Jean-Marie Le Clezio ou le Nobel immérité

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Dans “Le Monde” daté du 19 et 20 octobre 2008, Frédéric-Yves Jeannet, professeur de littérature de son état, sous le titre polémique, “Jean-Marie Le Clezio ou le Nobel immérité”, titre que je reprend car je l’approuve pleinement. Mais en revanche je me désolidarise des raisons pour lequel se docte professeur fustige le malencontreux choix de ces messieurs dames du Nobel. Pour Jeannet c’est la forme et non le fond des romans de Le Clezio qui pose problème. Mais la grande faute du comité Nobel n’est pas à mon sens d’avoir primé un romancier devenu médiocre mais d’honorer un des chantres du pernicieux message tiers mondisme, thèses que l’écrivain propage aussi bien dans ses romans que dans ses interviews depuis des années. Il est tant de dénoncer cette guimauve guindée, devenu la doxa de l’occident qui ne semble donner la parole qu’aux porte-parole de ce que l’on devrait considérer comme les membres, certes presque toujours inconsciemment, d’une véritable cinquième colonne intellectuelle.
On sait bien que depuis des années l’attribution du Nobel de littérature se fait beaucoup plus sur des critères politiques que littéraire. Ce qui excluait cette année qu’un écrivain américain soit couronné. En cela Le Clezio est en effet le candidat idéal représentant ce que j’appelerai le nouvel esprit munichois c’est à dire cette lâcheté occidentale qui est prête à tous les reniement au nom de bons sentiments qui nous aveuglent sur l’avenir.
Quittons le métapolitique pour en revenir à la littérature. Jeannet donne comme critères absolus pour recevoir le prix Nobel de littérature que l’écrivain primé doit avoir une oeuvre universelle et qu’elle soit novatrice dans son style.
Là encore on voit apparaître une nouvelle perversion intellectuelle, après le “munichisme”, la néophilie! Tout sauf la tradition, voilà un autre mot d’ordre qui mène l’occident autant vers l’ abîme que sa manie masochiste de la repentance.
Passons sur l’universalisme ce qui interdirait de fait d’honnorer les poètes dont presque toutes les œuvres ne survivent pas au filtre de la traduction, pour revenir sur l’obligation, pour accéder à l’Olympe de la littérature, que l’impétrant soit un styliste novateur. A ce titre presque tous les Nobel sont iniques! Et je ne vois guère à cette aune de nobélisable à l’horizon. Qui peut prétendre sérieusement que Sartre ait modifier notre regard sur la langue française ou que Marguerite Yourcenar ait révolutionné la syntaxe. Et en ce qui me concerne se sont deux auteurs nobélisés que je lis avec plaisir et profit plus que Claude Simon, denier prix Nobel français avant Le Clezio, porté au pinacle par Jeannet. Voyons maintenant ce que propose le professeur comme étant les possibles futurs prix Nobel français, Michon, Cixous et Ernaux! Je voudrais bien savoir en quoi Ernaux, dont le dernier livre est fort intéressant, a renouvelé l’écriture du français. Si mes lecteurs ont des lumières sur le sujet, surtout qu’ils me les fassent partager car je suis dans la totale obscurité à ce sujet.
Depuis la mort de Julien Gracq, grand classique plus que novateur, Modiano est le seul (hélas) écrivain français méritant le nobel.

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Jean-Luc PENICAUD 11/10/2013 19:52

Mon pauvre monsieur, vous ne lisez pas beaucoup d'écrivains français contemporains pour décréter que seul Modiano mérite le Nobel !!! Je vous invite à découvrir une littérature française
immensément riche et variée qui ne souffre que du masochisme hexagonal: haine de soi et de ses talents, paresse des critiques et des éditeurs qui ne mouillent pas leur chemise comme autrefois pour
faire valoir dans le monde des oeuvres magnifiques: François BON, Anne-Marie GARAT, Pierre BERGOUNIOUX, Régis JAUFFET, Richard MILLET, Antoine VOLODINE, Annie SAUMONT, Frédérick TRISTAN, Jacques
PERRY, Jean JOUBERT, Christian OSTER, Alain NADAUD, etc... Il faut lire avant de juger!

lesdiagonalesdutemps 11/10/2013 22:55



Malheureusement mon bon monsieur j'ai justement lu ceux là et si je vous suivrais pour Anne Marie Garat, cette dernière ayant certainement d'ailleurs un peu trop lu Les pitre, admirable livre sur
un Limousin noir de Millet, ainsi que pour François Bon et son émouvant Mécanique, j'irais jusquà Alain Nadaud dont j'avais beaucoup aimé jadis "Son archéologie du zéro", auteur que j'ai sans
doute eu tort de perdre de vue, en revanche je vous laisserais les autres en particulier la littérature à l'estomac (il faut l'avoir bien accroché) de Régis Jauffret et d'Antoine Volodine.
Frédérick Tristan génère chez moi un ennui profond. Quand à Oster, il est un peu trop calibré "Minuit" pour moi.  Je dois dire que je n'ai rien lu de Jean Joubert ni d'Annie Saumont pas plus
de Régis Perry. Je ne m'excuse pas de mon inculture puisque vous l'avez déjà si bien constatée mais je doute que les auteurs cités aient une oeuvre comparable à celle de Modiano. Comme vous
suggérez, avec raison qu'il y ait en France des auteurs qui ne soient pas reconnus à leur juste valeur laissez moi proposer quelques noms, pour les vivants François Rivière, Claude Michel Cluny,
Angelo Rinaldi, Didier Martin et pour les morts Jacques Perret, Augerias, Tony Duvert, Alphonse Boudard.


Bonnes lectures