Gustave Doré au Musée d'Orsay

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Cette rétrospective Gustave Doré sera très probablement une découverte pour la plupart des visiteurs. Si tous les amateurs d'art connaissent l'illustrateur il sont beaucoup moins à avoir vu ses toiles et quant à ses sculptures, elles ne sont guères connues que des spécialistes. Le plus grand choc est de découvrir une immense toile et pas seulement par la taille, de 7 mètres par 5, "Le christ quittant le prétoire" que je n'hésite pas à comparer aux "Noces de Cana" de Véronèse, incontestablement le chef d'oeuvre en matière de peinture de Gustave Doré. Ci-dessous je vous en présente un détail.

 

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Comme d'habitude à Orsay, les photos étaient interdites, je rappelle que ce n'était pas le cas dans les premières années de ce musée. Mon petit reportage photographique sur cette exposition, en raison des féroces gardiens et des reflets dans les verres protégeant la plupart des oeuvres rend bien infidèlement hommage au grand talent de Daumier qui apparait multiple en regard de cet audacieux accrochage.

 

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Si la sculpture de Gustave Doré est classiquement dans le goût de son époque ses peintures sont très originales. J'aime particulièrement ces deux variations de "L'enfant blessé des saltimbanques". En particulier la version immédiatement ci-dessous dans laquelle on aperçoit à l'arrière plan la cause de la blessure de l'enfant. Il est tombé de la poutre où il faisait un numéro d'équilibriste.


 

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On quitte la première partie de l'exposition par un grand tableau animalier, "Les chouettes".

La belle muséographie de l'exposition est un peu gâchée par la géographie aberrante du musée. En effet après la visite de deux salles situées au rez de chaussée il faut, pour voir la suite, monter jusqu'au 5 ème niveau où sont disposés principalement ce que l'on connait le mieux de Gustave Doré, ses illustrations. Ci-dessous dans l'ordre la cigale pour les fables de La Fontaine, L'enfance de Pantagruel et deux gravures pour "The rime of ancient mariner" de Samuel Taylor Coleridge qui rappelle que Gustave Doré était encore plus célèbre comme illustrateur en Allemagne et surtout en Angleterre qu'en France.

 

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Bluebeard, his wife, and the key, by Gustave Doré

 


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Gustave Doré a commencé sa carrière de dessinateur très jeune, alors qu'il était encore qu'un lycéen. C'est par la caricature qu'il a débuté. Dans ses premiers travaux on reconnait l'influence de Granville et une certaine parenté avec le trait de Daumier. A l'instar du Suisse Topffer il réalise à 18 ans une quasi bande-dessinée. Il dessine également des scènes de genre comme ce bain de mer à Etretat (immédiatement ci-dessus).

La guerre de 1870 est un grand traumatisme pour l'artiste. Elle lui inspire le tableau ci-dessous, "soeur de la charité sauvant un enfant, un incident durant le siège de Paris".

 

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L'artiste avait aussi des bouffées de mysticisme qui ne donnèrent pas ses meilleures toiles comme cette "nuit sur le cirque" (immédiatement ci-dessous) bien moins spectaculaire que le même sujet traité par Jérôme.

 

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Il y a un grand point commun entre Jérôme et Gustave Doré. Voilà deux peintres chez qui le cinéma a puisé sans vergogne en particulier en ce qui concerne les illustrations de la Bible par Gustave Doré ont beaucoup inspiré Cecil B DeMille pour ses "Dix commandements". Mélies a égalementi beaucoup puisé dans les illustrations de l'artiste.

 

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La plus grand découverte de l'exposition pour beaucoup sera celle des peintures de paysages. Elle est un peu moins grande pour moi car, il y a près de quarante ans, j'ai essayé d'acheter un de ces paysages dont le prix n'était pas très élevé. Il représentait un burg. J'ai renoncé à cet achat en raison du très mauvais état de la toile. J'ai préféré acquerrir une école de Barbizon qui demandait elle aussi une importante restauration, mais cette dernière possédait un beau cadre d'époque. C'est trivialement ce dernier détail qui me fit décider d'acheter l'ecole de Barbizon dont les personnages me regardent pendant que je rédige ce blog, plutôt que le paysage romantique de Doré. Pour ses paysages Gustave Doré a choisi de peindre des sites sauvages souvent montagneux. Son traitement de l'espace fait beaucoup penser à celui des peintres américains tels que Martin Johson Heade, George Catlin et surtout Frederic Edwin Church qui peignaient à peu près au même moment les grands espaces de leur pays. Ce n'est donc pas un hasard si la plupart des paysages de Gustave Doré viennent des musées américains.

Le musée d'Orsay offre une belle exposition qui devrait être une découverte pour beaucoup et effectuer une réévaluation de la peinture de Gustave Doré qui le mérite. 

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Ismau 27/03/2014 18:12

J'ai beaucoup apprécié moi aussi cette rétrospective, riche de découvertes . Les multiples facettes du talent de Gustave Doré ne m'étaient pas toutes inconnues, mais elles sont encore plus
nombreuses que je ne l'imaginais . Ses caricatures de jeunesse par exemple, et plus encore sa « BD » antirusse pendant la guerre de Crimée . En regard du beau tableau des saltimbanques,
on apprend même qu'il était violoniste et acrobate ! J'ignorais aussi sa présence à Londres avec la « Doré Gallery » et ses très intéressantes gravures des bas-fonds londoniens ( mais
fort peu éclairées pour un photographe ) . De même à Paris, ses prises de position par le témoignage du dessin et de la peinture, pendant la guerre de 70 .
Pour les gravures bien connues, celles des livres, j'ai apprécié de voir la matrice : la plaque de bois dessinée avec une précision extrême par Doré, avant qu'un graveur professionnel ne se charge
de la suite . Découverte technique donc, ce n'est pas du métal comme je l'imaginais à cause de la finesse du résultat , et Doré n'est pas le graveur .
Les paysages, j'en connaissais déjà quelques uns aux musées de Nancy et Strasbourg, mais les voir ainsi réunis est en effet plus impressionnant encore . J'ai pensé comme vous aux paysagistes
américains .
Par contre, je ne suis quand même pas impressionnée au point de mettre la grande machine religieuse du Christ au prétoire ( qui est aussi au musée de Strasbourg ) au niveau des Noces de Cana ! La
taille et la technique sont en effet remarquables, mais quand même beaucoup moins que celles du Véronèse . Il est vrai cependant que votre détail photographique donne une excellente
impression, meilleure peut-être que le tableau dans son entier .
Heureusement donc, les féroces gardiens ne sont ni si féroces, ni si vigilants ! Quand j'ai visité l'exposition mardi 18 vers midi, je suivais et observais un élégant photographe extrêmement
efficace, habile pour se glisser au bon moment et avec courtoisie, choisir rapidement ses cadrages, faire semblant de ne pas comprendre les remarques des gardiens, prendre finalement de nombreuses
photos . Quand je m'approchais de lui, l'étiquette blanche « musée d'Orsay » collée sur ma veste semblait l'inquiéter forcément un petit peu ; j'espère que cette fausse gardienne ne l'a
pas trop perturbé et qu'il ne m'en voudra pas ... Mais j'étais tellement curieuse et amusée, persuadée que VOUS étiez ce photographe !

lesdiagonalesdutemps 27/03/2014 22:32



Non je n'étais pas se photographe élégant et je n'ai pas été très efficace. J'ai visité l'exposition samedi dernier vers 14 heure.


Vous avez raison Gustave Doré ne se hausse pas au niveau de Véronèse pour sa grande toile chistique mais c'est tout de même un formidable tableau que je n'avais jamais vu au musée de Nantes où
pourtant je me suis rendu plusieurs fois. Vous avez encore raison à propos de l'excellence des détails dans ces grandes machines qui sont de toutes façons assez difficile à appréhender en un seul
regard en raison de leur immensité si bien qu'on voit ces tableaux plus morceau après morceau.


Je vous remercie de ce commentaire qui complète bien mon billet.