L'âge des lumières de Ian MacLeod

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

GIF - 51.1 ko

 

 

J'ai une lubie commune à bien des lecteurs. Lorsque j'ai aimé le livre d'un auteur, je désir impatiemment lire tous les ouvrages de celui-ci. J'ai ainsi dévoré, au cour de ma déjà longue existence, la quasi totalité de l'oeuvre de nombre d'écrivains qui n'ont qu'assez peu de rapports entre eux, à moins que vous trouviez à la liste qui suit, une ligne directrice qui m'aurait échappé. Je peux donc citer la liste des auteurs dont j'ai lu ainsi la quasi totalité des livres qu'ils ont écrits, ceci en remontant des plus anciens à ceux dont j'ai récemment exploré l'oeuvre: Cronin, Graham Green, Roger Martin du Gard, Baldwin, John Wyndham, Chester Himes, Simone de Beauvoir, Henry de Montherlant, Tony Duvert, Didier Martin, Marguerite Yourcenar, François Rivière, Angelo Rinaldi, Zoé Oldenbourg, Modiano, Edmund White Nicolas Bouvier... et toujours en cours d'escalade le sommet Murakami. Il y en a d'autres mais leurs noms ne me sont pas venus spontanément sous les doigts... J'ai rarement été déçu par ce systématisme, sinon par Golding dont je me suis aperçu après avoir ingurgité tous ses romans qu'il n'était guère que l'homme d'un seul livre, le génial « Sa majesté des mouches », ce qui suffit amplement à sa gloire.

Il a été rejoint au rayon des déceptions très récemment par Mac Leod dont je place très haut Les îles du soleil. Je me réjouissais donc de découvrir un deuxième roman de cet auteur, « L'âge des lumières » (Ces deux livres semblent constituer la totalité des livres de cet auteur, parus en France.) d'autant que ma bien aimé émission « Mauvais genre » avait fait grand cas de ce roman. Hélas que d'ennui à lire ce gros pavé de plus de 600 pages qui semble constamment hésiter entre l'uchronie et la fantasy sans jamais convaincre, même si à la toute fin de son récit Mac Leod parvient à faire retrouver chez son lecteur, l'émotion qui l'étreignait durant toute sa lecture des « Iles du soleil ».

L'âge de la lumière » nous projette dans une Angleterre où il n'y a plus ni roi ni reine, mais une société hyper hiérarchisée divisée en guildes qui sont plus ou moins l'équivalent des corporations de notre ancien régime. Ce sont les maitres de ces guildes qui dirigent le pays (l'auteur ne dit rien des institutions politiques de ce monde) ou plutôt qui gèrent l'éther, ce cinquième élément de la terre décrit par Platon existe , source d'énergie nouvelle qui a supplanté toutes les autres. Elle aurait été soudainement découverte aux alentours du XVII ème siècle. Elle a bouleversé l'ordre mondiale provoquant une révolution industrielle qui s'est ensuite figée; l'arrivée de l'éther, énergie d'un cout relativement bas, aurait annihilé toutes les velléités d'en chercher une autre. Par exemple, alors que nous devrions être au début du XX ème siècle, l'électricité n'a pas été encore inventée. Le lecteur découvre cet univers par les yeux de Robert Borow qui a une douzaine d'années lorsque débute le roman. Le garçon est le fils d'un ouvrier travaillant à l'extraction de la mystérieuse (surtout pour le lecteur) éther et d'une femme qui va mourir, suite à une longue agonie. Elle est victime des horribles mutations que provoque l'éther si on y est trop exposé (on pense bien évidemment à l'énergie nucléaire). Ce qui est arrivée à la mère de Robert au cours d'un accident sur lequel Robert va enquêter. Refusant son destin d'ouvrier, le jeune garçon s'enfuit pour Londres. « L'âge des Lumières » raconte son histoire et le rôle majeur qu'il jouera dans la dénonciation des effets pernicieux de l'éther et de la machination qui tua sa mère, avant de participer au déclenchement d'une nouvelle révolution industrielle...

Il faut beaucoup de persévérance au lecteur pour parvenir au bout de cette histoire. Il semble que Mac Leod ait d'abord écrit un roman autobiographique nous racontant son enfance dans le milieu ouvrier du nord de l'Angleterre lors de sa grande désindustrialisation (mais tout de même moins qu'en France!) dans les années 1980. Doutant de son talent et de la pertinence d'écrire une telle histoire au XXI ème siècle (pourtant sur un thème proche avec « Le fond des forêt » David Mitchell a écrit récemment un chef d'oeuvre.), il a maquillé sont histoire en la transportant au milieu du XIX ème siècle. Ce qui en faisait alors une sorte de pastiche de Dickens. Il y a dans « L'âge des lumières une réécriture de l'histoire de la première révolution industrielle de la vapeur (il y a du steampunck dans ce roman mais là encore on a l'impression que l'auteur a répugné à jouer cette carte à fond), de la domestication du gaz et de l'électricité. Mais l'exercice, même réussi, Mac Leod à les moyens littéraires pour cela, pouvant laisser le lecteur d'aujourd'hui dubitatif, il y a ajouté une grosse dose de fantasy. Une once d'uchronie (on pense parfois au Pavane de Keith Robert mais en beaucoup moins bien) mais sans vraiment préciser le moment où ce monde diverge avec le notre. Certes la qualité du style extrêmement soigné de McLeod dépasse la production courante de la fantasy mais on en enrage de voir se gâcher un tel talent à nous narrer des fariboles avec licornes et autres dragons. S'il est raté, le roman est néanmoins riche. On peut voir dans l'éther un parallèle avec l'énergie atomique. McLeod met aussi en scène une époque où superstition et magies prennent le pas ou dirigent la science et la technique. Est-ce très éloigné de notre monde qui voit le retour de l'obscurantisme religieux?

Si le livre est bien traduit par Jean-Pierre Pugi qui retranscrit bien la riche prose de Ian Mac Leod, il « bénéficie » d'une couverture particulièrement moche mais de surcroit n'a aucun rapport avec le contenu du roman.

Evitez cet âge des lumière et relisez « Les îles du soleil » chef d'oeuvre de la littérature contemporaine encore scandaleusement méconnu dans notre contrée. 

JPEG - 7 ko


Publié dans livre

Commenter cet article