L'insomnie des étoiles de Marc Dugain

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Marc Dugain est un peu notre nouveau Robert Merle. Je crains que l'on ne lise plus beaucoup ce dernier et c'est bien dommage. Pourtant, Robert Merle fut durant plus de trente ans un des plus grands « vendeurs » de livres du pays. Ses ouvrages doivent aujourd'hui s'ennuyer dans les bibliothèques des résidences secondaires et c'est bien injuste. On avait à nouveau parlé de lui, au moment du faramineux succès des « Bienveillantes » de Jonathan Littell, livre qui rappelait le roman de Robert Merle « La mort et mon métier ». Marc Dugain, comme Merle, situe la plupart de ses livres dans l'histoire. La différence de Dugain par rapport à Merle, est que le premier a pris pour ses meilleurs livres pour héros des grands hommes, Staline dans « Une exécution ordinaire », qu'il a magistralement transposé au cinéma l'année dernière en l'améliorant grandement, et Edgar Hoover dans « La malédiction d'Edgar » alors que Robert Merle préférait mettre en avant dans ses oeuvres des anonymes.

Cette fois Dugain a abandonné les célébrités d'hier pour mettre des inconnus au centre de son nouveau roman. L'anecdote de « L'insomnie des étoiles » n'est guère affriolante. Dans le troisième reich en déliquescence, une compagnie de militaire français est chargée d'occuper un secteur du territoire allemand, loin du front et des zones stratégiques. Dans une ferme isolée, il découvre une adolescente hébétée qui survit seule, dans un complet dénuement depuis plusieurs mois. Mais encore plus étrange, les soldats trouve, dissimulée dans la grange de la ferme, une caisse contenant des restes humains calcinés.

Le capitaine de la compagnie, astronome dans le civil, d'où le titre du roman, s'intéresse à ce qui paraît être un crime. En quelque sorte un crime individuel au milieu du crime institutionnalisé qu'est la guerre. Mais ce contexte est le seul point commun avec « la trilogie berlinoise » de Philip Kerr. L'ordinaire des personnages, pour ne pas dire leur médiocrité et sans doute aussi l'époque m'ont évoqué Emmanuel Bove. Mais alors que ce dernier mettait son écriture à l'unisson de la modestie de ses personnages, Dugain sans cesse se pique de littérature et se lance dans des images et des figures de rhétoriques qui suffiraient à déconsidérer la rédaction d'un collégien. L'autre auteur que l'on peut citer à propos de « L'insomnie des étoiles » est Simenon car le roman se veut avant tout un roman d'atmosphère que dynamiserait une vague enquête policière. Mais ici aucun suspense, puisque l'on sait d'emblée comment les ossements se sont retrouvés dans la caisse et à qui ils appartiennent. Cette évidente erreur de construction n'est malheureusement pas la seule; vers le deuxième tiers du livre son auteur change de personnage principal. Celui qui semblait s'imposer comme tel, disparaît sans véritable explication. Sans doute que Dugain s'apercevant que son héros était tellement falot a pensé qu'il était préférable d'en changer pour miser sur un protagoniste ayant plus de potentiel romanesque, est arrivé donc le fameux capitaine astronome que l'on avait fait qu'apercevoir jusqu'ici. Le choix ne s'avère pas si fameux que cela, le nouveau venu n'ayant guère plus de consistance que son éphémère prédécesseur.

Mal construit, avec des personnages transparents, une fin à la fois téléphonée et caricaturale cette « Insomnie des étoiles » est surtout soporifique. Pourvu que Dugain retrouve bientôt ses grands hommes.

 

L'insomnie des étoiles, Marc Dugain, éditions Gallimard, 2010   

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