Georges Loustaunau-Lacau dit Navarre

Publié le par lesdiagonalesdutemps




Il y a des personnages qui ne coincident pas complètement avec leurs titre. Ce sont souvent les plus intéressants et les plus vrais. Ce sont, mais est-ce curieux, presque toujours les plus oubliès. Georges Loustaunau-Lacau est de ceux là.nommé par Xavier Vallat en septembre 1940 délégué général de la Légion française des combattants, il entreprend d'y recruter des agents qui établiront des liaisons avec les services anglais et fonde le réseau Navarre (son nom de plume) qui, devenu le réseau Alliance, sera plus tard dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, son adjointe. Il recrute d'abord parmi les anciens de Corvignolles et de la Spirale et de la cagoule, c'est-à-dire au sein de la droite nationaliste et de l'armée. Son réseau travaille alors pour les services britanniques, à partir d'avril 1941.

Xavier Vallat le fait renvoyer par Pétain de la légion en novembre 1940. Passé en Afrique du nord, il est arrêté pour dissidence par le général Weygand en mai 1941. Évadé, il reprend le maquis en France. Arrêté, livré par Vichy à la Gestapo il demeure six mois dans les caves du capitaine SS Hugo Geissler, subit cinquante-quatre interrogatoires, et condamné à mort, il est déporté en juillet 1943 au camp de Mauthausen, sans que Pétain n'intervienne jamais. Il parvient à survivre à l'internement puis à la marche forcée imposée par les gardiens du camp lors de l'effondrement de l'Allemagne nazie.

A son retour en France, Georges Loustaunau-Lacau est cité comme témoin au procès du maréchal Pétain où il prononce une déclaration fracassante et bien à rebours de l'esprit de l'époque :
« Je ne dois rien au maréchal Pétain, mais je suis écœuré par le spectacle des hommes qui, dans cette enceinte, essaient de refiler à un vieillard presque centenaire l'ardoise de toutes leurs erreurs. 

En octobre 1946, il est mis en accusation dans le cadre du procès de la Cagoule : on lui reproche son militantisme d'extrême droite et ses activités conspiratives d'avant 1939. Il est arrêté en juin 1947 par l'adjoint du commissaire de police qui l'arrêta en 1941. Il passe six mois en prison et bénéficie d'un non-lieu en février 1948.

Il entame un nouvelle carrière politique et est élu le 17 juin 1951 député des Basses-Pyrénées sous l'étiquette de l'Union des nationaux indépendants et républicains (il siège au groupe des Français indépendants).

Antisémite dans les années 1930, il témoigne de l'extermination des juifs de Hongrie dans son livre "Chiens Maudits" :

« A notre gauche, en contrebas, seize mille Juifs hongrois rassemblés sous une immense tente ouverte sont en train de mourir. Ils mourront ou peu s'en faut car ils ne reçoivent pas de nourriture. Chaque demi-heure, une voiture traînée par un cheval étique, charge les cadavres dont le tas, devant la tente ne s'abaisse jamais. Il y a parmi eux des femmes, des enfants, des vieillards. Ils sont vêtus de chiffons et pour la plupart couchés sur la terre, attendant la mort dans une lente agonie. Nous ne pouvons rien pour eux, ils ne peuvent rien pour nous. Le four crématoire brule sans arrêt [...]. Entre le four crématoire et le mur d'enceinte s'élève une pyramide faite de crânes et de tibias roussis, l'odeur est intolérable6. »

Il meurt à Paris le 11 février 1955, le jour de sa nomination comme général au Journal officiel. Il y a des héros irrécupérables...

Publié dans métapolitique

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