L'illusionniste de Sylvain Chomet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

A la fin des années 50, l'arrivée du rock bouleverse l'univers du music-hall. Un prestidigitateur vieillissant voit à Paris, fuir le succès. Il part à Londres pour tenter sa chance mais sans réussite. C'est dans un village du nord de l'Ecosse dans lequel on vient d'installer l'électricité qu'il retrouve le succès. Il y rencontre une jeune fille candide, Alice, éblouie par les tours de passe passe qui le suit à Edimbourg où l'illusionniste a bien du mal à survivre...

L'illusionniste est l'animé, après « Le tombeau des lucioles », le plus triste que j'ai pu voir à ce jour. Ce qui n'est pas forcément un reproche; qui a dit que le cinéma d'animation devait obligatoirement faire rire, d'ailleurs on rit tout de même dans ce film. La nostalgie déjà très présente dans les « Les triplettes de Belleville » est au centre du film. Les qualités de « L'illusionniste » comme son principal défaut, la minceur du scénario sont celles des films de Tati (1907-1982) , l'argument du film est tiré d'un scénario que Tati n'a jamais tourné. Tous les opus de Tati sont plus des suites de vignettes, souvent géniales, que des mécaniques scénaristiques savamment élaborées. Comme dans « Les triplettes de Belleville » qui bénéficie d'un scénario plus charpenté, la force de « L'illusionniste>> réside principalement dans l'accumulation de détails dans les décors, de plans arrières aussi justes que riches en évocations des temps enfuis.

La plus grande partie de l'histoire se déroule à Edimbourg, ville que je ne connais pas mais dont le film est une véritable invitation à la découverte de celle-ci. Visiblement amoureux de la ville, Sylvain Chomet s'y révèle un formidable paysagiste. Le choix du cadre n'est pas anodin. Le refuge du magicien en Ecosse est un clin d'oeil à l'exil du cinéaste à Edimbourg où Chomet a fondé son propre studio d'animation. Le dessin est différent pour les personnages et pour les décors dans lesquels ils se meuvent. Les protagonistes sont de la même eau que ceux des « Triplettes », caricatures savoureuses, bien que parfois un peu trop chargées. Tandis que les décors sont brossés d'une manière plus flou, dans des couleurs toujours éteintes, avec des traits moins nets que les trognes des personnages qui sont elles dans un style qui évoquent celui de Dubout, alors que les lieux qu'ils hantent font plus penser aux penture de Julian Taylor et aux dessins de Ronald Searle...

L'llusionniste n'a quasiment pas de dialogue comme dans les films de Tati, tout au plus des onomatopées pour signaler la langue qu'entendent les personnages l'anglais ou le français. Tout passe par l'image, par les expressions des visages et des corps. Sur le plan technique, le film est indéniablement une réussite, mais le réalisateur a perdu l'effet de surprise qui nous avait cueilli lors de la découverte des "Triplettes de Belleville".

Si avoir donné au héros, la silhouette dégingandée et un peu raide de Tati génère tout un sous texte, ce choix a aussi l'inconvénient de rendre plus difficile l'identification du spectateur avec ce prestigitateur vieillissant que si ce dernier avait pour lui une apparence inédite. Contrairement à ce que l'on pourrait penser d'emblée. Il est plus facile de s'identifier à un personnage dessiné qu'à une créature interprétée par un acteur, le dessin délivre le spectateur de cet intermédiaire parfois encombrant entre lui et le personnage. Chomet n'a pas pris que la silhouette de Tati mais l'on peut voir un parallèle entre la vie du cinéaste et celle de l'illusionniste. Tati était très déprimé à la fin de sa vie. Son art avait été bousculé par la Nouvelle Vague comme le vieux presdigitateurest mis au rencart par les groupes rocks. Souvent l'émerveillement est au rendez-vous mais parfois aussi la gène s'installe insidieusement comme lorsque apparaît le groupe rock anglais outrageusement efféminé caricature que l'on pourrait taxer sans trop de peine d'homophobe. J'ai également ressenti un malaise en ce qui concerne les relation entre l'illusionniste et Alice. Le réalisateur n'est pas parvenu a imposer, comme son modèle avoué en la matière, Charly Chaplin l'avait réussi dans « Les lumière de la ville » une image de pureté entre les deux personnages. Mais c'est le coté artisanal "fait maison" qui sauve le film du coté rance de ceux de Jeunet. Chez Chomet c'est l'artisan qui sauve l'artiste. 

Heureusement, le seul personnage sympathique, à mon sens, du film, le lapin devenu carnivore à force de s'ennuyer dans des chapeaux poussiéreux finira ses jours heureux dans cette magnifique colline qui domine Edimbourg sur laquelle ses congénères s'ébattent en toute quiétude et que je ne manquerai pas de visiter lors de ma visite que j'espère prochaine.

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