J’AI PAS SOMMEIL, un film de Claire Denis

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

France, de Claire Denis, 115 mn, 1993

 

Réalisation: Claire Denis

 

avec: Line Renaud, Béatrice Dalle, Katerina Golubeva, Richard Coucet, Vincent Dupont, Alex Descas, Sophie Simon, Irina Grejbina, Vincent Dupont, Patrick Grandperret, Tolsty, Laurent Grevill, Ira Mandella-Paul

 

 

Résumé

 

Un mystérieux tueur de vieilles dames sévit dans le 18 éme arrondissement de Paris et terrorise le quartier. Une jeune femme, Daiga (Katerina Golubeva) arrive de Vilnius au volant de sa vieille voiture. Elle retrouve une lointaine parente, Mina qui l’installe dans le modeste hôtel dans le 18 éme arrondissement de son amie Ninon (Line Renaud) qui anime un club de self-défense pour dame du troisième age. Daiga veut joindre Abel, un metteur en scène qu’elle a connu à Vilnius et qui avait alors promis de l’aider. Par ailleurs, un antillais, Théo (Alex Descas), vivant seul avec son enfant, travaille comme menuisier, faute de pouvoir vivre de sa musique. Il rêve de rentrer dans son pays, mais Mona (Béatrice Dalle) sa femme, refuse de le suivre et veut reprendre son fils. Théo a un frère, Camille (Richard Coucet) dont il ignore la vie privée. Camille est homosexuel et vit avec son amant, Raphael, dans l'hôtel de Ninon. Il fait un numéro de travesti dans une boite gay et se prostitue à l’occasion. Mais surtout le tueur c’est Camille! Parfois il va chercher du réconfort auprès de son frère, comme le jour où il apprend qu’il est atteint du sida. Ninon se prend de sympathie pour la jeune lithuanienne et l’emploie dans l'hôtel. Daiga, qui ne parle pas français, regarde et comprend que Camille est le tueur en série. Tandis que Daiga l’observe, la police resserre son étau autour de lui. Quand il se laisse arrêter en douceur, Daiga se rend dans sa chambre et prend tout ce qu’elle trouve. Elle repart aussitôt en Lituanie, emportant l’argent volé lors des meurtres.

 

 

L'avis critique


 

Claire Denis a transposé un fait divers réel: l’affaire Paulin; un homo antillais, travesti de cabaret, prostitué occasionnel qui assassina pour les dépouiller une vingtaine de vieilles dames entre 1984 et 1987. Il fut arrêté et inculpé avec son complice qui était aussi son amant. Il mourut en prison du sida, avant d’être jugé.

 


Claire Denis a composé son film comme une suite de patchwork avec comme fil rouge, qui semble bien artificiel, les déambulations de la jeune lithuanienne. De nombreuses scènes pour réussies soient-elles, semblent extérieures au film, comme celle où Ninon, Line Renaud remarquable de pétulance, professe un cours de self-défense. Il semble que la réalisatrice constamment fuit, par peur de l’affronter, quoi qu’elle en dise, le vrai sujet de son film: le portrait de ce tueur (Richard Coucet, un acteur non professionnel qui crève l’écran) à la fois beau, charmeur et complètement amoral. La réalisatrice déclare pourtant: << La prise de corps c’est vraiment la seule chose qui m’intéresse. C’est assez intimidant, surtout quand c’est le corps de l’homme. Je ne peux pas dire que j’avais peur du sujet de J’ai pas sommeil mais du début à la fin, je me suis posée des questions sur le regard qu’on pouvait porter sur un projet comme celui-là. Le corps du délit, le corps de Camille, a été évidemment un objet d’observation, un mystère>>.

On sent que le film veut réinventer le film noir très urbain, L’histoire d’un sérial killer croisant d’autres personnages au hasard des tracés du destin et des rues parisiennes. Tissé de faits divers, d’ambiances contrastées, et de moments de vie, quotidienne ou criminelle, le film réinvente le paysage de la fiction dans le cinéma français. J’ai pas sommeil marque l’affirmation d’un regard intense et personnel...Le climat est absolument anti dramatique et la mise en scène ne propose jamais au spectateur la moindre possibilité, ni d’identification, ni de rejet violent, encore moins de libération par une quelconque catharsis.

J’ai pas sommeil propose une vision troublante d'un état du monde actuel, un monde assoupi, anesthésié, cacochyme, composé de victimes et de petits bastions mesquins repliés sur eux mêmes, leur argent ou leur culture, leurs mensonges et leurs clichés. Seule une représentante du passé (très réjouissante Line Renaud) incarne la mémoire d’un rapport au monde plus actif, plus en prise sur les choses: elle pourrait remplir la fonction de mentor, si seulement il y avait quelqu’un à qui transmettre cette mémoire. Les personnages du film, car il y en a, viennent de l’extérieur (des pays de l’Est et des anciennes colonies françaises). Ce sont des guerriers, ils ont avec eux la vie et la mort, la danse et la faim, l’art et le travail, la famille et la beauté, et d’infinies figures d’ambiguité. J’ai pas sommeil montre clairement ces personnages (une sauvageonne balte, un ouvrier et un assassin noir) comme des entités rebelles, déstabilisatrices, entrées dans la ville épuisée à l’ombre du clocher qui célébra l’écrasement de la Commune, le Sacré-Coeur, pour y semer le désordre et se repaître d’un trop vieux monde. Totalement dépourvu d’effet de manche, d’une implacable violence sous les apparences d’une grande douceur, un film aussi dérangeant ne pouvait que susciter un rejet massif. Ce qui n’a pas manqué.>>

Alors que tout est filmé d’une manière froide,le film n’existe vraiment que dans une sublime séquence érotique dans laquelle Camille, le tueur, fait son numéro dans une boite gay, le corps luisant, à demi-nu, séquence qui n’est pas sans rappeler celle où Isaac de Bankolé dans le premier film de Claire Denis: Chocolat soulève brutalement sa patronne blanche. On peut s’interroger sur le fait que le cinéma français n’ai pas su ensuite réutiliser une nature de la force et de la singularité de Richard Coucet. Est ce seulement un manque de clairvoyance et d’intelligence? Même s’il faut bien admettre que J’ai pas sommeil n’est pas complétement réussi, il possède une telle audace dans le choix du sujet et une telle ambition dans son traitement, qu’il est évident qu’il est un des films important du cinéma français des années 90.

Claire Denis excelle dans ce film comme dans Beau travail, mais dans ce dernier ce sont des corps blancs, a faire ressentir toute la violence animale contenue dans un corps mâle et l’on ne peut que penser à une autre femme cinéaste pour avoir aussi bien sublimé le corps masculin, c’est Leni Riefenstahl.

Sébastien Lifshitz en 1995, juste avant le tournage de Nenette et Boni (avec l'excellent et sensuel Grégoire Colin), a réalisé un très bon documentaire sur Claire Denis: Claire Denis, la vagabonde .

 

 



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Pour retrouver Claire Denis sur le blog: BEAU TRAVAIL     

Publié dans cinéma gay

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