GRANDE ECOLE de Robert Salis

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

France, 110mn, 2003

 

Réalisation: Robert Salis, scénario: Robert Salis d'après la pièce de Jean-Marie Besset


Avec: Gregori Bacquet, Jocelyn Quivrin, Salim Kechiouche, Arthur Jugnot, Elodie Navarre, Alice Taglioni, Eva Darlan, Yasmine Belmadi, Jacques Collard, Jamal Hadir, Arnaud Binard, Adam Jodorowsky, Hanifa Mizi-Alloua, Eric Seigne, Nicolas Laugero

 

Résumé

Paul (Gregori Baquet) emménage dans l'appartement qu'il partage avec Louis-Arnault (Jocelyn Quivrin) et Chouquet (Arthur Jugnot). Ils sont dans une ecole de Commerce, là où on produit les dirigeants de demain. Paul est avec Agnès (Alice taglioni), Louis-Arnault avec Emeline (Elodie Navarre). Mais Paul développe une curieuse fixation sur un Louis-Arnault qui est très provocant. Il ne tarde pas à tomber sous le charme de Mecir (Salim Kechiouche) avec lequel il partage une relation enfin sexuelle. Mais les sentiments feront-ils le poids face aux choix à prendre?

 

Grande Ecole

 

 

 

L'avis critique

 

Malgré les apparences, l'intrigue ressemble curieusement à celle deMaurice (James Ivory-1987), où un aristocrate britannique tombait sous le charme -sans conclure- d'un de ses copains étudiants de Cambridge . Puis, bravant les barrières sociales, tombait dans les bras d'un ouvrier et se découvrait tel qu'il était. La ressemblance s'arrête là.

 

Grande école

 

Prenant le décor d'une quelconque école supérieure de commerce déshumanisée, Grande Ecole entend parler de la Grande Ecole de la Vie, donc du travail et de l'amour. Partant d'un sujet pourtant intéressant et peu traité dans le cinéma français (hormis à travers des gaudrioles effroyables à la Sexy Boys) le film trahit très rapidement ses origines théâtrales et se plante tout droit dans le décor.

 

Grande école

 

 

Les personnages sont réduits à des caricatures. Il ne représente que le trait saillant de leur caractère, ce ne sont que des archétypes. Il y a l'ambitieux, la manipulatrice, le travailleur coincé...sans jamais essayer de voir au-delà des apparences. Seul Paul (Gregori Bacquet convaincant), torturé dans l'âme entre ses idéaux en train de se craqueler et sa sexualité ambigue, donne lieu à une véritable étude de caractère. Mécir (Salim Kechiouche, encore une fois épatant et émouvant dans un rôle impossible) reste lui fidèle à ses idées et à sa classe. C'est le seul personnage digne de cette histoire. Vous remarquerez que c'est bien sur le seul fils du peuple et bien sûr un "arabe", grand fantasme des homosexuel bourgeois et décatis du début du XXI ème siècle. Peu dupe de sa qualité d'objet de désir, il se laisse prendre au piège de ses émotions. Mais reste un tantinet prisonnier du cliché du bel arabe fantasmé les mains dans le platre : le film se prend un peu les pieds dans le tapis des clichés qu'il souhaite décrire.

 

Grande école

 

Le rythme languissant n'arrange en rien cette impression de lourdeur

démonstrative qui plombe tout le film. Chaque effet est appuyé d'un dialogue explicatif (genre explication de texte au cas où personne n'aurait compris), le ton engoncé dans un montage mou. Ca traine, ça se pose des questions, ça n'y répond jamais : on tourne en rond, acteurs, histoire comme spectateur. Mais le plus catastrophique, ce sont les dialogues :ampoulés, déclamés comme au théâtre, ils tombent régulièrment à plat, oubliant que le passage au cinéma s'accompagne de l'oubli de la scène et que les acteurs n'ont pas à articuler comme des bêtes pour se faire entendre. Le passage de la pièce de Besset, dans laquelle le personnage du jeune arabe n'existe pas, est catastrophique. Résultat : des scènes supposées emplies d'émotions (la scène d'explication finale) provoque l'hilarité de par le peu d'emprise sur la vie réelle.

 

 

Grande école


Et l'amour dans tout ça? Le film ne lésine en scènes de cul à tous les étages. Certaines sont de curieux tourbillon d'images. En fait la seule chose qui semble intéresser le réalisateur est de filmer la nudité masculine, on est gratifié de deux scènes de douches après un match de water-polo. Dont l'une supposée représenter le trouble du héros. Trop longue pour être honnête, elle apparait totalement gratuite. En fait elle traduit le voyeurisme du cinéaste (j'ai eu l'occasion de rencontrer ce monsieur que j'aurais casté en le voyant immédiatement pour un rôle de pervers sexuel). La sexualité apparait survoltée dans les scènes hétérosexuelles mais sensuelle, un peu hors du temps et onirique dans celles homosexuelles. Vision hédoniste d'un moment supendu dans le temps, aboutissement du désir, cet impossible objet.

 

 

Comme dans tout film français parlant de sexualité compliquée par le

 désir, d'ordre et de désordre (amoureux ou professionnel), les héros ne savent pas choisir. Comme le dit le héros à la fin "je veux choisir de ne pas avoir le choix". Mouais, un peu facile. la conclusion est au diapason du film : incapable de choisir entre théâtre et cinéma, le cul entre deux chaises d'une sexualité non épanouie. Cette description d'un monde industrialisé à outrance dans ses choix de société où les rapports sont prévus à l'avance, demeure statique, démonstrative, d'une lourdeur emphatique qui mène à un ennui grandissant. C'est très dommage car il y avait matière à moins tomber dans le verbiage et à agir plus. Robert Salis a réussi un nanar en oubliant pas l'indécrottable prétention auteurisante à la française.

 

Le héros du livre et du film Maurice, prenait une décision radicale : celle de s'assumer. Celui de Grande Ecole ne sait pas (ne veut pas?)prendre  cette décision, tout comme le film qui ne sait pas (ne veut pas?) s'assumer comme tel. Le spectateur lui aussi doit prendre une ferme décision: fuir ce film.

 

 

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Publié dans cinéma gay

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