Kevin Weir

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Kevin Weir réalise des .gif animés à partir de vieilles photos inspirés par un fantastique entre Kubin et Lovecraft. C’est d'un surréalisme morbide, souvent très surprenant (il faut attendre que l’image se charge pour l’animation).

 

 

 

Przemysl Forts

 

movingthestill: Title: Krupp Von BohlenArtist: Flux Machine vote for gifs 2012

 

Comidant Eduard

 

suwalki hospital

 

prince of solms-baruth

 

peekskill

 

perils of the sea

 

 

bricks

 

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xristophe 01/02/2014 16:55

Ces disputes risquent de lasser - d'où ne sort pas trop de lumière - le sujet est trop compliqué pour être traité à l'écran... Mais après tout, nous sommes entre nous sur ces maudits écrans
(parasités en plus de pubs "morbides" !)

Mon grain de sel, que donc j'ajouterai présomptueusement, est que je n'entre pas dans l'idiosyncrasie d'Ismau pour cette fois (c'est-à-dire la façon irréductiblement "perso" qu'on a de "voir" et de
"sentir"). Il semble étrange à ma personnelle idiosyncrasie de ranger Proust et Caravage du même côté que ce petit faiseur de gadgets répugnants - dont toute la "fantaisie" consiste, et non sans le
talent du diable, à répandre la pourriture de la mort fluide qui invariablement jaillit (quelle "invention"...) de ses figurines à l'air alliciant, en fait appâts empoisonnés dont on s'approchait
avec confiance comme une petite fille le ferait d'une bombe à retardement qu'elle prendrait tout d'abord pour une poupée.
Proust est un monde, il est le monde... Il y a donc "de tout" dans cette "Recherche" où il a tant trouvé. Mais je me fais fort de montrer, avec bien peu d'efforts, que la délectation du "vivre" et
le sens du bonheur "solaire", disons, est chez lui bien plus important (et "premier", comme diraient Bachelard, Richard) que la postulation contraire. Déjà directement par jouissance "primitive"
(enfance, jeunesse) des facultés sensibles - puis comme on sait par la plongée dans la littérature, et dans son écriture.

Autre chose en passant - je ne répandrai pas d'opprobre sur Barrès, celui du moins juvénile du "Culte du moi", qui emballa même les surréalistes ! et qui fut libre et pétillant avant que de devenir
ce fameux nationaliste raide - lorrain - à quoi l'a complètement identifié, comme toujours paresseuse, la "Postérité".
"Postérité-mon-cul !", comme dirait Pierre Scheffer, né à Nancy, citant Zazie.

lesdiagonalesdutemps 01/02/2014 17:49



Il est arrivé la même chose à Barres qu'à Maurras leur engagement politique a occulté leurs autres écrits.


Je suis entièrement d'accord avec vous sur ce que vous écrivez sur Proust.



ismau 31/01/2014 23:02

Il n'y a pas, pour moi, de condamnation morale à cette « délectation esthétique » avec ce que vous jugez être morbide . L'art a le droit et le devoir de se saisir de tout pour le
transformer en une chose plaisante, ou qui soit matière à réflexion . Ici, je le redis, je pense qu'il s'agit surtout d'un jeu poétique et magique à la Méliès, qui va heureusement détourner le
tragique ou le trop sérieux . C'est donc bien le contraire d'une lourde « dénonciation », justement .
Si je me suis amusée, par provocation, à qualifier Proust de morbide, c'est qu'en effet je trouve son insistance sur la maladie, les douleurs morales, et la mort, beaucoup plus prégnantes que ne
l'imaginent ceux qui ne connaissent Proust que de loin . Les affreux détails sur le vieillissement du narrateur et de ses personnages, à la fin du Temps Retrouvé en sont la quintessence .
Pour le boeuf écorché de Rembrandt, je me souviens surtout des cris de dégoût et d'horreur de mes élèves, quand je leur montrais ce tableau . Ils ne comprenaient pas l'intérêt d'un sujet aussi
trivial, laid et malsain .
Enfin, quand Caravage peint avec délectation et de façon délectable quelques supplices, je crois aussi que beaucoup le jugeront bien trop morbide . Regardez le sang gicler du cou d'Holopherne
tranché par Judith ! Ou bien le réalisme complaisant de La Décollation de saint Jean-Baptiste, ou bien encore son David et Goliath en horrible autoportrait décapité, ou son Martyre de saint
Matthieu ...

lesdiagonalesdutemps 01/02/2014 08:11



Vous avez raison pour le temps retrouvé, mais cette dernière partie de l'oeuvre n'est pas le tout et la curiosité multiforme qui transparait dans La recherche me parait un parfait antidote à la
mobidité.


Pour l'écorché de Rembrandt il faut conseiller à vos élève d'être cohérents et de devenir végétarien qui est une option à laquelle je serais personnellement favorable si ma gourmandise qui
m'entraine vers la tombe, me l'interdisait; qu'auraient-ols dit devant l'écorché de Soutine plus terrible que celui du hollandais.


Chez Caravage cela doit être sa sensualité qui me masque sa morbidité.



xristophe 31/01/2014 19:32

Je ne leur reprocherais pas de "dénoncer" : ce serait bien le minimum, je pense, que dénoncer la guerre, le sadisme, l'horreur - et la mort même ; je m'en veux d'user de ce mot, rabâché
mécaniquement par le journalisme de : "dénoncer"... c'est que je le leur prête et je les supposais se justifiant, avec leur "bonne conscience" en pilotage automatique : "Nous dénonçons la guerre !
" etc - quand il me semble qu'ils, surtout, s'en délectent esthétiquement... (Mais, vous, Ismau, vous voyez tout cela avec les yeux de l'innocence, et sur vous le mal n'a pas de prégnance, il
semble glisser. C'est à mon tour de m'étonner - et d'admirer - aux deux sens ancien et moderne du mot !)

ismau 31/01/2014 18:23

Pour le « morbide », terme très péjoratif tout de même, il faudrait évaluer la dangereuse subjectivité et le flou du ressenti de cette morbidité ...qui peut fausser l'appréciation, et
surtout mener comme vous le dites à une certaine censure .
Beaucoup de grandes oeuvres ne sont-elles pas morbides ? Proust, par exemple, c'est vraiment morbide ! Goya évidemment ! Mais aussi Rembrandt avec son boeuf écorché et ses autoportraits
vieillissant ... et puis forcément toute la peinture religieuse, qui n'est que cela ! ( le plus superbement morbide, Caravage peut-être ... )
Au sujet des influences, et des modes littéraires, la roue ne cesse de tourner, et on ne cesse de s'en étonner . Ainsi Jules Vallès était-il au contraire exagérément mis en valeur par mes
professeurs de lycée ( de gauche bien sûr) . Nous lisions Vallès avant de lire Balzac ou Flaubert, avant même de lire Zola, pourtant très bien vu . J'ai moi aussi essayé, mais maladroitement, de ne
pas suivre ces influences obligées, en allant jusqu'à m'intéresser beaucoup à Barrès ou à Daniel Rops ! Anatole France, c'est fort dommage, était complètement oublié : personne n'en parlait jamais
.
Mais vous avez raison, même en étant conscient de cette pression, on ne peut facilement y échapper . La preuve, j'ai abandonné toute une partie de la bibliothèque de mes parents au brocanteur,
celle-là même qui recelait des livres parfois très intéressants ( je l'ai su depuis) mais dont je n'avais jamais entendu parler, simplement parce que pas de la bonne coterie, et j'ai cru naïvement
que c'était leur qualité qui était en cause !

lesdiagonalesdutemps 31/01/2014 20:56



Je ne vois rien de morbide, n'étant pas boeuf, dans le justement célèbre écorché de Rembrandt. Où voyez vous du morbide chez proust??? Et dans caravage dont la peinture religieuse est si peu
religieuse! Comme quoi la perception est bien différente selon les personnes.


Comme vous vous en doutez je ne suis pas spécialement de gauche (c'est un euphémisme) et j'ai toujours aimé valles. Je l'ai lu très jeune alors que personne m'en avait parlé, peut être parce que
j'habitais non loin de Nantes alors? J'ai lu la trilogie avec passion et je tiens L'enfant pour un chef d'oeuvre. Je trouve qu'hors toutes considérations politiques L'enfant par exemple est
beaucoup plus accessible que les romans de Balzac ou ceux de Zola et bien sûr que Flaubert. Pour aborder Flaubert il faut commencer par Bouvard et Pécuchet qui se lit très bien. C'est de loin mon
Flaubert préféré. Il faudrait que je me mette à la correspondance... Barres et Daniel Rops où l'originalité ne va-t-elle pas se nicher!


Ado j'étais un grand lecteur de policiers et de science fiction deux domaines que j'ai presque totalement abandonnés sans savoir vraiment pourquoi car il y a là aussi des merveilles comme Chester
Himes pour le noir (très drole) ou par exemple Asimov pour ses romans sur les robots (qui sont pillés comme peu d'oeuvres le sont) et Fondation bien sûr. Je ne lis plus du tout de pésie et de
théâtre ce que je faisais lorsque j'avais seize ans. On est tellement solicité par les nouveautés que l'on risque de passer à cause de cette néophilie toujours encouragée, à coté d'oeuvre
importantes.



ismau 30/01/2014 21:22

Moi, j'aime beaucoup ! Et en plus c'est très bien réalisé ! Belle découverte ... je ne comprends vraiment pas les réactions négatives de Xristophe ... L'idée n'est pas de « dénoncer », ou
d'être « réaliste » ( surréalistement ? ) mais de jouer !
A la manière des collages de gravures de Max Ernst , c'est un jeu avec le fantastique, qui s'apparente aussi avant le surréalisme, à un certain romantisme noir . Il crée une distance, beaucoup plus
humoristique ou poétique que sinistre à mon avis .
Je le rapproche aussi de l'absurde, et du détournement de cartes postales anciennes, des suisses Plonk et Replonk ( mais non, ce sont deux frères ! )

lesdiagonalesdutemps 31/01/2014 07:12



Je dois dire que j'ai hésiter à mettre ces images sur le blog où j'essaye de bannir ce qui pourrait être par trop morbide. C'est une réelle autocensure de ma part. Alors que j'ai beaucoup aimé ça
dans ma lointaine jeunesse. A l'époque j'étais un grand fan de Lovecraft. Je le suis un peu moins aujourd'hui même si je le relis parfois. Il y a eu quelques exceptions en raison du talent du
peintre ou du collagiste. Vous avez raison de rapprocher ces détournements de Max Ernst mais là encore ses collages me mettent assez mal à l'aise. Je trouve que Kevin Weir dont je ne sais rien
est plus proche de Kubin que de Max Ernst.


Tout autre chose


Ce matin en écoutant la matinale de France-Culture dont l'invité était Edouard Louis pour son livre Eddy Bellegueule (livre que je ne devrais pas tarder à lire) j'ai repensé sur votre anecdote
sur votre ami étudiant lettré qui ne pouvait situer chronologiquement Henry de Montherlant si cela m'etonne toujours ce matin l'excellent chroniqueur Brice (?) je ne retrouve pas son nomi quel
ramollissement cérébral, comparait le livre d'Edouard Louis avec la trilogie de Valles (l'enfant...). Le jeune auteur en passe d'être agrégé ou déjà titré avaouait n'avoir jamais lu Valles, pas
plus que Calaferte qu'il paraissait totalement ignorer. En revanche il citait Didier Eribon (dont il a été l'élève ) pour son Retour à Reims et les livres d'Annie Ernaux (2 auteurs chroniqués
dans le blog) puis Beauvoir, Genet, Sartre... Autrement dit des ouvrages estampillés par l'air du temps (ouvrages qui ne sont pas forcément mauvais pour cela d'ailleurs). On voit par là qu'il y a
une sélection faite par l'intelligentia, la mode, les média... Et qu'il est difficile d'échapper à cet air du temps ce qu'essaye de faire ce blog qui essaye de parler de ce quoi on ne parle pas
ailleurs (pas toujours bien sûr, ne m'interdisant peu de choses). Mais je fus en mon jeune âge semblable sur les influences et lectures comme Edouard Louis. Je lisais très peu des écrivains
prisés naguère comme Giraudoux, Morand (que j'ai lu beaucoup plus tard) Anatole France, dont j'ai lu assez peu, Mauriac... et bien d'autres. Je me suis ensuite un peu rattrappé pour certains...
Pour dire qu'il est difficile même pour des gens qui s'intéressent aux lettre d'échapper à la doxa ambiante et qu'il faut être vigilant contre cette censure sournoise de l'esprit. Lisont Jacques
Perret par exemple dont on ne parle plus et qui vaut une quirielle d'écrivains du jour qui encombre les librairies.



xristophe 30/01/2014 14:16

Ah le surréalisme, décidément... le "morbide" en tout cas... se délecter de l'horreur sous couleur - fort grise - de la "dénoncer" - ou bien, pire, de s'affirmer surréalistement "réaliste" et
les-pieds-sur-Terre... Depuis ces talentueuses images inanimées-mouvantes (mouvance ressemblant toujours à l'arrivée de la pourriture et de la mort) jusqu'à l'antique Lautréamont-Ducasse - ou le
contraire... Eh bien ! moi, j'm encore mieux... "Pierre et Gilles" !!!

lesdiagonalesdutemps 30/01/2014 15:18



Vous voyez bien que les pimpantes oeuvres de Pierre et Gilles sont un indispensable contre feu aux grisailles morbides surréalisantes, en l'occurence celles de Kevin Weir sont très 1900