Giacoma Foscari, livre 1 Mercure, de Mari Yamazaki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

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En refermant le livre je n'ai eu qu'une envie, celle de me précipiter à l'aéroport pour prendre le premier avion pour Venise. Puis arrivé sur la lagune errer de place en place pour peut être apercevoir à la fenêtre d'un palais, Agostino reluquant de jeunes voyous délurés. Une fois fourbu, empli de ces images héler un « riva » ces beaux canots vernissés qui font office de taxi sur les canaux de la sérénissime et demander au « capitaine » qu'il me conduise à l'aéroport. Prendre un le premier avion pour Tokyo pour aller se perdre dans le parc Yogi passer sous le grand torii... Certains volumes sont des tapis volants F est l'un des plus puissant de ceux que j'ai ouvert récemment.

 

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Il est difficile de parler de ce manga, publié en France, non dans le sens de lecture japonais, mais dans celui européen (cet élégant volume, la couverture française est beaucoup plus réussie que la japonaise, est publié par Rue de Sèvres, nouvelle branche de L'école des loisirs, dédiée à la bande-dessinée) , car il ne s'agit pas d'une histoire avec un début et une fin mais de l'évocation de la vie d'un homme, Giocomo Foscari, à travers des anecdotes, toujours émouvantes, qui peuvent ne pas paraître les tournants d'une vie mais qui sont signifiantes pour cet homme entre deux cultures, entre deux âges. En 1993, au soir de sa vie, le professeur Foscari retourne à Tokyo (d'où vient-il?) sur les traces de son passé (la narration louvoyant dans le passé du héros est proustienne en diable, ce qui n'est pas surprenant de la part d'une japonaise. Giocomo, fils d'un patricien vénitien, est né pendant la période de l'entre-deux guerre. Fils d'une famille aisée, il grandit aux côtés de son père, riche industriel. Lorsque la deuxième guerre mondiale éclate, Giacomo est en pleine adolescence. La chute de leur train de vie ne l'affecte pas, en revanche la montée en puissance du fascisme l'affecte comme il affecte son père. Il a quitté l'Italie en 1960 pour aller enseigner au Japon l'Histoire romaine à l'université de Tokyo. Une ville où il est libéré du poids de l'Histoire et de la religion. Ce manga m'a fait comprendre une des raisons de mon amour du Japon. Cette terre s'est libéré des dieux...

 

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Giacomo, le personnage principal est un homme assez introverti. Il est peu causant, enclin à la mélancolie. C'est unhomme posé, cultivé, intègre, fidèle en amitié, sensible et à l'écoute de ce qui l'entoure. Il écoute, observe et intellectualise ce qu'il vit.Il est visiblement attiré par les jeunes hommes mais il ne se l'avoue pas. Il vit dans un Tokyo intellectuel ouvert et plutôt anticonformiste. Il garde quelques liens en Italie, il cherche notamment à y promouvoir la littérature japonaise. Il y sera fasciné par le beauté d'un jeune barman comme il l'avait été durant son adolescence par Andrea, jeune obligé de son père. En filigrane du portrait de Giacomo se profile une reflexion historique allant de l’italie fasciste au japon contemporain en passant par les troubles étudiants que connu Tokyo dans les années 60 (l'époque et le regard de Mari Yamazaki, avec l'importance de la musique, présentement La Callas, n'est pas sans rapeler Murakami).

 

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Comme dans le précédent manga de Mari Yamazaki, Therma romae (voir le billet que j'ai consacré à cette série:  Thermae romae de Mari Yamazaki (réédition augmentée)), il s'agit d'un homme entre deux cultures, mais cette fois non sur le mode burlesque mais dans une tonalité grave et nostalgique que l'on attendait pas chez cet auteur. Encore une fois Mari Yamazaki dans ce seinen fait à nouveau le parallèle entre l’antiquité romaine et le Japon. Giacomo Foscari se souvient, mêlant lieux et époques, passé et présent, allant de la Venise de son enfance au Tokyo des gratte-ciel qui a remplacé la ville aux petites maisons qu'il a connu à son arrivée. Lui reviennent des images, celle de la sculpture antique de Mercure, joyaux de la famille, celle du bel Andrea, un garçon des rues un peu plus âgé que lui dont il enviait la liberté et la beauté, celle de ses amis intellectuels japonais, eux aussi souvent partagés entre la réalité et l'espoir et dont il avait du mal à comprendre l'humour. Avec légèreté le livre de Mari Yamazaki nous parle de l'altérité des cultures (parfois certaines phrases font penser à «L'empire des sens » de Roland Barthes), des différences entre orient et occident. La réflexion du héros passe continuellement des références d'une civilisation à celles d'une autre: << Le japonais prêtent attention aux plus petits insectes qu'on ne regarde même pas en Europe... C'est un univers si éloigné de la Rome antique ou de la renaissance qui ont construit leur civilisation sur l'idée de la suprématie humaine sur le monde...>>.

 

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La narration de Mari Yamazaki est pleine de trous, on n'est loin de tout savoir sur Giacomo Foscari, mais cela n'est que très normal puisque nous avons entre les mains que le premier tome d'une série qui est annoncée comme courte. Il porte pour titre « Mercure » qui évoque le premier chapitre du manga. Mari Yamazakiévoque tour à tour les cerisiers en fleurs, la cruauté des hommes, les blessures de l'âme, l'amour, l'amitié, la guerre, le désir... Les personnages secondaires japonais oscillant entre un Japon séculaire et le modernisme, Yamazaki parvient à bien montrer à quel point ce peuple est pétri de contradictions et de traditions.

 

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La mangaka marche dans les pas de Taniguchi, on retrouve chez elle le même talent que dans l'oeuvre de son illustre devancier pour évoquer le temps qui passe. Elle a ce même désir de peindre des vies où l'on s'interroge et l'on musarde, où l'on est tiraillé entre un hédonisme de bon aloi et un désir de rigueur et d'accomplissement. Comme les héros de Taniguchi, Giacomo Foscari regarde vers son passé pour s'expliquer le présent. Malheureusement le dessin de Mari Yamazaki n'est pas complètement à la hauteur de son scénario même s'il est en progrès par rapport à Thermae romae.

 


 

Taniguchi à déclaré: << Je crois que Mari Yamazaki appartient à cette espèce d'auteurs qui ont assez de génie pour être capable de tout raconter en bande dessinée. >>. Avec Giacomo Foscari, il semble qu'il ait raison...

 

 

 

pour retrouver des mangas sur le blog: Une vie dans les marges de TatsumiBakuman,  Tatsumi,  NomNomBâ de Shigeru Mizuki,  Tezuka à Japan expo 2011Ayako de Tezuka,  Color Mandarake à Tokyo,   Thermae romae de Mari Yamazaki (réédition augmentée),  Tsubasa et L'ile des téméraires,  Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998),  Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki,  Les Années Douces de Jiro Taniguchi & Hiromi Kawakami,  Les villes d'Adachi Mitsuru par Xavier Guilbert,  à propos de Bakuman n° 11,  Jin de Murakami Motoka,  Le chat Karupin dans prince of tennis ,  Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi Sumoto ,  L'ile des téméraires, tome 2 de Syuho Sato,  Silver spoon d'Hiromu Arakawa,  Les 11 questions de la chaîne infernale des amoureux du manga,  Cesare de Fuyumi Soryo ,  Je ne suis pas un homme d'Usamaru FuruyaTakehiko Inoue - 井上 雄彦,  Yanaka, histoires de chats de Megumi Wakatsuki (Tokyo)Giacoma Foscari, livre 1 Mercure, de Mari Yamazaki  .

 

 

 

la couverture japonaise

 

 



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