Koya-san

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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Pour faire une analogie quelque peu osée Koya-san est à la fois le Lourdes et le Saint-Jacques-de-Compostelle du Japon. C'est le berceau de l’école Shingon. La bourgade est entourée de montagnes, pour continuer dans les comparaisons, ce bel endroit a un petit coté vosgien.

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Le lieu attire près d'un million de pèlerins chaque année. Il concentre plus de deux mille sanctuaires. Aujourd'hui, il en reste une centaine dont environ une trentaine de temples-hôtels dans lesquels le pèlerin et le touriste trouvent à se loger, pas de salut hors ce type de résidence; à Koya-san, les temples ont le monopole hôtelier. Avant la guerre ce concept de temple hôtel n'existait pas, ou d'une manière marginale. Koyasan n'était qu'un lieu de méditation. Le prêtre Kukai ( 774-835 ),appelé aussi Kobo Daishi, a fondé ici, outre l’écriture phonétique hiragana, le premier des monastères de son école en 816, après avoir approfondi deux ans sa formation en Chine. Sa philosophie prône une vie austère. Cette ascèse conduit à une meilleure connaissance de soi, première étape de l’Illumination. Il médite pour l'éternité à proximité de la nécropole (Okuno-in) Il y a eu jusqu’à 90 000 moines dans ces lieux. Le déclin date des Tokugawa. Subsiste aujourd’hui une université religieuse. Les temples actuels ont été maintes fois reconstruits. Ils datent pour la plupart du 19ème ou même du 20ème siècle. Ici comme ailleurs au Japon il y a pas beaucoup de constructions anciennes au sens que nous l'entendons. La notion d'ancienneté japonaise n'est pas liée pour un édifice à l'ancienneté des matériaux mais plutôt à la pérennité de sa forme. Je ne sais si cette conception est philosophique ou plus prosaïquement le fruit des évènements. Au Japon les destructions, qu'elles furent naturelles ou humaines, ont été légions (mis à part à Kyoto miraculeusement préservé durant les cinq derniers siècles tant par les tremblements de terre que par les guerres). Au Japon, on reconstruit à l'identique. Ce qui compte ce n'est pas l'ancienneté des pierres mais l'esprit du bâtiment.

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La ville de Koyasan est une petite bourgade avec des rues pentues. Elle est située au sommet d'une montagne couverte d'une épaisse forêt dans laquelle se promène quelques ours, mais si timides que même si vous vous perdez sous ces ramures vous n'aurez aucune chance de les rencontrer. Cette forêt est de plantation récente, contrairement aux arbres ombrageant la nécropole dont certains sont très vieux. Elles datent du début de l'ère Meiji car l'exploitation intensive du bois avait dénudé les collines environnantes. Il y a presque autant de boutiques que de temples d'où aussi mon parallèle avec Lourde. Dans les vitrines Un blaireau ( un Tanuki? ) jovial accueille le client. Il est considéré comme un porte-bonheur car il est réputé être un animal fidèle. Il y a aussi « le chat qui appelle », manekineko dont dans un billet précédent je vous ai raconté la légende.

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La merveille de Koyasan est sa nécropole. Il est impressionnant de cheminer sur le chemin dallé, dont il ne faut pas oublier de s'éloigner de temps en temps, sous de grands arbres qui s’élancent très haut vers le ciel. La canopée du site est peuplée d'écureuils volant. Malheureusement ils sont strictement noctambules donc aucun espoir d'en voir.

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Des stèles de pierre, très serrées, bordent l'allée. Elles contiennent les cendres des ancêtres. Les plus grandes familles japonaises veulent reposer à proximité du moine Kobo Daishi. Les petits Jizo de pierre sont habillés avec amour, comme s’ils étaient des enfants abandonnés. Parfois ces statuettes ont un bavoir autour du cou... Certains sont très décorés et accompagnés de jouets.
 Ils figurent les défunts. Malgré les couleurs chatoyantes de leurs décorations enfantines, certains de ces Jizos sont là pour commémorer la mémoire d'un enfant perdu (souvent mort in utero ou mort né), ne pouvant avoir droit à une sépulture. Ils sont aussi parfois érigés en offrandes aux enfants jamais nés... enfants que l'on aurait aimé avoir et qui ne sont jamais venus
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Les stèles peuvent être collectives. L'armée en a plusieurs. Certaines grandes firmes en ont pour leurs employés. Le jour de ma visite, un petit groupe se recueillait devant celle de Panasonique.

Beaucoup de japonais croient à la survie des esprits des morts et que ceux-ci côtoient et protègent les vivants. Ce qui explique en partie le relatif mépris de la mort des combattants japonais de la deuxième guerre mondiale.

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Je n'ai croisé que très peu de non japonais durant les heures magiques durant lesquelles j'ai arpenté la nécropole. J'ai repéré ce père avec ses deux fils adolescents, d'une famille probablement assez aisée, en pèlerinage sur la tombe de leurs ancêtres. Le père a photographié ses deux fils devant la tombe de la famille.

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Autre personnage remarquable rencontré, des pèlerins traditionnels vêtus tout de blanc, couleur du deuil en Asie, coiffés d'un chapeau sorte de grand cône très plat de paille ombrageant largement le visage et armés d'un grand bâton. On croise aussi de jeunes moines chaussés de socques de bois qui claquent sur les dalles du chemin. Ils sont sans doute plus ou moins attachés à l'entretien du site. Je me suis amusé de voir l'un d'eux courant entre les tombes et s'arrêtant brusquement pour faire une rapide courbette devant chaque statue vénérable et elles étaient nombreuses...

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Au cour de la pérégrination on passe sur un pont au dessus d'une petite rivière. Le pont la franchi, au delà il est interdit de fumer, de boire, de manger et de photographier. Il faut en outre avoir une tenue correcte. De l'autre coté de l'eau nous entrons dans un espace sacré. Il y a quinze statues de divers divinités qui attendent l’arrosage à l’aide des longues louches en bambou.

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Plus loin s'élève le temple Okuno qui a été fondé en 806. C'est le plus sacré des bâtiments du Koyasan. A l’intérieur, des centaines de lanternes des morts sont électriquement allumées. On peut déposer son offrande. Dans les temples, les lieux pour se débarrasser de votre argent sont légion, beaucoup plus nombreux que les troncs dans nos églises. Ces vide-poches semblent marcher très fort.

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Un deuxième pont donne accès au lieu dans lequel médite Kobo Daishi depuis 835.

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Beaucoup moins émouvant que l'ancienne nécropole mais beaucoup plus croquignolet est l'espace, où il n'y a presque pas d'arbres, destiné aux stèles modernes, là le kitsch règne en maitre, un peu comme dans les cimetières du sud de l'Italie.

L'hébergement dans un temple peut être très confortable et être comparable à celui dans les meilleurs hôtels du pays. A confort égal, il faut préférer les petits temples à l'abri des groupes.

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J'ai été très satisfait de celui que nous avions choisi, Fudo-in que je vous conseille chaudement. Il se trouve au bout d'une impasse d'une centaine de mètres qui débouche sur la rue principale de Koya-san. L'arrière de temple donne sur les premiers contreforts d'une colline, calme garanti.

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Le diner, comme le petit déjeuner sont exclusivement végétariens. Ceux qui me furent servit étaient très copieux. Le diner, en plus du thé vert traditionnel, peut être arrosé de bière, de saké ou des deux.

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Le diner se compose de soupe miso, de différentes légumes cuites à la vapeur ou en beignet. Il y a aussi des Tofus. Ces petits cubes lisses à la consistance un peu évanescente sont cuisinés à partir de graines de soja ou de sésame. Ils sont indispensables au régime bouddhiste, donc végétarien, car ils apportent des protéines.

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Le petit déjeuner était copieux. Dans notre temple si le diner se déroulait dans une salle à manger privée au beau décor, le petit déjeuner, bien copieux et pas très différent du diner, se prenait dans une salle à manger collective non moins bien décorée.

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Avant la collation on peut assister à l'office, ce que j'ai fait malgré l'inconfort de la position en lotus mais l'écoute des sutras (kyo) chantées vaut bien ce petit inconfort.

Pour connaître Koya-san de l'intérieur le livre de Nicole-Lise Bernheim, « Saisons japonaises, paru aux éditions Payot, est précieux. Il n'a pas le merveilleux style de « Chronique japonaise » de Nicolas Bouvier, il est un peu écrit au ras du lichen mais apprend une foule de choses sur le quotidien de Koya-san et au delà sur la vie de tous les jours au Japon.

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Koya-San, Japon, avril 2010

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