Journal d’un voyage en France par Renaud Camus

Publié le par lesdiagonalesdutemps


2010067819Certains livres dorment des années dans une de mes bibliothèques, avant que je les réveille, sans que je sache le pourquoi de leur si long sommeil, ni de mon intérêt soudain pour eux. Ce fut le cas du “Journal d’un voyage en France de Renaud Camus. Ce volume m’avait été offert, peu de temps après sa parution, par un ami d’alors, Guy B.. Qu’est devenu celui qui dans un de ses poèmes parlait de vaches en jachère ?
Comme son nom l’indique, le livre narre, au jour le jour, un voyage en France et plus précisément dans le centre et le sud du pays, durant deux mois, du 15 avril 1980 au 15 juin de la même année.
Sur plus de cinq cent pages Renaud Camus mêle descriptions de paysages et de châteaux et recensement de ses plans culs avec la même scrupuleuse précision; ajoutons que l'ouvrage, remarquablement édité possède, en fin de volume un index des personnes, personnages et oeuvres sités et un autre des lieux visités ou nommés. Ce mélange d’érudition patrimoniale et de drague ressuscite des mondes aujourd’hui complètement disparus, celui de la baise homosexuelle en toute insouciance, presque à toute heure et partout et celui d’une province érudite, celle des sociétés savantes locales. Un temps, à en croire ces pages, où tous les pédés étaient moustachus et où certains pans du territoire avaient su garder leur charme quatrième république...
Cour intérieure de l'Hôtel de Chazerat (XVIIIe s.) au 4, rue Blaise Pascal à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme, France) par Denis Trente-Huittessan
"La plus belle maison de Clermont, la seule en tout cas qui témoigne d'une civilisation un peu douce, policée, raffinée..." (Renaud Camus, Journal d'un voyage en France, page 98).
Château de Tournoël, près de Volvic (Puy-de-Dôme, France) par Denis Trente-Huittessan
chateau de Tournoel.
Une des profondeurs du livre, que l’on pourrait assimiler à la profondeur de champ d’une photographie, est donnée par le fait que l’écriture du texte se fait en trois temps, la première mouture est prise sur le vif, la seconde consiste, le soir même ou le lendemain, dans la mise au net des notes écrites à chaud, et la troisième se situe lors des corrections des épreuves, quelques mois plus tard, début 81.
Château de La Barge (XIVe s. - XVIIIe s.) à Courpière en Forez (Puy-de-Dôme, France) par Denis Trente-Huittessanchâteau de la Barge. 
Si la promenade n’est jamais ennuyeuse, certaines pages sont néanmoins assez déconcertantes; comme celles dans lesquelles des considérations architecturales, presque toujours passionnantes, sont interrompues par des bouffées de souvenirs de l’auteur, parfois quelque peu absconses pour le lecteur qui ne partage pas toutes les vésanies de l’auteur. Ces ruptures, on comprend pourquoi Renaud Camus, je ne sais plus où, fait un éloge de l’ anacoluthe, sont parfois l’occasion de  coq à l’ âne savoureux. C’est dans ces passages que le texte offre ses plaisirs les plus incongrus comme cette déploration de la disparition du mot socquette du grand Larousse. Renaud Camus tiendra à rassurer son lecteur marri d’un tel vide, quelques pages après, il avait mal orthographié le mot omettant le C! Ce qui l’avait empêché de retrouver l’humble cache pied dans le docte volume...
Ancien collège des Jésuites (XVIIe-XVIIIe s.), rue Maréchal Joffre, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme, France) par Denis Trente-Huittessanancien collège des jésuites à Clermont Ferrand,
Outre l’ intérèt de guide, un guide qui, comme les petits volumes carmins passés des anciens guides Baedeker fait revivre un passé, un pays qui nous parait d’autant plus désirable qu’il a été englouti. Le livre, pour le lecteur camusien, pour ma part je suis loin d’avoir arpenté tout le massif des oeuvres de Renaud Camus, permet aussi de découvrir son écrivain favori mettant au point, sans le savoir, la recette de ses journaux, qui seront son principal fond de commerce. Il ne faudrait pas voir dans cette dernière expression une quelconque connotation péjorative, qui curieusement elle a fini par prendre... Pourtant quoi de plus respectable que de tenir un fond de commerce dont le chaland sort comblé. Mais pour cela encore faut il  que le magasin possède un riche stock. Tel est bien le cas pour tous les journaux que Renaud Camus nous livre maintenant régulièrement depuis une quinzaine d’années. Le “stock” de ces précieux journaux, à commencer par celui de ce premier, tout du moins chronologiquement paru, est son immense culture dans des domaines très divers et parfois assez inattendus.
Château de Busséol (Puy-de-Dôme, France) par Denis Trente-Huittessanchâteau de Busséol.
Plusieurs points me surprennent dans ce journal, tout d’abord le fait que Renaud Camus se vive, à l'époque, comme un homme de gauche, ce que visiblement, à le lire, il n’a jamais été. C’est curieux cette propension qu’on de nombreux hommes de droite, ou d’ailleurs, à s’imaginer de gauche... Est-ce par confort intellectuel? Dans un tout autre domaine, dans ce livre, on voit notre diariste baiser “à couilles rabattues”, ce qui ne surprend pas le lecteur de “Tricks” mais ce qui m’ étonne c’est qu’aujourd’hui, du moins dans ce que j’ai lu, Renaud Camus ne se sente pas une sorte de survivant du sida, impression, (posture?) que j’éprouve souvent lorsque pour ma part je regarde vers le passé, et position que j’ai ressenti par exemple chez Téchiné dans son film, “Les témoins”.
Le Manoir de Bélime, près de Courpière (Puy-de-Dome, France) par Denis Trente-HuittessanLe manoir de Bélime (Courpière).
Page 344 du livre, en creux, par les lignes suivantes, l’auteur dit bien ce qu’est son ouvrage: << Les guides habituels paraissent toujours destinés à de purs esprits, et l’oeuvre de corps glorieux. Le réalisme est dans le subjectif, l’humeur, l’accident, le désir satisfait ou pas, à quelque ordre qu’il appartienne.>>.
Chalain-d'Uzore, en Forez (Loire, France) par Denis Trente-HuittessanChalain d'Uzore en Forez.
On peut écrire bien des choses à propos des différents volumes du journal de Renaud Camus à commencer sur “Le voyage en France” qui est la première pierre de cette grande oeuvre, mais le plus important est que dans tous les tomes de ses journaux et dans les albums des “Demeures de l’esprit", Renaud Camus apprend à ses lecteurs à voir.
Prieuré (Xe s.) de St-Romain-le-Puy (Loire, France) par Denis Trente-Huittessanprieuré de saint Romain-le-Puy.
Nota: mis à part, la reproduction de la couverture du volume, j'ai choisi pour illustrer ce billet des photos de Denis Trente-Huittessan qui, pour les trente ans de "Journal d'un voyage en France", semble avoir mis ses pas dans ceux de Renaud Camus, en ayant l'ambition d'illustrer l'ouvrage, comme le fait aujourd'hui Renaud Camus lors de ses plus récents voyages. En cliquant sur Le projet de Denis comme le nomme l'excellent Véhesse, vous pourrez découvrir de nombreuses autres photographie.
Pour retrouver Renaud Camus sur le blog
Château d'Essalois (Loire, France) par Denis Trente-Huittessanchâteau d'Essalois. 

Commentaires lors de la première édition du billet

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Cher Monsieur,

Vous êtes cordialement et chaudement encouragé à rejoindre - si ce n'est pas déjà fait- Flickr et à contribuer abondamment au groupe:


Très à vousn
D. T.-H.

Posté par Denis 38100, 03 novembre 2009 à 19:24
Comme vous le dites, dans ces années, la drague était insouciante et facile dans les lieux publics, non seulement parcequ'il existait encore des "tasses" (vespasiennes pas très propres) ou des wc publics gratuits (ex : gare du nord), mais aussi des jardins et divers lieux à Paris comme en Province presque sans dangers où s'aventuraient de jeunes hétéros ou fils de familles modestes et nombreuses ( chtis, normands etc) et qu'il-y-avait aussi des gigolos amateurs jeunes, français et honnêtes.Ah ! Nostalgie !!!
Posté par ptitlouison, 06 novembre 2009 à 17:25
Comme vous le dites, dans ces années, la drague était insouciante et facile dans les lieux publics, non seulement parcequ'il existait encore des "tasses" (vespasiennes pas très propres) ou des wc publics gratuits (ex : gare du nord), mais aussi des jardins et divers lieux à Paris comme en Province presque sans dangers où s'aventuraient de jeunes hétéros ou fils de familles modestes et nombreuses ( chtis, normands etc) et qu'il-y-avait aussi des gigolos amateurs jeunes, français et honnêtes.Ah ! Nostalgie !!!
Posté par ptitlouison, 06 novembre 2009 à 17:25

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