L'uchronie d'Eric B. Henriet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

01/04/2009 | Critique | Non-Fiction L'Uchronie de Eric B. Henriet

 

 

Quelque soit les réserves et critiques qui vont suivre il faut dire d’ emblée que ce livre est indispensable pour tous les amateurs (et professionnels) de l’histoire et de la littérature. Il s’impose comme le livre de référence sur l’uchronie . L’auteur, Eric B. Henriet, balaye tous les modes d’expression où pointe cette notion principalement bien sûr la littérature, fictions et essais, mais ni le cinéma, ni la bande dessinée, ni même la chanson ou la radio ne sont oubliés. Si les productions françaises et anglo-saxonnes sont privilégiées, celles du reste du monde sont néanmoins très présentes. L’uchronie est une nouvelle mouture d’un précédent livre, “L’histoire revisitée”, publié aux défuntes éditions encrage qui était devenu introuvable. Mais le nouveaux livre ne fait pas complètement doublon avec l’ancien car  certains passages n’ont pas été repris. Ce précédent livre étant paru en 1999, en regard à la prolifération du genre depuis dix ans, on comprend qu’il est question de nombreux nouveaux ouvrages dans “L’uchronie”. Malheureusement cet afflux renforce le défaut principal de “L’uchronie” être principalement un catalogue des œuvres à lire, à voir et à entendre, pour être féru sur la question. L’ouvrage de 1999, hors annexes, comptait 202 pages alors que l’on en dénombre 220 pour “L’uchronie” ce qui n’est qu’un piètre gain par rapport à tous les nouveaux titres qui sont apparus.

Le texte est divisé en 50 chapitres qui traitent à peu près tout les aspects du sujet. Les têtes de chapitre vont de “Qu’est-ce qu’une boucle temporelle et comment en sortir” à “En dehors de la littérature et du cinéma, quelles sont les manifestations de l’uchronie” en passant par “Quelles autres alternatives au XIX ème siècle et à la première guerre mondiale?” ou “Pourquoi les uchronies personnelles marchent elles si bien au cinéma et dans les séries télévisées” ou bien encore à “L’uchronie fait-elle la part belle au providentiel et à l ’événementiel ?... Le texte de chaque chapitre est à la fois dense et clair d’une lecture facile et agréable. Le livre est à la fois une histoire du genre, un catalogue des livres à lire et une réflexion sur l’uchronie, ce qui est trop pour le format du livre. Je fais tout à fait mienne cette considération sur le genre, << A cet égard, l’uchronie octroie sans doute au lecteur d’aujourd’hui le même plaisir que le roman de pirates ou d’aviateurs procurait à nos arrières grands parents quand il restait encore tant d’endroits à explorer sur Terre.>>.

 

Uchronie, l'Histoire revisitée (Eric Henriet)


Malheureusement chaque chapitre demanderait à être étoffé. Les romans ne sont présenté qu’en quelques mots sans souvent d’opinions d’ Henriet à leur encontre. Un tel livre demanderait à être développé, un peu à la manière de la superbe “Encyclopédie de l’utopie et de la science-Fiction de Pierre Versin d’ailleurs plusieurs fois citée par Henriet. On peut rêver de son pendant pour l’uchronie, espérons que la prochaine mouture de l’ouvrage comblera plus nos espoirs.

L’essais est suivi par index des auteur qui permet de retrouver très facilement dans le livre les passages où l’on parle de tel ou tel auteur. Mais surtout bibliographie qui recense tous les ouvrages dont parle “L’uchronie” classés par ordre alphabétique de leur auteur avec sa date de parution et lorsqu’elle existe sa date de parution en français et son éditeur. C’est remarquablement bien fait et pratique. Mais attention cet appendice risque de conduire son lecteur à sa ruine, tant tout le livre est une incitation permanente à la lecture et appelle à se ruer dans les librairies, mais  beaucoup des  ouvrages que mentionnent Henriet sont difficilement accessibles et ... seront d’autant plus désirés.

D’après ce que je connais, dans la masse des livres, dont il est question dans l’ouvrage, il faut reconnaître qu’Henriet a fort bon goût, par exemple de mettre en exergue un livre méconnu comme le roman de Nicolas Saudray, “Les oranges de Yalta” (éditions Balland, 1992) ou un chef d’oeuvre du manga comme “Zipang”. En regard de ces deux choix on est tenté ensuite de faire entière confiance à l’auteur. Même s’il est un peu vain dans un ouvrage aussi exhaustif de chercher les absents, je m’étonne tout de même de celles de deux romans de première qualité assez facile d’accès puisqu’édités chez Folio S.F. Il s’agit de “La séparation” de Christopher Priest et surtout des “Iles du soleil” de Ian R. MacLeod,  la seule uchronie dont le thème centrale est l’homosexualité.

Les livres sur l’uchronie en français sont rares. On peut citer de Jacques Lesourne : “Ces avenirs qui n'ont pas eu lieu” beaucoup moins complet que celui d’Henriet mais qui a l’avantage d’être moins politiquement correct. A ce propos l’auteur est parfois horripilant de bonnes consciences, qu’en démocratolâtre il n’indique pas des livres négationiste on peut le comprendre. Bien que ce soit tout de même prendre ses lecteurs pour des benêts qui peut penser que l’on devienne négationistes à la lecture d’un ouvrage uchronique surtout que les uchronies négationistes nous sont présentées comme en dessous du médiocre. Il est en revanche beaucoup moins admissible qu’il se refuse à nous communiquer des titres dans lesquels l’Algérie serait demeurée française après 1962 (chers lecteurs si vous en connaissez ayez la gentillesse de me les indiquer) sous prétexte qu’ils ne seraient le fruit que de nostalgiques de l’OAS. Je voudrais rappeler que les thèses de l’OAS n’étaient pas les seules en vigueurs et qu’en faisant remonter le point de divergence un peu plus loin dans le temps que 1962 d’autres possibilités étaient ouvertes. En outre lorsque l’on voit ce qu’est aujourd’hui l’Algérie, un pays ruiné, déchiré entre des militaires corrompus et des islamistes obscurantistes (excusez la tautologie), il parait difficile d’imaginer une situation plus catastrophique si l’histoire avait pris d’autres chemins, les pires routes ne sont pas toujours celles que n’a pas empruntées l’histoire (sur uchronie et Algérie lire le passionnant roman Rêves de gloire de Roland C. Wagner)

Il est curieux et dommage de constater qu’Henriet n’applique pas toujours dans son livre ce qu’il écrit dans cette phrase si juste: << L’uchronie affirme que ce qui existe n’épuise pas le réel.>>. 

 

Nota    

Si vous êtes intéressé par le thème visitez ce site  qui référence des point de divergences à notre histoire pour le XX ème siècle. cet autre  propose une réflexion intéressante.

un autre  prend comme postulat et point de divergence qu’ en 1935, Paul Reynaud, Ministre de la Guerre, met en oeuvre  ce que préconise le colonel Charles De Gaule dans son livre “Au fil de l'épée “, publié en 1932.

Pour les amateurs d'uchronie, il ne faut pas oublier de rendre visite à cette adresse: http://uchronies.com/, acces direct ici     

 

Ci-dessous, Mauvais genre recevait Eric B Henriet

 

Mauvais genres 20090307 Uchronie.rm

 

1- D'autres billets où il est question d'uchronie sur le blog:  Roma aeterna,  Les îles du soleil de Ian R. MacLeod,  Rêves de gloire de Roland C. WagnerL' appel du 17 juin d'André CostaL'uchronie d'Eric B. Henriet,  Replay de Ken GrimwoodLa séparation de Christopher Priest

 

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christian Jannone 28/11/2011 22:07

Cette uchronie algérienne existe : il s'agit de Rêves de gloire de Roland C. Wagner chez l'Atalante.

lesdiagonalesdutemps 29/11/2011 07:24



Je le sais d'autant mieux que j'y ai consacré un long billet. Mais je n'avais pas lu ce livre (il n'était d'ailleurs pas paru) lorsque j'ai rédigé celui sur le livre d'Henriet dont une réédition
actualisée serait labien venue.