L'ile des téméraires, tome 2 de Syuho Sato

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Beaucoup moins connu que les attaques suicides par avion lors de la deuxième guerre, sont les raids suicides au moyen de torpilles pilotées, les kaiten, par un soldat qui tout comme dans les avions ne peut (et ne doit) pas survivre à l'opération. Le manga de Syuho Sato suit la formation d'un de ses hommes, Yuzo Wanatabe dans une petite ile secrète qui va se sacrifier pour son pays et l'empereur. Nous sommes à la fin de 1944.

Le manga détaille avec grand soin aussi bien les problèmes techniques et stratégiques que posait cette opération que les affres dans lesquels se trouvaient les jeunes hommes qui se préparaient à une mort prochaine et certaine.

 

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Le deuxième tome paraît près de trois ans après le premier, manga que j'avais chroniqué lors de sa sortie: L'ile des téméraires. Cela devait, d'après mes informations bien lacunaires, être un one-shot, ce qui n'est vraiment pas évident à sa lecture, mais devant le succès rencontré, je reviendrais sur ce point, une suite a été demandée à l'auteur. Un troisième est prévu; espérons qu'il ne faudra pas attendre aussi longtemps (il y a cinq tome parus au Japon).

La qualité du dessin de Syuho Sato est remarquable (pourquoi avoir fait réaliser la jaquette, qui est fort laide par un autre dessinateur alors qu'il y a de magnifiques dessins à l'intérieur?). Syuho Sato, l'auteur de "Say hello to BlackJack" possède un dessin à la fois très nerveux et très hachuré. On voit qu'il s'appuie sur des photos d'époque, qui doivent être rares en raison de l'absolu secret qui entourait cette stratégie.

 

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A la fin de volume est indiqué que le mangaka a bénéficié de la documentation du sanctuaire Yasukuni dont je recommande la visite, comme je l'ai fait moi même, (j'ai consacré un billet à ce lieu: Le sanctuaire de Yasukuni-jinja, Tokyo, Japon) à tous ceux qui s'intéresse à la seconde guerre mondiale et plus largement aux opérations militaires montées par la Japon de la fin du XIX ème siècle à la fin de la dernière guerre.

Un de mes fidèles lecteurs trouvait que cette recommandation n'était pas forcément judicieuse alléguant que cet endroit était un lieu de propagande pour les révisionnistes japonais, ce qui n'est pas faux mais ce n'est pas que cela c'est surtout une mine d'informations pour qui s'intéresse à la chose militaire. C'est aussi une sorte de gigantesque monument aux mort pour tous les soldats japonais morts pour leur patrie. Faut-il considérer les monuments aux morts de nos villages, comme des marques de propagande? Il est néanmoins opportun de réfléchir sur leurs significations... Il faut être donc vigilant lorsque l'on visite le sanctuaire de Yasukuni, tout comme il faut l'être lorsque nous voyons un film sur la guerre du pacifique, presque tous réalisés par des américain. N'oublions jamais que les guerres sont toujours raconté par les vainqueur et même si c'est l'argument que met toujours en avant les révisionnistes japonais ce n'est pas pour cela qu'il est faut.

 

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La vision de Syuho Saito sur les kamikazes me paraît moins critique, il met en avant l'héroïsme de ces tout jeunes hommes, tout en montrant bien leurs doutes et leurs peurs, sans oublier de mettre en évidence le conditionnement de ces presque encore adolescent, leurs recruteurs pour ces missions sans lendemain faisait vibrer leur fibre patriotique en leur disant que le destin du Japon reposait sur leurs épaules, que celles développée dans d'autres mangas comme Zéro pour l'éternité ou Tsubasa. Son point de vue est semblable à celui de Kawaguchi dans Zipang.

Il est très important en lisant ce type de manga de ne jamais oublier le contexte dans lequel se déroule l'action qui nous est raconté. Par exemple ce n'est pas la même chose de faire une action kamikaze en janvier 1945 ou quelques mois plus tard.

 

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Sato donne plus d'épaisseur à son héros que dans le premier tome. Dans ce deuxième volet Watanabe est moins résolu qu’il ne semblait l’être à la fin du premier. De fait, ses émotions vont le voir évoluer sur la question de sa mort, notamment lorsqu'il retrouvera sa famille (les Kamikazes avait une courte permission pour dire adieu à leur famille avant leur mission suicide). Il faut rappeler que Yuso Wanatabe s’est engagé pour aider sa famille et leur retirer l’image de mauvais japonais qui leur colle à la peau. L'auteur développe sa réflexion sur ce qui peut pousser un jeune homme doué (Yuzo est un bon dessinateur et il est passionné de peinture) à s'immoler pour une cause.

 

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Pour ceux qui douteraient encore que les différents billets de ce blog n'entretiennent pas de liens, j'indique que les terrains des opérations où se déroule cette histoire sont les mêmes lieux où moins de quinze avant ce qui nous est raconté ici, Paul Jacoulet peignait de beaux jeunes gens...

Beaucoup des personnages qui apparaissent dans le manga sont des personnages réels comme le lieutenant Nishina, l'un des concepteurs des kaiten.

Tout comme la parution de  Silver spoon d'Hiromu Arakawa était à mon avis en phase avec l'actualité japonaise, le succès au Japon de l'ile des téméraires comme celui de Zipang et l'émergence de Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi Sumoto sont raccord avec le retour du nationalisme dans le pays.

Il faut féliciter l'éditeur, Kana, qui a eu la bonne idée d'ajouter en fin de volume un petit précis sur la guerre du Pacifique. Il est signé par Patrick Souty qui réussit là une remarquable vulgarisation historique. Est-ce l'influence de Bakuman on trouve aussi à la fin du livre les noms des assistants du mangaka ainsi que ses sources.

 

pour retrouver des mangas sur le blog: Une vie dans les marges de TatsumiBakuman,  Tatsumi,  NomNomBâ de Shigeru Mizuki,  Tezuka à Japan expo 2011Ayako de Tezuka,  Color Mandarake à Tokyo,  Thermae Romae de Mari Yamazaki,  Tsubasa et L'ile des téméraires,  Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998),  Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki,  Les Années Douces de Jiro Taniguchi & Hiromi Kawakami,  Les villes d'Adachi Mitsuru par Xavier Guilbert,  à propos de Bakuman n° 11,  Jin de Murakami Motoka,  Le chat Karupin dans prince of tennis ,  Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi SumotoL'ile des téméraires, tome 2 de Syuho SatoSilver spoon d'Hiromu Arakawa


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