J. Edgar de Clint Eastwood

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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USA, 2012

 

 

Réalisation: Clint Eastwood, image: Tom Stern, décorateur: James J. Murakami, costume: Deborah Hopper, montage: Joel Cox, Gary D. Roach, musique: Clint Eastwood

 

avec: Leonardo DiCaprio, Naomy Watts, Armie Hammer, Judi Dench, Ken Howard, Dermot Mulroney, Josh Lucas, Denis O'Hare, Josh Hamilton, Geoff Pierson, Cheryl Lawson, Ed Westwick

 

Résumé

 

Biopic de J. Edgar Hoover

 

Critique:

 

J. Edgar embarrasse considérablement la critique, que l'on pourrait qualifier d'officielle, comment reconnaître que l'un des plus grands cinéastes d'aujourd'hui est un homme de droite, nostalgique du conservatisme d'antan, un conservatisme très différent de la droite américaine actuelle, celle du tea party et des ultra-religieux. Je considère Eastwood comme un anarchiste de droite.

J. Edgar est une réhabilitation assez paradoxale de J. Edgar Hoover inventeur du F.B.I, qu'il a dirigé durant presque un demi siècle et grand promoteur de la police scientifique. Ce sont d'abord ces points positifs de la longue carrière d'Hoover que l'on retient du film et le réalisateur à tout fait pour cela. Ignorant complètement les liens très complexes qu'Hoover entretenait avec la mafia, faisant passer à la trappe de son scénario des personnages aussi importants dans l'histoire américaine que Joseph Kennedy ou McCarthy, ce dernier est évacué en une réplique peu amène, et euphémisant les pressions qu'exerçait Hoover par le moyen du chantage sur la classe politique américaine (et très probablement sur beaucoup d'autres personnages de premier plan); certes ses victimes n'étaient les blanches colombes qu'ils voulaient paraître et comme le suggère le film c'était pour le bien de l'état et la sauvegarde de l'ordre que le patriote Hoover leur rappelait qu'il possédait des dossiers compromettants sur eux.

 

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La bienveillance de Clint Eastwood pour Hoover est d'emblée affichée par le choix de l'acteur devant le ressusciter. Prendre Di Caprio, l'ancien « petit fiancé » de l'Amérique est significatif, grâce à ce casting nous entrons dés la première scène en empathie avec le personnage d'autant que Di Caprio fait une composition inoubliable. Il est le seul acteur pouvant être crédible dans une biopic qui se déroule sur un demi siècle. Il l'avait déjà démontré en interprétant le rôle d'Howard Hughesdans Aviatoroù il poussait la névrose déjà très loin. Di Caprio, même vieilli est beaucoup plus beau, tout en étant grâce à un extraordinaire maquillage, assez ressemblant que le véritable Hoover qui, s'il faut chercher une ressemblance avec un acteur hollywoodien, était plutôt le sosie de feu Robinson. Ce choix renforce également l'ambiguité sexuelle d'Hoover, l'acteur ayant en lui une certaine féminité. Auparavant Hoover avait été incarné par des parangons de virilité comme Broderick Crawford dans « The private lives of J. Edgar Hoover de Larry Cohen en 1977, Ernest Bornine dans Hoover de Rick Pamplin en 2000 ou Bob Hoskins dans le Nixon d'Oliver Stone en 1995.

Le titre déjà nous renseigne sur l'orientation du film; il n'y figurent seulement que les prénoms du personnages alors que son patronyme est absent, ce qui signifie que l'on va s'intéresser à la personne privée et non à l'homme public, ce qui est paradoxal puisque tout le film nous montre un homme qui a sacrifié son intimité à ce qu'il croyait être son devoir et qui tournera à l'obsession protéger l'Amérique du communisme qui n'est pas pour lui une opinion mais une maladie!

Le scénario a pris comme pivot central la relation, ici décrite comme clairement amoureuse, entre Hoover et son adjoint Clyde Tolson à ce petit ménage on peut ajouter la classique figure de la secrétaire amoureuse de son patron, Helen Gandy. Devant ce troisième coté de ce trio amoureux je ne peux m'empêcher de jouer au Lacan du pauvre puisque secrétaire peux se décomposer en secret et taire, ce qui s'applique on ne peut mieux à Helen Gandy qui détruit tous les dossiers secrets de Hoover immédiatement après sa mort.

Cette lecture très gay studies de la vie de J. Edgar Hoover ne surprendra pas quand on sait que le scénario est l'oeuvre de Dustin Lance Black qui a aussi écrit celui du film de Gus Van Sant, Milk.

 

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La lecture très freudienne de l'existence d'Hoover par Dustin Lance Black avec l'énergie nourrie par la frustration sexuelle issu d'un complexe d'oedipe non résolu semble tout expliquer pour lui. Ainsi on ne sait rien du milieu social de la famille de l'inventeur du F.B.I. Comme apparaît fugitivement au début une petite nièce et que sa mère parle de ses fils au pluriel on peut supposer qu'il avait un frère et quid du père. Quant à Tolson et Helen Gandy, ils ne semblent exister que par Hoower et seulement à partir de leur rencontre avec ce dernier.

Une scène, presque à la fin du film, sauve le scénario d'une lecture par trop univoque de la vie d'Hoover, celle dans laquelle Tolson dit à son ami de quarante ans qu'à lui il ne peut mentir et dénonce tous les arrangements qu'Hoover a fait dans la relation de sa vie et en public avec la vérité. On s'aperçoit alors que tout ce qui nous a été montré est ce que voulait nous faire croire Hoover, comme le Citizen Kane de Wells, auteur et victime de son propre mythe, le doute s'installe chez le spectateur et le film prend sa véritable épaisseur...

Je fais faire une petite incise généraliste à ce billet pour redire une fois de plus que résumer cinquante ans d'une vie aussi extraordinaire que celle d'Hoover est une gageure intenable même pour un Clint Eastwood, même avec l' équipe aussi brillante qu'il est parvenue à réunir pour ce film. Le bon médium pour une telle entreprise est la série télévisée, voir combien par exemple il faut d'heures à la série des Tudor pour mettre en scène la vie d'Henry VIII, devant laquelle pourtant on ne s'ennui jamais.

 

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Une fois encore devant un tel film, je me demande ce que peut apprécier un spectateur qui n'aurait pas une bonne connaissance de l'histoire moderne des Etats-Unis car le scénario emprisonné dans les contraintes de la durée du film procède souvent par ellipse ou fait l'impasse sur d'importants épisodes de la vie d'Hoover, donc de l'Histoire américaine puisque les deux ont été intimement liées durant cinquante ans en particulier sur l'assassinat de John Kennedy. Cet épisode tragique est au centre d'une autre oeuvre sur Hoover, le livre « La malédiction d'Edgar » de Marc Dugain qui préparerait une adaptation cinématographique de son ouvrage. De même que les relation d'Hoover avec la mafia ne sont qu'évoquées que d'une façon quasiment subliminale. Cette relation extrêmement compliquée entre Hoover et le crime organisé est également bien mise en évidence dans la « Trilogie américaine » de James Elroy qui avance que la mafia tenait Hoover par des photos compromettantes le montrant en travesti.

Cinématographiquement la réalisation d'Eastwood est très propre. Néanmoins elle n'offre pas des images exceptionnelles comme beaucoup de ces derniers films en contenaient. Les responsables des costumes et des décors n'ont commis, à ma connaissance, aucun anachronisme ni dans l'image et plus difficile dans le comportement des personnages. Le directeur de la photo a donné une dominante brune à la plupart des scènes celles-ci se passant en grande majorité à l'intérieur. Il est dommage que le film soit systématiquement sous-exposé avec une multiplication de passages se déroulant la nuit. Souvent par exemple DiCaprio à le visage à moitié dans l'ombre.

 

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La construction du film est complexe faite, de flashbacks à différentes époques, dans une narration éclatée. Ce qui pourtant ne nuit pas à la lisibilité du film grâce à des transitions habiles comme celle où Hoover et Tolson entrent dans un ascenseur jeunes pour en sortir le plan suivant vieillis de trente ans.

Comme toujours dans des films mettant en scène des personnages historiques, surtout lorsque leur physionomie est très célèbre ou encore dans notre mémoire, je suis gêné par le manque de ressemblance entre l'acteur qui incarne la figure historique et celle-ci. La plupart du temps Clint Eastwood a élégamment esquivé le problème en ne faisant pas apparaître à l'écran ainsi on ne voit ni Roosevelt, ni Johnson, ni John Kennedy, parfois on les entend, le réalisateur usant d'habiles stratagèmes qui ne sont certes pas neuf comme de les faire parler derrière une porte ou au téléphone. Il aurait du continuer et ne pas faire apparaître Nixon et Bob Kennedy joués par des acteurs bien peu ressemblant à ceux à qui fugitivement ils font revivre. Il me semble que pour des scènes aussi courtes, il faut privilégier la ressemblance.

Autre problème d'image le vieillissement des acteurs dans une histoire qui se déroule sur un demi siècle. Si celui de DiCaprio est réussi; Naomy Watts semble traverser le temps en subissant bien peu d'outrages. Mais la transformation d' Armie Hammer, qui joue Tolson est pénible à voir. Jeune il ressemble à une gravure de mode signée Leyendecker et à la fin du film, il en fait beaucoup en parkinsonien vibrant. Son apparition en momie, est difficilement regardable.

 

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J. Edgar n'est pas le plus grand film d'Eastwood, tout en étant l'un des plus ambitieux et des plus courageux, mais il ne peut qu'intéresser ceux qui s'intéresse à l'Histoire et à la politique américaine d'hier et d'aujourd'hui.

 

http://www.imdb.com/title/tt1616195/~~V 






 

Clint Eastwood sur le blog: pour se souvenir de Clint Eastwood sur les Champs Elysées    

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