souvenirs est un perpétuel délice.On voit par là que ma bibliothèque n’est pas un sinistre Panthéon, mais je crains bien d’être perdu de réputation si j’avoue que la bande dessinée occupe aussi pas mal de mes cantines. Tout ce qu’a fait Goscinny est gardé, mais Gotlib et Lauzier – mais aussi mon vieux camarade De Beketch.Et ce n’est pas par copinage – bien que je ne mette aucune connotation péjorative à cette expression, s’ils sont mes amis, c’est parce que j’aime ce qu’ils font et ce qu’ils sont, c’est parce qu’ils sont mes amis – qu’après Serge, je citerai Jean Bourdier avec son hilarant « A la mer comme à la mer », sa « citadelle du désert » qui, quoique d’une érudition un peu légère , tient bien la route, Pierre Durand pour son étude érudite sur Louise Michel, Alain Sanders pour « Mémoires d’un indifférent », Alphonse Boudard pour presque tout, et que j’ai une pensée émue pour Michel Audiard dont « La mort du petit cheval » et « répète un peu ce que tu viens de dire » ont prouvé qu’ils étaient parmi les meilleurs.J’aime aussi passionnément Jean Raspail pour toute son œuvre présente, passée et à venir.J’en oublie certainement parce que je suis coutumier du « bovarysme littéraire » (par exemple Geneviève Dormann), mais je dois refermer mes cantines de livres en espérant pouvoir bientôt les remettre sur mes rayons. Sous mes latitudes antipodistes, ce seront toujours des rayons de soleil…

Entretien avec A.D.G.

Finalement, comme Boudard, Simonin, Céline, n’avez-vous pas la nostalgie de cette France populaire des faubourgs qui se meurt et qui a quasiment disparu ? Celle de Carné, Prévert, Doisneau, Audiard et Arletty ?

A.D.G. : Bien sûr. Comment ne pas être nostalgique d’une époque à taille humaine alors qu’aujourd’hui on est dans une telle époque. Encore que je ne me plains pas trop. Il pourrait y avoir pire ! On pourrait vivre au Ghana ! Mais c’est vrai qu’il y a toujours une nostalgie à partir d’un certain âge pour l’époque que l’on a connue enfant, adolescent, jeune, en pleine forme. C’est pour ça que j’ai du mal à écrire des polars maintenant parce que je n’ai pas tellement envie de décrire la réalité d’aujourd’hui. Je ne suis pas attiré pour faire un truc qui se passe dans les banlieues. Franchement. Ce qui ne m’a pas empêché d’écrire des bouquins qui se passent dans des HLM comme Cradoque’s band, dans les terrains vagues. Disons que les banlieues étaient alors un plus humaines, un peu moins colorées.


On parlait du cinéma tout à l’heure. Vous avez travaillé avec Michel Audiard. Quels souvenir en gardez-vous ?

A.D.G. : Simonin m’a fait rencontrer Audiard. Et Audiard m’a fait rencontrer Jean Carmet, René Fallet,… Mes rapports n’ont pas toujours été très très heureux avec le cinéma parce que ce n’est pas quelque chose qui me fascinait. J’ai donné des coups de paluche, d’ailleurs principalement dactylographiques, à Audiard. C’est vrai qu’on parlait beaucoup, et quand il était dans ses moments de méforme intellectuelle, ses moments de grand chagrin, il ne se ressentait pas tellement pour réaliser des films. Car pour payer ses impôts, il a même été obligé de réaliser des films alors qu’il s’en foutait complètement. Il suffisait de le voir sur un tournage. Il allait mettre son œil dans le mauvais bout de la caméra en disant :« Ouais, ça va. Démerdez-vous les mecs ! » bon, on discutait. C’était plus de l’amitié, de l’aide cordiale que je lui apportais mais c’est vrai que j’ai tapé quelques dialogues que j’ai parfois agrémentés. Donc il y a parfois des phrases d’Audiard qui sont de moi ! (rires) Mais dans les films les plus récents, donc pas les meilleurs. Le Cri du cormoran le soir au dessus des jonques, c’est un peu moyen…
Quoique Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ! avec Françoise Rosay, André Pousse ou Bernard Blier, c’est très bon ! Ca se laisse regarder avec plaisir ! Quand on lit le roman d’Audiard La nuit, le jour et toutes les autres nuits, on retrouve un univers très proche de Boudard…

A.D.G. : Ca,c’est très célinien. Audiard était très célinien. Il avait une bibliothèque célinienne absolument magnifique, avec des éditions originales… Il avait d’ailleurs une bibliothèque magnifique comme Bernard Blier dont on croit toujours que c’est un gros con alors que c’est un des types les plus lettrés que l’on puisse imaginer. Fallet lisait beaucoup aussi. Jean Carmet, quand je l’ai connu, était très fond de terroir comme moi (nous étions en plus tous deux tourangeaux, ça crée des liens). On est devenu très potes. C’est marrant parce que le père de Serge de Beketch qui était un de mes meilleurs amis, avait été au lycée avec Jean Carmet. En effet, malgré son nom, Beketch est né à Tours !
Un peu avant, il y eut le néo-polar. Que pensez-vous de Manchette et de Fajardie qui sont vos contemporains ?

A.D.G. : Je suis moi-même un auteur du néo-polar. Fajardie est arrivé plus tard. J’en pense du bien forcément car c’était, partant d’un constat que le roman policier était extrêmement ludique à la manière américaine, assez noir chez Manchette , assez souriant chez moi, adapter des situations américaines à une situation française de l’époque. Qui, en gros, était la France de Pompidou ou de Giscard…
Les années édredon…

A.D.G. : (rires) Oui donc voilà, ça nous sortait de ce cliché du milieu chevaleresque avec le code de l’honneur. Rien que des trucs bidons ! Tout ça était complètement magnifié. De même peut-on dire que les premiers bouquins de Jean Vautrin (notamment Billy ze kick) n’étaient pas déshonorants. Après, c’est vrai qu’il a beaucoup politisé son propos. A tel point qu’il a été invité à un de mes mariages où il y avait Le Pen, Jean Carmet, Audiard, Lautner, Boudard, Nucéra. Des années après, j’ai su qu’il se vantait d’avoir fait un scandale et qu’il avait quitté les festivités à cause de la présence de Le Pen. C’est absolument faux et personne ne s’en souvient sauf lui !
(rires) Et Frédéric Fajardie, vous pouvez nous en dire un mot ?

A.D.G. : Je suis assez copain avec Fajardie. Il prétend que je suis son bon fasciste. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est mon bon gaucho. J’ai un bon Juif aussi, c’est Jean-Pierre Cohen ! J’aime bien Fajardie. En plus, il est fasciné par ce qu’on appelle l’extrême-droite. Il n’est pas pour rien le scénariste de Vent d’Est de Robert Enrico et il est fasciné aussi par les roycos (NDA : il est bien le seul !). A mon avis, un de ces jours, il va faire un bouquin à la gloire des miliciens (NDA : il a déjà commis l’excellente Théorie du 1%). Je lui ai même trouvé un titre : Viens voir les miliciens !
Pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à vous engager?

A.D.G. : Je viens d’une famille de gauche, très très modeste. Mon père était ouvrier municipal, aux cuisines de Tours. Toute ma famille était de gauche. Mon grand-père dont je parle dans Pour venger Pépère était communiste mais aussi tailleur de pierre. Il était communiste par sentimentalité. Mais j’ai eu une réaction assez tôt. C’est pour ça que je suis parti en école militaire, en entrant en sixième aux enfants de troupe à l’école militaire d’Autun. Comme ça n’a pas bien marché, ils m’ont viré. J’ai été muté à Aix-en-Provence et, là, j’ai été viré directement. C’est vrai que c’était l’époque de l’Algérie et que ce que devenait l’armée ne me plaisait pas beaucoup. Mais, à partir de ce moment-là, on peut dire que j’étais engagé à droite. Après quoi c’est la littérature… C’est Céline qui m’a emmené vers Rebatet qui m’a conduit vers Maurras… En plus, à cette époque-là, j’étais bouquiniste et je lisais toute la journée. J’ai trouvé tellement plus d’élégance, plus de rires et plus de gaieté à droite qu’à gauche.
En littérature justement, quels auteurs appréciez-vous ?

A.D.G. : Surtout des romans et, depuis une dizaine d’années, beaucoup de récits de voyage, de récits historiques, maritimes… J’aime beaucoup les flibustiers, les découvertes… Cela dit, j’ai un grand amour pour le plus grand écrivain du siècle dernier qui est Nabokov. Je suis un nabokovien. C’est pour moi le plus riche, le plus touffu, avec cette manière complètement désinvolte, aristocratique, de se payer le luxe de commencer un livre (je pense à Ada) avec cinquante pages emmerdantes uniquement pour se débarrasser des cons ! (rires) A la fin, il nous susurre, ça y est, on est entre nous, allons-y. J’aime aussi beaucoup Marcel Aymé, Sacha Guitry, Céline un temps avant d’en voir les limites mécaniques. Jacques Laurent disait : « Céline écrit magnifiquement bien mais il n’a rien à dire. » C’est devenu un peu mon opinion…


Et les grands ancêtres, sans remonter à Rabelais ou Villon ! Dumas, vous aimez ?

A.D.G. : Ah oui ! Evidemment Le Grand Sud est bâti sur le schéma des Trois mousquetaires. Puisque ce sont quatre bagnards. Il y en a un qui est Athos d’évidence, l’autre d’Artagnan… Il y a même Milady. Ils ont leurs valets. C’est complètement plaqué sur l’histoire mais aussi sur l’étude des caractères des mousquetaires. Il y a aussi mon compatriote Balzac…
Pour revenir à votre aventure politique, votre première expérience a été celle de Minute

A.D.G. : Oui. J’appartenais à Tours à un petit groupe qui était un peu intemporel. Il y avait ce qu’on n’appelait pas encore des souverainistes, des roycos, de francs nazebroques aussi… J’ai fait un journal en 1968 qui s’appelait Révolution 1970. J’avais dix-huit ans. Ca a été un engagement précoce. J’ai un peu de route avec des journaux locaux, de poésie ?... Et c’est après avoir commencé la Série Noire que je rentré à Minute en 1973. Par Christian de La Mazière qui était un ami…
… casqué !

A.D.G. : Un ami casqué auquel j’ai dit : « Je lis Minute. J’adorerais faire du journalisme. » Qu’à cela ne tienne, il m’a pris un rendez-vous avec Jean Bourdier. J’avais écrit trois-quatre bouquins. J’étais déjà très connu. Ca a marché très vite. Ces trois lettres intriguaient beaucoup. On a même suggéré dans le Nouvel Observateur que c’était Queneau : j’étais fier ce jour-là ! Avec Bourdier, le courant est passé tout de suite. J’ai très vite fait des reportages, des chroniques… J’étais grand reporter : j’ai couvert le Liban, la Révolution des Œillets au Portugal, le Golpe de Terrero (je suis le seul journaliste à l’avoir vu aux arrêts). C’est comme ça que je me suis retrouvé en Nouvelle-Calédonie où j’étais en reportage. J’en avais un peu marre. J’avais été très ébranlé par Beyrouth où j’étais resté assiégé par les Syriens pendant pas mal de temps dans le quartier chrétien complètement déserté. Malheureusement, je me suis installé en Calédonie et le bordel a commencé. J’étais parti pour écrire Le Grand Sud pour lequel j’avais reçu de confortables avances et que j’ai fini avec un confortable retard !!!
En fait, vous ne suivez pas les évènements, ce sont les évènements qui vous suivent !

A.D.G. : Ah, méfiez-vous ! Je suis un porte-poisse terrible ! La dernière fois que je suis allé en Nouvelle-Calédonie, il y a eu des incendies. Je me suis envolé pour l’Australie où il y a eu les plus grands incendies locaux. Je suis reparti pour San Francisco où il y avait le tremblement de terre. Quand je suis arrivé à Paris, de Beketch m’a dit : « Retourne d’où tu viens, on ne veut plus te voir ! »
Pour revenir à Minute, vous y êtes resté longtemps ?

A.D.G. : J’y suis resté de 1973 à 1982. Et je suis resté correspondant pour les évènements de Nouvelle-Calédonie. Je suis revenu en 1990-91 où j’ai repris avec Serge Martinez.
Comment expliquez-vous l’énorme tirage des journaux de l’époque (Minute tirait jusqu’à 300 000 exemplaires nous souffle A.D.G.) et le faible tirage des nôtres aujourd’hui malgré le talent de certains comme Rivarol où vous écrivez avec brio chaque semaine…

A.D.G. : Non, je n’écris pas avec Brigneau, j’écris avec Camille Galic ! (rires) Pour revenir à votre question, l’époque n’est plus la même. On a constaté que la montée en puissance du Front National n’a absolument pas profité aux journaux. Je pense que les gens ont trouvé leur exutoire dans l’action politique, dans le vote qui devenait gratifiant et ils n’avaient plus besoin d’une presse de révélation parce qu’ils s’estimaient déjà parfaitement briefés pour l’action politique. Il y a également des raisons conjoncturelles pour Minute, qui est tombé de Charybde en Sylla, avec des conneries de direction et de mauvais choix éditoriaux voire politiques. Mais Minute n’était pas politique malgré un gros noyau Front National.
A vous écouter, on a l’impression que la politique, c’est aussi chez vous une histoire d’amitié…

A.D.G. : Ah oui, c’est beaucoup l’amitié. C’est vrai qu’on a des rites communs, souvent un passé commun. Et le fait d’être un peu des maudits, ça soude une communauté. On n’est pas très aidés donc, entre nous, en compensation, il y a de la chaleur.
Quels sont aujourd’hui vos projets littéraires et autres ?

A.D.G. : Je suis secrétaire général de la rédaction de Rivarol depuis 1998 (j’y écris depuis 1995). Je suis chroniqueur et j’ »écris aussi des échos et des critiques de livres. Sinon Gallimard a réédité quatre de mes anciens livres parce que je risquais de récupérer les droits (avec des droits cinématographiques).
Ah, ça n’était pas par philanthropie ?

A.D.G. : Ben non, je ne crois pas. Je suis très fidèle à Gallimard malgré le peu de considération qu’ils ont montré envers moi à l’occasion du cinquantenaire de la Série Noire. Certains auteurs et journalistes leur ont d’ailleurs fait remarquer à quel point ils avaient été à mon égard quelque peu répugnants. Donc ils ont eu honte et ils savent, en plus, que je suis un très mauvais chien et que je ne suis pas avare de distribuer des gifles. Je rappelle, pour nos jeunes lecteurs, que je suis le premier mec qui a distribué des paires de baffes à la télévision, dans l’émission de Polac Droit de réponse. L’heureux élu était Siné. Et le professeur Choron (présent lui aussi puisque c’était un débat sur la mort d’Hara-Kiri) avait approuvé que je lui colle six tartes dans la gueule et regretté même que je ne l’ai pas achevé. Faut dire que les pompiers m’en ont empêché ! (rires)
Pour finir, si vous ne deviez gardez qu’un seul livre, qu’un seul disque et qu’un seul film ?

A.D.G. : Je voudrais un gros livre…
La Bible ?

A.D.G. : Non, pas vraiment. Ces histoires juives… (rires) Non, je dirais Ada de Nabokov. Un disque de country de Johnny Cash. Et le film… Les Tontons flingueurs.

http://www.pourvengeradg.com/

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