L’art devient précieux par métonymie

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Au fond ce qui semble l’essentiel, pour un artiste en ce siècle, c’est de perdurer dans l’être et d’imposer ses signes, quels qu’ils soient, jusqu’à ce qu’ils deviennent consubstantiels à son époque et prennent valeur de référence. L’œuvre, éventuellement, ne sera pas aimée d’abord pour elle-même, mais pour les échos de plus en plus insistants qui la désignent. L’art devient précieux par métonymie généralisée. Il n’est donc presque rien qui ne puisse faire l’objet, à un moment ou à un autre, de radicales réévaluations. On ne peut jurer de rien. C’en est presque effrayant : j’en viens à me demander si un jour je n’aimerai pas Mathieu, ou, pire, Vasarely !

 

Renaud Camus, journal romain, 1985

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xristophe 12/04/2013 03:42

Cela ne semble plus être une charge contre l'époque, en effet, dès lors qu'on le rapproche de l'autre extrait que vous citez : il admet que le regard collectif modifie l'oeuvre regardée, sans bien
sûr y toucher... "Un jour j'aimerai Vasarely, j'aurai changé d'idée..." Rien de trop génial ni d'original, comme pensée ? L'intérêt c'est plutôt la pointe d'humour à s'écrier : "Ciel quelle
horreur, moi aussi bientôt j'aimerai Vasarely!"
Pour ce qui est de Genette, je m'excuse, mais c'est lui le grand savant, le plus sérieux (malgré son éternel humour, sa poésie, son ironie) de tous les formalistes-structuralistes ; Barthes est un
génie, mais c'est un "amateur" à côté...

lesdiagonalesdutemps 12/04/2013 06:36



C'est sans doute ce coté amateur que je préfère



xristophe 11/04/2013 22:20

Surpris de voir Mr Ismau exprimer de l'admiration pour l'expression en fait confuse et quelque peu "précieuse" de Camus dans ce texte ; il est bien meilleur que lui quand il reformule son idée en
termes simplement de dogme repensé, ou revalorisé - par une nouvelle époque, une nouvelle "strate" (comme dit ailleurs Camus), un nouveau regard historique : sur la même chose, à la fois "semblable
et changée". D'ailleurs, quand on tombe sur ce seul extrait (de Camus) on peut penser que c'est une CHARGE, une satire contre notre époque (ce qui irait bien à l'auteur...) : je suis resté indécis
sur le sens de son intention, la première fois... (Et puis "métonymie", employé ici, est un luxe un peu frimeur et, à la rigueur, incorrect... C'est vrai qu'il se la joue un peu structuraliste
germanopratin à la mode qu'on a trop connue - mais qui laisse intacts, tout à fait, Barthes ou Genette...)

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 22:33



Barthes sans doute Genette c'est moins sûr. A vous lire je crois que vous ne connaissez pas les goûts de Renaud Camus en matière d'art moderne (j'hésite à écrire contemporain) le texte datant de
1985 et les propos se rapportant à l'art du XX ème siècle sont surtout contenu dans les premiers tomes de son journal ,mais je ne les ai pas tous lu, je suis dans celui de 2011 en ce moment) il
est assez difficile à suivre dans ce domaine. En gros il est pour l'abstraction et contre le figuratif. Renaud Camus déteste Léonor Fini, Combas, Ciry, Cremonini, Buffet... cette opposition avait
encore un vague sens pour certains (pas pour moi) au début des années 80 mais il semble avoir évolué sur la question puisque j'ai lu dans son journal de 2011 un avis favorable sur De Pisis (je
suis tout à fait d'accord avec lui sur ce peintre, voir le billet que je lui ai consacré). Plus qu'une charge je crois que c'est tout simplement une constatation qui soulève bien des questions et
remet en cause certaines valeurs.



ismau 11/04/2013 17:53

Cette analyse semble si pertinente et si bien exprimée ... et pourtant... qu'est-ce qui empêche l'oeuvre qui s'impose seulement par ses signes, d'avoir aussi, en plus, une valeur intrinsèque ?
En 85,avec les critères que l'on m'avait inculqué, je méprisais moi aussi Vasarely pour son caractère décoratif banalement vulgarisé, et plus encore Mathieu pour ses singeries élégantes d'un
abstrait faussement lyrique .
Depuis, j'ai totalement réévalué mon jugement, concernant Vasarely .Et contrairement à ce que dit Renaud Camus, je ne trouve pas cela effrayant, mais bien plutôt rassurant : ce n'est pas pour moi
un effet de cette " métonymie généralisée ", mais plutôt un heureux effet de relativisation des dogmes d'une époque à l'épreuve du temps .
Actuellement, en visitant la Fondation Vasarely, à Aix, on ne peut qu'être admiratif, je crois. L'architecture, voulue par Vasarely est une belle synthèse entre architecture et arts plastiques, une
véritable "sculpture lumino-cinétique" . L'intérieur est aussi très étonnant, avec la présentation de peintures monumentales incluses dans les cloisons, comme une installation dans l'espace,
offrant de multiples points de vue, rendant plus complexes ou plus lisibles ses effets optiques .
Je viens de lire que la fondation Vasarely était enfin classée, avec appel à mécénat pour la restauration des lieux, et "projet ambitieux" d'extension ...

lesdiagonalesdutemps 11/04/2013 20:54



En ce qui concerne Vasarely je suis comme vous je n'avais que mépris pour les posters de Vasarely que l'on voyait partout à la fin des années 60 et au début des années 70 c'était le seul Vasarely
que je connaissais et je n'ai pas vraiment changer d'avis sur cette production, idéale pour les salles de bain. Mais depuis j'ai découvert la production de l'artiste de la fin des années 40 et de
la decennie suivante et là c'est tout autre chose on a faire à un artiste de premier ordre dans la lignée d'un Magnelli ensuite son art s'est sérieusement dégradé en contact je pense avec le op
art mais ce n'est pas Bridget Ridley...