L’objet, l’œuvre, ne peut être appréciée qu’en fonction de son créateur

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Tout l’art moderne, ou post-moderne, et surtout depuis cinq ou six ans, tourne autour de cette notion, qu’on eût appelée naguère du locuteur. L’objet, l’œuvre, ne peut être appréciée qu’en fonction de son créateur, des intentions ou des positions qu’on lui suppose, ou de son lieu d’émission, d’exposition. Des tableaux extraordinairement académiques d’apparence, anachroniques de style, ont été montrés, tout d’un coup, dans des galeries d’avant-garde, ce qui donnait à penser que leurs auteurs, malgré l’aspect désuet de leur manière, étaient au-delà de l’avant-garde. Ils avaient l’air de peindre comme de lointains suiveurs de Van Dongen, mettons, mais ils assumaient en fait, on nous demandait de le croire, tout l’héritage de l’art conceptuel ; ou s’ils le rejetaient, c’était en connaissance de cause. Soit. Je réenfourche mon vieux dada ; seule une analyse bathmologique peut rendre compte de ces réalités en strates : c’est la même chose, mais à un autre niveau de la spirale, et ça n’a donc rien à voir (et pourtant si).

 

Renaud Camus, journal romain

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xristophe 13/04/2013 01:03

Almodovar ? Chouette, justement j'hésitais à y aller... J'irai... "Rome, Naples et Florence" : reconnaissons le stendhalien ! reposez-vous bien !

lesdiagonalesdutemps 13/04/2013 02:32



Le nouvel Almodovar n'offre pas comme les derniers un scénario complexe puzzle diabolique qui ne se boucle qu'à la toute fin mais un retour aux source de ses comédies faisant la part belle à la
follitude avec l'extraordinaire comédien de "Parle avec elle" mais cette fois dans un rôle comique.



xristophe 12/04/2013 15:15

En effet, faites-le - cela a l'air intéressant ! et me décidera peut-être à en lire un : vous êtes vous-même un "guide stendhalien" remarquable infatigable et omniscient. Et vous devez avoir le don
d'ubiquïté pour faire tout ça, assumer tant - dans l'enthousiasme en plus - et critique ! (Voilà ! il fallait que cela soit dit !)

lesdiagonalesdutemps 12/04/2013 16:20



merci pour les compliments je ne suis pas du tout omniscient et je n'ai malheureusement pas le don de l'ubiquité et en plus je suis complètement flapi d'ailleurs jeudi prochain je vais me
resourcer à Naples pour une semaine... Mais il est sûr que je ne m'ennuie pas et encore je ne parviens pas à chroniquer tout ce que je vois comme récemment au théâtre le repas des fauves et au
cinéma le dernier Almodovar très rigolo même s'il ne donne pas mal à la tête...



xristophe 12/04/2013 03:09

En vérité je ne connais quasiment pas Renaud Camus : je crois ne l'avoir lu qu'ici, chez vous ! Vu, entendu parfois, télé, radio, et c'est un ami d'Alain Finkielkraut, ce qui pour moi est une bonne
référence. Mais c'est tout. Attention je ne parle pas du "rôle de l'auteur vis à vis de son oeuvre" (dont il faudrait connaître, pour Camus, les intentions pour bien comprendre ladite oeuvre) : au
contraire, je dis qu'on a le droit de s'en passer, et même de s'en moquer (comme vous le faites) : rien de sacro-saint dans ces délires etc. Ce serait ça le "contresens" cher à Boulez : liberté
créatrice de ma "lecture", à mes risques et périls...

lesdiagonalesdutemps 12/04/2013 06:49



Nous sommes d'accord pour Renaud Camus je suis assez partagé (vous avez sans doute remarqué que j'adhère rarement totalement à une oeuvre). Le plus intéressant de sa pléthorique production est la
série des demeure de l'esprit (bien que ces volumes qui combinent ecrit et photos de l'auteur (vous comprenez pourquoi cela me plait) s'est donné pour but d'explorer en Europe (pour l'instant la
Grande Bretagne, l'Irlande, la Scandinavie, la France, l'Italie, il y a plusieurs volumes par région) les batisses qui ont abrité un grand esprit et que l'on peut visiter. Il y a un coté guide
Stendhalien dans cette entreprise (où l'on retrouve un esprit d'amateur) qui m'enchante. Il faudrait que je consacre un billet à cette série... un jour



xristophe 11/04/2013 21:46

Agaçantes coquilles : je voulais écrire : "je ne vois pas qu'il soit nécessaire de S'EN rapporter à l'intention de l'auteur" (bien sûr)

xristophe 11/04/2013 21:41

Bathmologique... moi aussi ça m'énerve : même pas trouvé au grand Robert ! ... Il me semble pourtant l'avoir croisé chez Barthes : là, pas de snobisme creux possible, ni d'à peu près : peut-être
issu (néologisme) de la racine qui signifie, grecque, "profondeur" ? (puisqu'il est question plus loin de "strates", et de "spirales") (thème, en effet barthésien) Quoiqu'il en soit, je ne vois pas
qu'il soit obligatoire de rapporter à l'intention de l'auteur pour "comprendre" son oeuvre - même dans des cas compliqués, alambiqués - déconcertants. Si l'auteur nous éclaire, et qu'on en ait
besoin, alors d'accord, on est preneurs (nous spectateurs, consommateurs). Mais on peut se passer de lui, et même inventer devant l'oeuvre énigmatique des stratégies toutes personnelles de
"réception", quitte à risquer un "contresens fécond" et inventif... (notion défendue par Pierre Boulez, par exemple)

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 22:42



oui bien sûr cela vient de Barthes dont Renaud Camus a té un fugitif élève. Je vous approuve sur le rôle de l'auteur vis à vis de son oeuvre. Vous devez être ravi devant les tableau de Rauch ou
même de Dali mais il me semble que chez certains peintres le curieux et l'étrange ne recouvre que du vide même si c'est parfois un vide agréable et quelque fois drole. Votre explication
éthymologique de Bathmologique est parfaite. Les fameux eglogues de Camus ne sont que des exercice de bathmologie. Pour ma part je trouve cela assez vain amusant parfois, à la Lacan.



ismau 11/04/2013 18:13

Moi qui voulais lire le Journal romain ... voilà qui me refroidit un peu !
Est-ce que Duchamp n'avait pas déjà dit un peu la même chose, et de façon sinon plus compréhensible, du moins plus forte ?

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 19:00



Possible mais je trouve cette citation très juste (ce n'est qu'un passage d'un développement d'où peut être la mauvaise impression que vous en avez. Autrement dans ce journal romain qui est en
ligne, c'est donc gratuit, Renaud Camus dans ce journal est égal à lui même...



argoul 11/04/2013 15:23

Donc pour le lecteur lambda, ça ne veut rien dire. Du jargon d'initié.

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 20:56



C'est un peu cela en effet mais il faut replacer cette phrase dans son époque où le structuralisme n'était pas encore en complète décrue.



argoul 11/04/2013 13:15

"Bathmologique"... quel jargon snobissime ! En référence à Batman ? Ou une coquetterie de qui fait semblant de connaître le grec ancien ?

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 14:46



Vous ne devez pas être un lecteur de Renaud Camus c'est une expression qui se rapporte à sa propre histoire. Cela n'a aucun rapport avec Batman...