Ivan Albright

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Chair, 1928
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Je serais surpris que les peintures d'Ivan Albright qui n'était pas le plus joyeux drille des peintres du XX ème siècle, ne vous évoque l'oeuvre d'un peintre plus célèbre que lui, celle de Lucian Freud. Ivan Albright a la particularité d'être sans doute le seule peintre ayant connu une célébrité (éphémère bien qu'il n'ai jamais vraiment été méconnu) grâce à un film, l'adaptation par Albert Lewin du portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde. Il est douteux que Freud ait pu ignorer ce film et donc le tableau d'Albright. Ce qui me ramène à la question de la nouveauté en art que j'évoquais dans une réponse à un commentaire. Rien ne me parait plus oiseux que de célébrer un artiste parce qu'il serait un novateur, car en définitive il est bien rare qu'il le soit, ou alors à la marge (ce n'est d'ailleurs pas valable qu'en art). Il faut admirer une oeuvre pour ce qu'elle est en sachant que si un créateur poursuit une voie singulière, elle a été toujours défrichée en partie par des prédécesseurs. En ce qui me concerne qu'Albright ait influencé Lucian Freud (et il n'est pas le seul on peu citer Minton par exemple) ne diminue en rien son talent.

Nu, 1931

 

Ivan Albright et son frère jumeau Malvin sont nés en 1897 près de Chicago à North Harvey, dans l'Illinois, de Adam Emory Albright et Clara Wilson Albright. Leur père était peintre de paysage. Il a été élève de Thomas Eakins, célèbre représentant de la tradition réaliste américaine. Il venait d'une famille de maitres armuriers dont le nom original était « Albrecht ». Les deux frères furent inséparables durant l'enfance, et une partie de l'âge adulte. Tous deux s'inscrivent à l'Art Institute de Chicago. À la suite d'un pile ou face, le hasard décida qu'Ivan étudierait la peinture et Malvin la sculpture. Durant ses années de formation, Ivan, admire en particulier l'œuvre du Greco et de Rembrandt, mais il développe assez vite son propre style.

 


 

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Albright poursuit ses études à la Northwestern University, mais les abandonne pour suivre des cours d'architecture à Urbana-Champaign dans l'université de l'Illinois. Durant la Première Guerre mondiale il fait des dessins médicaux pour un hôpital de Nantes en France. Ce travail morbide influença probablement son style futur. Ayant brièvement travaillé dans l'architecture et la publicité, il s'éloigne du monde commercial et se met sérieusement à la peinture. Après avoir habité Philadelphie aux alentours de 1925 et 1926, il revient dans l'Illinois, où il connait son premier grand succès lors de sa première exposition en 1930.


 

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The farmer's kitchen, 1934

 

 

Ivan Albright fait parti de ces artistes qui travaillant dans les années 1930, au moment de la crise économique et sociale, semblent en effet avoir refusé l'engagement social (celui de Ben Shahn) ou le travail purement formel (Stuart Davis) et ont opté pour la fuite dans un univers plastique presque onirique. Comme Dalí, ils veulent, d'une part, donner à l'image une évidence photographique et, d'autre part, faire glisser la représentation vers une irrationalité accrue. Cette fusion de réel et de fantastique apparaît dans l'œuvre de Peter Blume, de Louis Guglielmi et d'Albright. Ce dernier, en adoptant une technique hyperréaliste, couvre toute la toile d'innombrables détails qui réduisent le champ visuel à un même dénominateur onirique. Obsédé par la mort, les chairs en décomposition, il peint dans cette veine Le Portrait de Dorian Gray(1943-1944) pour le film du même nom. Le peintre Jean Dubuffet s'est d'ailleurs intéressé à cet aspect de son œuvre.

 

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The rustlers, 1962


Au cours des années 1940 et 1950, d'autres artistes tels que George Tooker et Andrew Wyeth continuent de travailler dans cette direction, en diversifiant toutefois leur approche.

 

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Self Portrait in Georgia1967, 1967-68


 

La peinture mystérieuse et sombre d'Albright est une des plus méticuleuses jamais réalisées, nécessitant souvent plusieurs années pour son achèvement. Le détail minutieux d'une dentelle et la texture du bois brisé sont recréés en utilisant un pinceau à un seul poil. La quantité d'effort qu'il met dans ses peintures l'accapare au point que pendant la grande dépression il demande des prix 30 à 60 fois plus élevés que ceux demandés par des artistes comparables, si bien que les ventes se font rares. Afin de survivre il compte sur le soutien de son père, et fait de menus travaux de menuiserie. Une de ses anciennes peintures, The Lineman (c.-à-d. « L'ouvrier des lignes »), remporte un prix et fait la couverture du magazine Electric Light and Power. Toutefois sa vision désespérée provoque la polémique parmi le lectorat, qui n'apprécie pas une telle représentation. Les rédacteurs finiront par prendre leurs distances d'avec l'œuvre d'Albright.


 

Autoportrait, 1981 de Ivan Albright (1897-1983, United States)

autoportrait 1981

 

 

Dans la plupart de ses travaux Albright s'est concentré sur certains thèmes, en particulier la mort, la vie, l'esprit et la matière, et les ravages du temps. Il a peint des œuvres très complexes, et les titres sont assortis à leur complexité. Il n'intitulait pas une peinture avant qu'elle n'ait été terminée, et alors il choisissait plusieurs possibilités, plus poétiques que descriptives, avant de se décider. Un exemple significatif est Poor Room - « il n'y a pas de temps, pas de fin, pas d'aujourd'hui, pas d'hier, pas de demain, seulement le toujours, et pour toujours et toujours, sans fin (la fenêtre) », les deux derniers mots décrivant réellement la peinture (c'est ainsi qu'elle est généralement référencée). Une autre peinture, «  Et l'homme a créé Dieu à sa propre image», s'est appelée « Et Dieu a créé l'homme à sa propre image » quand elle fut exposée dans le sud des États-Unis. Un de ses tableaux les plus célèbres, qui lui a pris environ dix années de travail, fut intitulée « That Which I Should Have Done I Did Not Do (The Door)» (ce que je devrais avoir fait que je n'ai pas fait (la porte)), et gagna le premier prix dans trois importantes expositions, à New YorkChicago, et Philadelphie en 1941. Le prix du Metropolitan Museum of Art de New York était une récompense de 3 500 $ pour l'achat du tableau et d'une place dans la collection permanente. Mais, ne voulant pas laisser partir son œuvre pour moins de 125 000 $, Albright prit la médaille du premier prix à la place, ce qui lui permettait de conserver la peinture.

 

 

Le portrait de Dorian Gray, 1943

 

 

En 1943 il reçoit la commande pour faire le Portrait de Dorian Gray pour l'adaptation au cinéma par Albert Lewin du roman d'Oscar Wilde. Sa description réaliste, mais exagérée, des signes de maladies et de corruption en faisait l'artiste parfait pour entreprendre un tel projet. L'œuvre représente avec une profusion de détails abjects peints avec une grande minutie le dernier stade de la métamorphose. Son frère fut choisi pour faire le portrait non corrompu de Dorian Gray, mais il fut remplacé par Henrique Medina. Il doit en grande partie sa célébrité à ce film, dont le tableau est l'élément principal.


 

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Durant toute sa vie Albright fut un artiste prolifique, travaillant comme imprimeur, graveur aussi bien que peintre. Il fabriquait ses propres peintures et fusains, et montait lui-même ses toiles sur châssis. Il était extrêmement tatillon pour le détail, créant des installations raffinées pour ses toiles avant de commencer le travail. Il était obsédé par la lumière au point de peindre en noir son atelier, et de porter une blouse noire pour éviter toute lumière parasite.

  À la fin de sa vie il vivait à Woodstock, dans le Vermont. En dépit du temps passé à voyager à travers le monde, il n'a jamais cessé de travailler. Dans les trois années qui lui restèrent à vivre Albright fit plus de vingt autoportraits, dessinant les derniers sur son lit de mort en 1983.

Son oeuvre est dans plusieurs musée américain. Le centre Pompidou possède un de ses tableaux.

  

Autoportrait, 1935
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La tentation de Saint-Antoine, 1944-1945
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Bièvre, France, 1960
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Portrait de Marie Block, 1955-1957
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Capitaine Joseph Medill Patterson, 1962-1964
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I Drew A Picture in the Sand and the Water Washed It Away1927
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And Man Created God in His Own Image1930–31

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Memories of the Past1927
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Copenhague, 1967
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St. Mary's River, Georgia - Ivan Albright
1964
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I Slept With The Starlight On My Face - Ivan Albright
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Un visage de la Géorgie, de 1970 à 1974
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Le vermonter , 1966-1977
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Self-Portrait (n ° 13), 1982

 

Publié dans peinture

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ismau 18/12/2013 22:27

Me voici enfin rassurée, et je peux partir tranquille, car je pars demain très tôt pour quelques jours ... je vais donc faire court cette fois, bien obligée.
Je craignais d'abord d'avoir été ridicule avec ma petite autobiographie musicale, ensuite et surtout d'avoir été très indiscrète à votre sujet, et d'avoir eu l'impudence de le faire savoir au
risque de vous inquiéter .
Merci pour toutes vos intéressantes propositions . A mon retour, je compte justement correspondre avec notre hôte toujours si accueillant, pour envoyer des photos promises depuis longtemps .

lesdiagonalesdutemps 18/12/2013 22:46



Bon voyage.



xristophe 18/12/2013 20:53

Ismau ! Je commence par la fin, une urgence : vous placez souvent quelque chose de malicieux et de gentil, un discret signe aussi de votre attention à la FIN de vos messages et, là, les yeux
exorbités je vis, de mes yeux vis que j'étais démasqué avec - l'allusion à "L'envers..." !!!
Hélas ! vous savez donc mon nom superbe et ténébreux. Mais de grâce, non, surtout, n'allez pas là : ce bouquin de jeunesse (bien pire que le "Penser la musique aujourd'hui"...!), et collectif en
plus, fut une sorte d'exercice d'entrée imposé par le "Groupe..." (ne dites non plus, s'il vous plait, pas lequel) alors que je n'étais qu'un gommeux débutant, et me suit depuis ces années de
pèlerinage comme un boulet - un remord infâmant. J'ai tellement fait de meilleures choses - et si vous désiriez un jour vraiment lire un peu le prétentieux "spécialiste" et le juger sur pièce, je
vous signalerais et enverrais des opuscules brillants plus légers et plus denses...)
J'ai eu plaisir à découvrir ces notations de biographie si imprégnée de musical, que vous m'avez communiquées si gentiment : et, en effet, vous êtes une musicienne, vous avez pratiqué et pratiquez
toujours, et vous aimez les mêmes auteurs que moi - du début du XXème... (et, moi aussi, qui ne suis pas trop "peintre", j'ai chanté si souvent le sublime Requiem de Fauré...)
A propos de celui de Chion, ou plutôt de sa "Tentation", je ne suis pas sûr que le cd soit toujours très disponible. (Toujours le temps qui tout emporte...). Je peux très facilement le joindre - ou
bien vous-même si vous le préférez: vous trouverez son site - il existe toujours, je crois... Dites-moi ! Pour ce qui est de cette correspondance, qui cette fois dévie pê un peu trop et tire par
trop sur la corde de la tolérance de notre hôte, demandez-lui de vous communiquez mon mail ? - avec mon autorisation... Nous n'en continuerions pas moins à nous engueuler "à l'écran" autour de la
peinture moderne...

ismau 17/12/2013 23:15

Votre texte m'a beaucoup touchée, Xristophe . Evidemment, je voulais répondre, mais j'hésitais à dévier de plus en plus loin de Poliakoff, avec un hors sujet si long et personnel ...
Votre parcours depuis « L'Enfant et les Sortilèges » ( une oeuvre qui m'a ravie 2 ou 3 fois, mais seulement en spectateur ) m'émerveille justement comme une confidence-fiction romanesque,
un peu magique .
Toute cette période de la musique me ramène aussi à mon enfance, où j'écoutais avec mon père homme adorable curieux de tout, énormément de disques : Ravel, Debussy, Poulenc, Milhaud, Roussel,
Pierné, Sauguet ( grâce à ses Saltimbanques je connaissais même un tableau de Picasso ) et puis beaucoup de Stravinsky, tout Prokofiev, Mahler et aussi un Berg et un Schönberg (au sujet de Berg,
j'ai dû voir Boulez diriger Lulu en 79 )
Mais aussi, à la lecture de votre parcours, une envie certaine ... mon activité professionnelle m'a sûrement donné moins de satisfactions que vous deux ( Xristophe et B.A ) tous deux baignant dans
un milieu artistique . C'est ce que je rêvais, et n'ai pas accompli .
Je le redis, si je me consacre maintenant davantage au « visuel », ce n'était pas du tout le cas dans ma jeunesse où ne m'intéressaient, et ne me donnaient d'émotions, que l'écrit et la
musique .Mais tout est resté longtemps lié, en particulier avec le cinéma qui comptait aussi énormément .
Lié même dans mon travail, puisque je me suis retrouvée par un comble d'incurie de l'Education Nationale, professeur de musique au grand lycée Lapérouse d'Albi ( très beau bâtiment ancien où
enseigna Jaurès, et où étudia Pompidou ) Et là, un de mes meilleurs souvenirs est d'avoir chanté le Requiem de Fauré, avec la chorale du lycée, dirigée par mon charmant collègue, lui extrêmement
compétent . Ce Requiem, je l'ai rechanté récemment avec un immense plaisir, comme quoi je n'abandonne pas la musique . Et je joue aussi dans un ensemble de musique ancienne .
Pour les musiques contemporaines, après vous avoir lu, j'ai réécouté Michel Chion, Redolfi, et Xenakis ... pour voir si « l'intuition » ou l'émotion suffisaient ... Oui, en grande partie,
j'entends les facilités de Redolfi ... Mais quand même, je persiste à penser l'histoire de l'art indispensable . Pour aller plus loin, j'écouterai d'abord « La Tentation de St Antoine »
qui me tente vraiment,Schaeffer, Henry, Parmegiani ( que je connaissais tout de même déjà de bonne réputation ) et puis je suivrai vos conseils de lectures ; ou bien je choisirai pour m'amuser le
livre d'un spécialiste que j'apprécie virtuellement, mais je crains que « L'envers ... » ne soit vraiment trop difficile .

xristophe 17/12/2013 15:44

Pour Ismau en colère : allons, allons... je vois au moins que vous avez lu mon pensum, fait pour vous, personnalisé, sur la musique ; me vexait que vous ne m'eussiez pas répondu; mon intuition
n'est infaillible qu'historiquement ! et c'est moi qui, ici, écris l'Histoire... et je l'écris bcp en m'amusant, "mon" histoire ! Et puis, il y a spécialiste et spécialiste... Même moi j'en suis
un, en musique concrète (un des plus grands...) Redolfi n'est pas du tout nul... (et je vois très bien de quelle "jungle" vous parlez ; elle n'est pas mal) : m'amusait simplement de voir ce nom, ce
seul nom, auprès de celui du grand Michel Chion ! et c'était tout, Napoléon et qq humble grognard ou aide de camp - et déjà bien, et je vous ai dit ma surprise - heureuse ! ; je vous ai fourni donc
quelques repères (de spécialiste...): Schaeffer, Henry (tous deux des Pierre), Bayle François, Bernard Parmegiani, et... Michel Chion. Si vous vouliez d'autres clartés, j'en ai en foule... Mais
vous préférez la peinture - je l'admets ! (et j'ai évité d'écrire "la mauvaise peinture" : vous voyez que je me surveille) (pardon... pour ces facilités) Boulez, le premier "spécialiste" devant
Dieu (moi j'adore adorer - vous voyez un peu l'imbécile !...), si vous lisiez, évitez toutefois le trop répandu et trop juvénile "Penser la musique aujourd'hui" ! (ah, je respire, j'étais dans une
grande inquiétude : "elle va sûrement acheter celui-là")... Je vois rien qu'à ces quelques lignes qualifiées, précises, que vous envoyez sur ce blog enchanté, que vous lisez les spécialistes,
sûrement les bons. Et cela m'impressionne... et je m'instruis aussi en vous lisant (concision, sérieux, sobriété); moi la peinture, ça n'est pas vraiment mon salon de thé - (surtout contemporaine,
c-à-d après Picasso). Et pourtant, comme j'ai tous les dons, j'ai aussi celui-là ! (hélas)... (En plus, je ne plaisante même pas vraiment... ah la la - que n'avons-nous l'éternité...) (Encore une
idée pas moderne, n'est-ce pas?)

ismau 16/12/2013 19:16

Je ne connaissais pas ce peintre, que je trouve intéressant dans sa première période, mais à mon goût travaillant ensuite beaucoup trop d' effets artificiels et systématiques, de type illustratifs
... à tendance fantastico-surréaliste . Je lui trouve trop de maniérisme .
Il me fait penser un peu au peintre Dado, dont on ne parle plus beaucoup aujourd'hui, pour le traitement surinvesti des surfaces . Mais Dado est encore bien pire, et malheureusement beaucoup moins
réaliste encore.
http://www.dado.fr/dado-peintures-1960.php
Lucian Freund est pour moi d'un tout autre calibre, travaillant l'observation et la matière picturale, avec l'humilité nécessaire, dans la lignée de Degas ( il parle de cette filiation dans le
catalogue « Degas et le nu » ) ou d'Eakins et de tous les grands figuratifs . Il ne se contente pas de faire une image, il fait aussi de la peinture, et sa touche expressionniste est bien
différente de celle d'Albright .
Maintenant je regrette que Xristophe me comprenne si mal, alors que notre dernier échange sur la musique, me laissait entendre le contraire . Dire que je « vénère les spécialistes »,
c'est vraiment me faire passer pour imbécile ! Non, je ne vénère personne ... et d'ailleurs déteste la vénération ! Plutôt que « spécialistes » (que j'avais employé avec une certaine
ironie), il faudrait employer les termes eux aussi ambigus d' « amateurs », ou de « connaisseurs » . Alors, oui, je préfère faire confiance à un « connaisseur »,
même sachant qu'il peut parfois se tromper . Et je préfère une attitude d'accueil, qu'une attitude de rejet . Je n'ai pas comme vous une « intuition infaillible » : la preuve, je me
suis bien trompée pour Redolfi .

lesdiagonalesdutemps 16/12/2013 19:41



Je suis bien d'accord avec vous que Lucian Freud (et sur la détestation de la vénération mais je crois que c'est assez clair à lire mes billets) est d'un autre calibre comme vous dites mais je
trouve justement que dans ses dernières années il tendait vers Albright. Je préfère de beaucoup le Lucian Freud des années 50 60 d'où mon allusion à Minton dans un commentaire. En revanche je
vois assez peu de parenté entre Eakins, très grand peintre (et photographe) et Freud, sinon le nu masculin.


Je n'ai en rien une intuition infaillible mais pour en revenir à Albright je trouve qu'il est intéressant de faire connaitre des peintres complètement inconnu ici (mais pas aux Etats - Unis) même
si on n'accrocherait pas obligatoirement un de ses tableau en face de son lit.


 



xristophe 16/12/2013 18:54

Vous avez compris que je ne prenais pas Albright pour un "conceptuel" ! - (j'évoquais de précédents "débats", sur le conceptuel débile à la chaise). Autre chose, je n'ai guère de goût pour les
peintres "réjouissants" - comme vous dites - du genre, du moins, de ceux de la revue (Est-ce "Hey" ?)dont vous parlez... Moi, je n'aime que le luxe, le calme, la volupté, les comptines enfantines,
à l'eau de rose ou l'aigre-doux, les dissonances savantes, à l'œil et à l'ouïe (les criardes et les moelleuses), les histoires qui finissent bien, que l'on raconte aux petites filles que j'adore,
mais pas du tout sexuellement, les "personnes du sexe", mais peu sexuellement, les chauves-souris mais pas les vampires, le chocolat à la pâte d'amande Côte d'Or, et rien que celui-là, tout ce qui
brille au fond de l'eau, l'or des galions etc, et puis le Nautilus, si beau, de carapace si rêche, de la version Disney) Etc................

lesdiagonalesdutemps 16/12/2013 19:31



Je ne suis pas trop éloigné de vos goûts tout en étant plus large pour le choix du chocolat.



xristophe 16/12/2013 13:59

Je suis comme toujours tout heureux, d'être conforté par votre aval si "cultivé" - si somptueusement acculturé; avec en plus, ici, l'adhésion que vous m'apprenez de la médecine mentale ! (je ne
plaisante pas): tout indice d'intégration, de "saine" intégration, me rassure; (et me flatte) Je suis d'ailleurs, il faut bien l'avouer (!) coutumier de ce fait que les plus éclairés spécialistes
z'adoubent calmement mes avis - d'amateur en tous genres... Sauf en musique, je suis assez peu "cultivé", "instructionné" (et me soigne); mais gouverné par une intuition infaillible (ou presque)
qui fait que peu à peu je m'enhardis vers une arrogance dangereuse (et on la voit ici montrer son nez), quand j'envoie promener allègrement, et sûr de ne pas me tromper, les "spécialistes" vénérés
d'Ismau par exemple, qui défendent (en quels termes!) ces malheureux Conceptualistes par exemple etc! (Je plaisante - un peu...)

lesdiagonalesdutemps 16/12/2013 15:09



rien de conceptuel chez Albright tout aucontraire nous sommes dans le concret mais un concret en putréfaction j'ai oubliè en ce qui concerne les artistes réjouissant tous ceux qui gravitent
autour des revues Hey (celle-ci française est facilement trouvable à la Hune) et Raw exposition en ce moment à la Halle Saint Pierre (billet dans quelques temps) pour vous donner une idée j'ai
concocté deux billets sur les expositions de la revue Hey parmi ces artistes j'ai un penchant pour celui qui ne représente que des serial killer ou cet autre qui montre des massacres de petites
filles...



xristophe 15/12/2013 23:30

...Merci n'en jetez plus ; je connais Füssli, Böcklin - évidemment, Goya ; je connais Freud le fils, et en effet c'est assez proche (du peintre dont nous devisons) - et je n'm pas du tout cette
peinture de viande lourdingue... malgré le "talent"... Mais - Füssli est un romantique, un "visionnaire halluciné", classé, "classique" assez pour être distancé et apprécié (je déteste d'être
écrasé): je l'm bcp, lui et son univers, partagé avec des poètes allemands. Böcklin un peu pareil, son "Île des morts" me fait frissonner de plaisir, c'est de la BD fantastique, c'est la statue du
Commandeur... Goya a plus d'un tour dans son sac, plusieurs genres, ce ne sont pas toujours cauchemars et meurtres (du reste stylisés).
Mais il n'y a pas que le "sujet" à être efficace : les chairs abîmées de ("votre" peintre, déjà oublié son nom) sont peu de choses, auprès du traitement, étouffant, que j'ai essayé de décrire ; ce
côté hyper-détaillé, qui "dépasse" le réel, qui "encombre" follement (Michaux a dû rencontrer ça dans ses drogues, et le décrire très bien) - pê parce que les détails sont monstrueusement gros, et
heureux de l'être, alors que, dans le réel ils sont proportionnés, résorbés dans l'ensemble; et ce côté "convexe", 3D, cette indiscrétion triomphante, envahissante, pornographique... C'est cela
surtout - le style, en somme... - qui fait cet effet d'attentat.

lesdiagonalesdutemps 16/12/2013 07:15



Ce n'est pas "mon" peintre, je déplore simplement qu'en Europe, il soit passé parmi les pertes et profits en Europe. Je pense qu'il était intéressant de montrer une des sources de Julian Freud.
Votre opinion bien argumentée est tout à fait recevable. Il semblerait d'après la médecine que l'occupation d'une surface où l'on s'exprime par les mots ou le dessin, si elle est sur occupée est
un signe de maladie mentale.



xristophe 15/12/2013 20:45

Est-ce bien lui qui a fait le tableau "Copenhague" - un jour exceptionnel de bonne santé ? : un "hapax" comme on dit... Enfin, l'on respire!
Malaise physique devant ce style de peinture (car c'est un style, j'ai vu ce genre chez d'autres peintres) - qui, bourrative et cancéreuse, envahit l'espace avec rien, par ce procédé écrasant de
lourdeur, physiologiquement vomitif, d'hyper-relief convexe de cauchemar. (Même genre de malaise devant le 3D débile d'aujourd'hui.)
Mais vous qui supportez cela (il me faudrait un scaphandre, pour visiter une telle expo), faites un récit plein de bonté, de compassion et de compréhension, qui aide à supporter l'épreuve et...
instruit : ce genre de monstruosité existe, ce peintre est (re)connu, célèbre, récompensé; certains "aiment ça" (le peintre lui-même, par exemple !) Comme vous dites, "l'œuvre" n'est pas tout, il y
a "la vie"

lesdiagonalesdutemps 15/12/2013 21:35



Il a fait des choses plus réjouissantes comme ce tableau de Copenhague. Je dois dire que mon choix (comme toujours est orienté) a forcé sur le coté morbide. Je ne vais pas vous dire que j'en
mettrais un en face de mon lit mais c'est de la peinture. Ce joyeux lascar a un véritable univers et un savoir faire indéniable. Il a tout de même eu quelques problèmes pour faire accepter
 sa peinture. Je voulais aussi montrer que Lucian Freud ne vient pas de rien et qu'il est un peu près certain qu'Albright l'a influencé. Mais en France je trouve que Rustin est encore plus
sinistre, Rebeyrolles ne peignait pas non plus pour les salons de mariages. Dans le morbide il y a quelques dessinateurs japonais que je vous recommande comme Shintaro Kago et puis il y a aussi
Kubin que je ne vois pas comme un grand optimiste sans oublier Fuselli ou Boeklin... Je peux encore vous en trouver d'autres pour encourager vos insomnies... J'oubliais Goya un autre joyeux
luron.