L'art en guerre au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

otto Freundlich

 

L'art en guerre au musée d'Art Moderne de la ville de Paris est exposition aussi intéressante qu'elle est malhonnète. Elle nous sommes en deux mots d'aimer Dubuffet et de détester Arno Breker sous peine d'être un salaud doublé d'un crétin. J'ai pris ces artistes en exemple, j'aurais pu en prendre bien d'autres mais il se trouve que j'aime bien les oeuvres de ces deux là, qui n'ont absolument aucun rapport ( sinon d'avoir été de redoutables arrivistes ce qui n'est pas toujours incompatible avec le talent mais certainement avec la morale), mais pourquoi diantre devrait on aimer qu'une seule sorte d'art, c'est un peu comme si on vous ordonnait d'aimer la viande à l'exclusion de tout autre met. A travers une pléthore d'oeuvres et d'artistes (pourtant il y a bien des oublis mais ceux-ci sont parfois volontaires) les commissaires ont eu le projet de brosser le tableau artistique de la France, pour la peinture et la sculpture uniquement, de 1938 à 1947. Entreprise colossale qu'ils ne mènent pas complètement à bien; d'abord en raison de leurs aprioris artistiques: si vous n'adhérez pas sans réserve aux courants avant-gardistes de l'époque vous êtes un imbécile et subsidiairement un suppôt du fascisme et ensuite une constante hésitation entre faire une exposition d'art ou une exposition d'Histoire.

Le parti pris de faire commencer l'art en guerre en 1938 est assez bien vu et de faire commencer l'exposition par celle des surréalistes de cette année là est recevable. Ce qui l'ai moins c'est de prétendre que les amis de Breton avaient déjà tout prévu et que les sacs de charbon pendus au plafond de la galerie où ils exposaient, préfiguraient les froids futurs. On retrouve les fameux sacs ici, dans l'exposition Bohème on avait déjà le poéle maintenant le charbon, on pourra se chauffer cet hiver dans les musées! J'ai retenu de cette première sale un beau Tanguy et surtout un magnifique Delvaux...

 

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Tanguy

 

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Delvaux

 

Chirico    

 

La salle suivante n'est pas vraiment dévolue à l'art mais se veut illustratrice de la propagande vichyste et du joug allemand. Il me semble qu'il aurait été préférable de réserver cette précieuse place pour montrer d'autres tableaux plutôt que des bibelots pétainistes. On peut penser que le visiteur d'une telle manifestation à quelques connaissances historiques.

 

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Il aurait mieux valu également à la place de ces babioles pétainistes montrer des toiles de propagande nazi comme celles ci-dessous que vous ne verrez pas dans l'exposition...

 

 

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Paul Padua, Auf Heimaturlaub (en permission à la maison), 1939

 

nazi2Anonyme, Meeting de Nuremberg, 1934, huile sur toile

 

 

Il faut attendre la troisième salle pour rentrer dans le vif du sujet puisqu'elle concerne ce que l'on peut considérer comme le fondation de l'abstraction française qui bientôt fagocitera la nouvelle école de Paris, éclipsant les tenants de la figuration. Il seront au milieu des années 50, à leur tour mis sous le boisseau par l'abstraction américaine. Certes je simplifie grandement mais je voudrais rappeler que l'histoire de l'art français et de l'art en France, ne fut pas tumultueuse que durant l'occupation.

La salle illustre les deux grandes expositions, en 1941 et surtout 1943, de ceux qui s'intitulaient "Les jeunes peintres de la tradition française, Lapicque, Bazaine, Manessier, Estève... 

 

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de gauche à droite: Lapicque, 2 Bazaine et Le Moal    

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C'est, un peu plus loin, dans une vitrine que l'ont peut admirer quelques belles oeuvres d'Alberto Magnelli. Le peintre italien en délicatesse avec le Duce était réfugié en France.

 

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Magnelli

 

Il faut bien dire que cette exposition, si elle est toujours passionnante, ne provoque pas toujours l'extase extatique mais ce n'est pas le cas en ce qui concerne l'espace dévolu à Picasso pour sa production durant l'occupation.

 

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En quittant, avec regret ces magnifiques Picasso, on arrive dans les espaces qui font le plus problème et j'affirme sont particulièrement malhonnètes. Les commissaires pour bien illustrer leur détestation des artistes qui ont eu plus ou moins des sympathies pour l'occupant, ce qui peut se comprendre, mais il est malhonnête de choisir pour les présenter comme pour Derain par une croute insensée ou choisir pour Dunoyer de Ségonzac une huile et non une gravure ou une aquarelle discipline où il excellait. Je conseille pour contrebalancer la vision de l'art français donnée par cette exposition de visiter après l'avoir vue, le musée des années trente à Boulogne qui lui, met en valeur (peut être un peu trop) les artistes attachés à la tadition à cette époque. C'est le cas des sculpteurs français que l'on découvre ensuite. Leurs statues côtoient une vitrine illustrant la fameuse exposition Arno Breker de 1942, la présence d'une sculpture de Breker n'aurait pas été superflue.

 

vitrine de l'exposition dédiée à Arno Breker 

 

 

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Félix Joffre, l'athlète, 1938

 

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Despiau

art en guerre exposition

 

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Dunoyer de Ségonzac

 

La raison pour laquelle il faut absolument visiter cette manifestation c'est qu'elle permet de voir des oeuvres souvent invisibles en particulier celles confectionnées dans les camps qui souvent font partie de collections personnelles. Beacoup de pièces proviennent du Musée de la résistance nationale à Champigny-sur-Marne dont je recommande également la visite pour compléter cette exposition. Il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne pas être ému par certaines réalisations qui sont souvent les seules traces du passage terrestre du malheureux qui l'est a produites, juste avant d'être assassiné. Par exemple une des belles découvertes qu'occasionne l'exposition sont les travaux que fit Roger Payen, ancien élève de l'école Boulle, qui lui a eu la chance de survivre ou encore ceux de Boris Taslitzky.      

 

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Ce n'est pas la toile que je montre ci-dessus l'on peut voir de ce grand artiste qu'est Félix Nussbaum mais une autre (sur Nussbaum on peut voir le billet que je lui ai consacré:  Pour se souvenir de Felix Nussbaum au musée d'art et d'histoire du Judaïsme de paris ). On aurait aimé en voir plus (à son sujet voir le billet que lui est consacré lors de sa rétrospective). L'absence de Zoran Music, que l'on peut considérer comme le grand peintre de la déportation m'a surpris... Sur Music sur ce même blog vous pouvez aller voir  pour se souvenir de l'exposition Zoran Music à Barcelone.

 

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Une des grandes révélations de "L'art en guerre" est la salle consacrée à Joseph Steib, un petit fonctionnaire de la ville de Mulhouse qui en cachette a peint une série de toiles, dans un style naif, des sortes d'exvotos où il fustige le régime nazi ou plus émouvant il représente des évènement dont il désire ardemment l'avènement comme dans Mulhouse en liesse, tableau dans lequel il imagine la ville libérée en 1943! 

 

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     Steib

 

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Un autre grand bonheur est de voir les toiles de Braque de cette période qui sont trop souvent négligées. Il serait temps enfin, d'organiser une grande rétrospective de Braque au Centre Pompidou.

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Braque

 

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Ci-dessus un tableau d'André Bauchant qui dans sa fraicheur dit beaucoup de choses.

 

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Autoportrait de Jacques Gruber (musée de Nancy)

 

 

On arrive ensuite aux salles dévolues à l'immédiate après guerre, l'exposition va jusqu'aux prémices de la guerre froide. Sont justement mis en vedette les toiles de Jacques Gruber qui est le grand peintre figuratif de cette période qui aurait été un des grands noms de la peinture française si la tuberculose ne l'avait pas emporté dans la fleur de l'âge. Alors qu'habituellement on ne voit presque jamais des tableaux de Gruber on a en ce moment la chance de pouvoir en admirer au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris non seulement dans "L'art en guerre" mais aussi dans l'autre exposition qui s'y déroule concomitamment voir mon bittet,  La collection Michael Werner au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris .

Plus convenu mais incontournable pour la période de la Libération, la série des otages de Fautrier (immédiatement ci-dessous). Puis ce sont quelques beau abstraits qui illustre l'émergence de cette peinture qui va dominer toute la production française dans les années qui suivront.

 

Fautrier, la juive

 

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Fernand Léger

 

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André Masson    

 

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Lanskoy

 

A chaque exposition que je visite, je m'adonne à un petit jeu vain qui n'amuse que moi, mais qui ne fait de mal à personne, j'imagine qu'elle tableau je choisirais si on me proposait d'en emporter un. Mon choix irait sans hésiter vers le Lanskoy que l'on peut voir ci-dessus, dont malheureusement ma photo ne rend pas la subtilité des couleurs.

 

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Schneider, opus 316, 1946


Hartung

 

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un Hélion de son retour à la figuration d'après guerre à coté d'un Bernard Buffet

 

J'ai déjà écrit combien le choix du tableau qui représente Derain est discutable, c'est un euphémisme, celui du Buffet l'est tout autant. Il aurait fallu une toile moins "joyeuse" que cette femme au poulet de 1947 ( sur Buffet on peut aller sur le blog voir:  A propos de Bernard Buffet, le samouraï ). A ce propos on peut déplorer l'absence de Lorjou qui obtint la même année que Buffet le prix de la critique. Mais je regrette bien d'autres absences... 


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Les papiers découpés de Matisse


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une drolatique toile de Calder à coté de l'ombre portée d'un des mobiles de l'artiste     


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Paris, novembre 2012

 

Cette dernière photo de l'exposition où figure la Mante de Germaine Richier devant un Picabia montre combien l'éclairage de toutes ces pièces est intelligent. L'accrochage est sans reproche.

 

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Pour terminer je voudrais aborder le sujet du catalogue, un merveilleux pavé, il pèse son poids, au moins quatre kilos, on en a pour ses 39 euros. Il est composé des reproductions de la quasi totalité des oeuvres exposées, d'une chronologie mettant en regard les faits historiques et les évènements du monde des arts et surtout d'un abécédaire, mine d'informations qui curieusement corrige partiellement les partis pris et les oublis de cet "Art en guerre". On y trouve ainsi des articles sur des artistes qui sont malheureusement absents de l'exposition comme Ernst Wilhelm Nay, Dora Maar ou Mathieu... A contrario dans cet abécédaire il n'y a aucune entrée pour Gruber ou Motherwell (dont je n'ai pas compris le pourquoi de la présence) dont on voit les oeuvres

 


Robert Doisneau - Molotov cocktail, Rue du Petit Pont, Nôtre Dame Cathedral in background, 1944

Robert Doisneau -  cocktail Molotov 

, Rue du Petit Pont, Nôtre Dame

il me semble que cette image par exemple n'aurait pas dénoté dans l'exposition

La photo n'est représenté presque que par celles de Lee Miller, si on ne se plaindra pas de leur présence, bien au contraire, on peut s'étonner de l'absence des clichés de Zucca (voir le billet sur ce photographe André Zucca, photos de Paris sous l’occupation) et Schall pour la "photo collaborationniste" et surtout des images de Doisneau de Paris occupé et des imprimeries clandestine.

L'art en guerre malgré tous ses manques et défaut est l'exposition la plus passionnante que l'on peut voir à Paris en ce moment ou pourtant l'offre est pléthorique et magnifique. 

 

Pour retrouver des billets sur le blog à propos de l'occupation: 1940-1945, Années érotiques de Patrick Buisson , Trois coupes de champagne d’Yves Pourcher , L'honneur d'un homme d'Allan Massie,  André Zucca, photos de Paris sous l’occupation,  L'homosexualité et l'occupation,  Archives de la vie littéraire sous l'occupation,  Le soufre et le moisi de François Dufay , L'art en guerre au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris   

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