Glané sur la toile

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Dans mon précédent blog j'avais une rubrique glané sur la toile (en référence au beau film d'Agnes Varda  plus qu'au tableau de Millet. je n'ai pas reconduit cette rubrique sans trop savoir pourquoi mais j'ai déja assez de mal à caser dans les rubriques que j'ai défini qu'une supplémentaire compliquerait encore l'exercice. Or donc les billets ci-dessous on été trouvés sur un excellent site dont l'adresse est: http://thebestplace.fr. Son tenancier dont je ne sais rien sauf ce que je peux en déduire de ses différents billet est tout à fait extravagant par rapport à la faune de la toile. D'abord il lit et il écrit sur ses lectures des billets de plus de cinq lignes et surtout c'est un mâle. Car je ne sais pas si vous l'avez remarqué, il n'y a quasiment plus de lecteurs; il n'y a plus que des lectrices. Et plus encore plus extraordinaire ce tenancier est un jeune lecteur et de plus en plus fort, à priori hétérosexuel! Le peu de lecteurs qui s'aventurent sur la toile (je parle de lecteurs qui ne sont pas obnubilé par un genre, en général la science fiction, je n'ai rien contre la science fiction mais ne lire que cela me parait être le signe d'une grave dégénérescence de la calebasse) sont en général homosexuels...

1229 – Lost Chapter

Pendant la sortie du 46ème album de Spirou & Fantasio, Machine qui rêve, les auteurs Tome et Janry travaillaient déjà sur le suivant. Puis suite au décès de leur éditeur, au manque de confiance du suivant et aux faibles ventes de Machine, ils abandonnèrent Zorglub à Cuba au bout de huit pages dessinées et encrées. C’était en 1998.

En 2004, lors d’une exposition, sont présentées les deux premières pages, en noir et blanc, sous vitre. C’est la première et dernière apparition publique des planches de l’album. Jusqu’à novembre de cette année, où les huit pages ont été colorisées et publiées dans un numéro spécial Comeback du journal de Spirou.

Je l’ai appris la semaine dernière, en lisant dans le courrier des lecteurs du numéro que j’avais acheté sur un coup de tête, que Tome et Janry ne comptaient pas le finir, même 15 ans après, même en hors-série. Sur le moment je suis devenu fou, de ne pas avoir été au courant, d’avoir raté ça. Parce que je parle beaucoup de comics, de Spider-Man, mais mon personnage de bande dessinée préféré restera toujours Spirou. Le run de Tome et Janry aura été fabuleux de bout en bout, sans cesse renouvelé, bouffi d’idées, sexy et courageux. J’échangerais un Goncourt contre la possibilité d’écrire un album de Spirou, je tuerais ma famille jusqu’aux grands cousins pour l’opportunité d’un run. A peine majeur j’ai même détesté Jean-David Morvan, le scénariste qui a repris la série par la suite, simplement parce qu’il n’était ni Tome, ni moi.

Souvent, je me plains de Twitter, nid à connards et transformateurs de gens biens en montres d’égos. N’empêche, quand j’ai demandé si quelqu’un pouvait me passer le numéro de Spirou en question, on m’a répondu par la positive. Merci Twitter, Internet, les belles personnes.

Les huit premières pages de Zorglub à Cuba m’ont pulvérisé la rétine, cramé le cerveau, comme le premier shoot d’un cocaïnomane après plus de dix ans de Subutex. Car si j’ai fini par voir les qualités du run de Morvan et Munuera, je déteste la nouvelle reprise par Yoann et Vehlmann. Ce début d’un nouveau Tome et Janry m’aura rappelé pourquoi. Ces huit premières pages sont meilleures que les cent dernières sorties en album relié. Petite analyse.

Un psychiatre joue à Pac-Man sur sa Gameboy quand Zorglub, patient dans son institution, débarque pour lui dire que ses préparatifs achevés, il cesse de jouer la comédie et part. Il lui montre un pistolet à Zorglonde, que le professeur identifie mais pensait imaginaire jusqu’ici. Le le scénario établit avec talent que l’histoire se passe dans le monde REEL : l’aspect SF du personnage de Zorglub passait pour de la folie. Puis Zorglub fait la démonstration de sa dernière invention, une machine capable de projeter des hallucinations dans l’esprit d’un autre, de l’emprisonner dans un monde imaginaire. Le bon docteur finit dans un monde de jeux vidéo (cohérence avec l’introduction de la scène) où il perd la raison. Zorglub s’en va, laissant son interlocuteur dans le coma.

En cinq pages Zorglub dévoile le nouvel « adversaire » de Spirou et surtout, en rendant un homme fou, prouve qu’il est un VRAI méchant, qui ne menace pas mais agit. Dans une incarnation calquée sur l’épouvantail de Batman, il est réellement dangereux. Les enjeux sont en place, tout est dit, l’histoire peut commencer.

On retrouve Spirou & Fantasio à Cuba, pour un reportage. Ils font donc leur TRAVAIL quand l’intrigue débute et ne sortent pas de nulle part. Spirou est habillé en groom, parce qu’il est incognito en tant que serveur pour son TRAVAIL. Dans les deux albums de Vehlmann, Spirou est habillé en groom parce qu’il doit faire la publicité du journal Spirou (plus lol que badass) et parce qu’il se retrouve avec que ça à se mettre sur la lune (un peu facile). Les personnages mis en place, on retrouve Zorglub qui débarque à Cuba dans une page muette d’un génie fou.

Zorglub marche sur une canette de Coca sur le chemin jusqu’au port. Là il observe ses gardes débarquer des tanks sur l’île. On lui tend une canette de Zorglub Cola, qu’il boit et jette, intacte, à la place de la canette de Coca écrasée. En une seule page muette, tout le pitch de l’album : Zorglub débarque à Cuba, écrase ce qui y est, débarque et va prendre possession de l’île. Tout est dit sans un mot, en une page. Je m’en suis arraché les cheveux d’admiration, dans le métro, alors que j’arrivais au terme des huit uniques planches de cette album sûrement à jamais inachevé.

J’aime Spirou plus que toute autre BD au monde. Je pourrais décortiquer chacun des albums, je pourrais écrire une thèse sur le personnage. J’ai des dizaines d’idées d’articles plus ou moins théoriques à son sujet que je n’ose pas vous infliger. Quand je lis un bon album de Spirou je suis aux anges, j’ai la pêche pour l’année. Quand j’en lis un mauvais je suis en colère, je suis triste, j’ai envie de traverser la frontière belge, casser des crânes, tuer un éditeur et s’habiller avec sa peau pour remettre la série sur les rails. Ces huit pages de Zorglub à Cuba ont été le cadeau de Noel auquel je ne m’attendais pas, un rail de nostalgie, si bon et si court. Un début d’album parfait, même lorsque l’on le décortique. Un exemple de scénario, structure, découpage, dessin. Surtout, c’est un album de Spirou, qui ne peut pas fonctionner si l’on intervertit les personnages avec n’importe qui, par opposition au récent La face cachée du Z (faites l’exercice mental, ça vaut le coup).

Si je me mets dans un état pareil pour huit pages, je n’ose quantifier le bonheur que j’éprouverais à la lecture d’un album entier du même calibre, qu’il provienne de Tome et Janry ou d’une autre équipe.

Alors on espère, ma passion pour le personnage et moi.

 

1137 – Book Review 181

Chaque mois de mai Chuck Palahniuk sort un bouquin. Le type est réglé comme une horloge et accouche d’un roman par an. C’est cool. D’ailleurs j’avais hâte de lire Damned avant qu’il soit repoussé à octobre. En fourbe. Comme j’avais pris mes petits habitudes je suis donc allé voir sa bibliographie pour constater qu’il me manquait plus que deux romans pour les avoir tous lu. Après un rapide sondage sur les internets, on m’a conseillé Rant (Peste en VF) plutôt que Diary. C’était l’occasion de compléter ma collection, en attendant l’automne.

Le refus de ranger Chuck en littérature générale pousse l'édition française dans l'absurdité avec un classement SF.

Buster « Rant » Casey a toujours été un adolescent à problèmes, le genre à sécher les cours pour aller fourrer son bras dans des trous d’araignées histoire de se faire mordre l’avant-bras un bon coup. Au point qu’à force de se faire infecter par tout et n’importe quoi, il s’est retrouvé porteur d’une version modifiée de la rage qui a contaminé tout le pays et cause des vagues de décès depuis des années. C’était après qu’il arrive en ville et s’acoquine avec les Party Crashers, un groupe de noctambules qui passent leurs nuits au volant de grosses voitures dans l’espoir de croiser un des leurs pour emboutir leur carosserie. C’est comme ça qu’ils s’éclatent, dans ce futur proche où pour réguler le flux de population on les divises entre diurnes et noctambules, avec couvre feux dans les deux cas. Mais à en croire certaines personnes, le Party Crashing cache le plus grand des secrets.

Le sous-titre de Rant est « l’histoire orale de Buster Casey ». Parce que le roman entier est rédigé sous forme d’interviews, un peu comme si on regardait un documentaire. Sont interrogés familles, amis, ennemis, petite copine ou expert en virologie et théories du complot. Plusieurs intérêts à une narration de ce type. Déjà ça permet un style d’écriture orale. Palahniuk rédige comme les gens parlent, invente des « voix » et propose un texte accessible. Ensuite ça autorise de raconter l’histoire plus ou moins dans le désordre. Bien que le livre suive plus ou moins la vie de Rant, les interviewés ne peuvent s’empêcher de glisser des anecdotes dans le désordre, ou d’amorcer d’autres bouts d’histoires. Enfin, toutes ces versions ne concordent pas forcément, plusieurs des narrateurs ne sont doncpas fiables.

Ce qui fait que c’est à toi de voir, pour le fin mot de l’histoire. Tu décides ce que tu veux.

Thématiquement Rant est un pot-pourri de l’univers de Palahniuk, avec toujours cette obsession de mettre en scène des freaks qui se rencontrent et s’aiment entre eux. On a des difformités physiques, des légendes urbaines, des descriptions médicales etc… Les fans se retrouvent en terrain connu, bien que tout ne fonctionne pas dans le livre. Quelques passages sont un peu confus, ou long, mais rien de très grave. J’en ressors avec le léger regret de ne pas l’avoir lu plus tôt, à l’époque où je mangeais un Chuck par mois.

Bon, maintenant plus que Diary et je pourrais m’auto attribuer un achievement aussi virtuel qu’invisible. On en reparle.

BUY STAGE !!!

En VO pour 10€, en VF pour 8€.

Publié dans livre

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