L'homosexualité et l'occupation

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Pour les homosexuels, Paris occupé était à la fois un lieu risqué et un vaste terrain d'opportunités. L'idéologie nazie était farouchement hostile à l'homosexualité, et la presse fasciste française traitait souvent Cocteau et d'autres homosexuels connus "de dégénérés". Un gay pouvait finir dans un camp de concentration. Et cependant l'écrivain Roger Peyrefitte affirma pour sa part n'avoir jamais passé de meilleurs moments qu'à Paris pendant la guerre, quand des milliers de jeunes gens, avec ou sans uniforme, circulaient dans les rues. Riding évoque les "innombrables bars gays très appréciés des soldats allemands".

Le fait que Cocteau, Jouhandeau, Brasillach, Montherlant, Lifar et Bonnard aient tous été homosexuels peut-il avoir eu un rapport avec leurs relations plutôt complaisantes avec les occupant? Jean Guehenno le pensait. Prétendre que la collaboration gay peut être simplement expliqué par une attirance pour des gaillards musclés chaussés de bottes bien cirées serait banal. L'antisémitisme de Jouhandeau par exemple, avait probablement davantage à voir avec son conservatisme catholique qu'avec son goût pour le cuir et les uniformes. Certains homosexuels, par ailleurs, peuvent avoir été attirés par les occupants pour des raisons moins sexuelles que sociales. Cocteau avait davantage peur des bigots français que des allemands qu'il fréquentait. Le véritable ennemi, aux yeux de certains homosexuels, pourrait bien avoir été le bourgeois français au regard réprobateur, le bon père de famille de la classe moyenne, prêt à persécuter une personne pour ses préférences sexuelles déviantes. Voici comment Brasillach définissait le fascisme: << C'est un esprit anticonformiste d'abord, antibourgeois et l'irrespect y a sa part (...). C'est l'esprit même de l'amitié, dont nous aurions qu'il s'élevât jusqu'à l'amitié nationale>>. La camaraderie masculine, dans ce genre de fantasme, était promue au rang d'idéal social. Certains homosexuels notoire ont peut être été attirés par les cellules communistes pour des raisons similaires.

 

Ian Burma à propos du livre And the show went on. Cultural life in nazi occupied Paris d'abord dans le The New York Review of Books et repris en français dans le numéro de Books de juin.

 

Il y aurait beaucoup à dire sur cet article dont de nombreuses affirmations me paraissent très discutable, mais il est toujours intéressant de voir l'Histoire française vue d'ailleurs.

 

Pour retrouver des billets sur le blog à propos de l'occupation: 1940-1945, Années érotiques de Patrick Buisson , Trois coupes de champagne d’Yves Pourcher , L'honneur d'un homme d'Allan Massie,  André Zucca, photos de Paris sous l’occupation,  L'homosexualité et l'occupation Archives de la vie littéraire sous l'occupation    

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