Filippo de Pisis

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Filippo de Pisis est né à Ferrare, en Italie en 1896 dans une famille aristocratique. Son nom de naissance était Luigi Filippo Tibertelli. Il est le troisième de sept enfants. Ernesta, son unique sœur, d' un an plus âgée que lui, aura une importance considérable dans sa formation. Comme pour ses frère et sa soeur le petit Luigi Filippo, que ses parents surnomme Gigi, ne va pas à l'école mais un précepteur est a domicile qui se charge de l'éducation des enfants. En 1904 la famille Tibertelli quitte la maison dans laquelle est né Gigi pour s'installer au Palais Calcagnini, propriété du comte Giovanni Pironi Grosoli. Lorsqu'il a quatorze ans, le comte Grosoli lui permet d'utiliser les combles de l'édifice comme atelier, avec quelques morceaux de papier peint et quelques coupons de soie il se crée un environnement où il peut se retrouver pour dessiner, lire, étudier. 
Très jeune, à Ferrare, il a multiple passions; il écrit de la poésie, herborise et constitue un grand herbier qu'il a donné en 1915 à l'Université de Padoue; il est également un chasseur de papillons acharné mais surtout il consacre beaucoup de son temps à l'étude de la peinture sous la direction de Edward Domenech. En 1914, il obtient son baccalauréat et passe ses vacances d'été à la Villa Bortolomasi, près de Bologne. Il s'inscrit ensuite à la Faculté des arts de l'Université de Bologne. De santé fragile, il souffre de troubles nerveux. Il est brièvement hospitalisé dans un hôpital psychiatrique à Venise; suite à cela il est exempté du service militaire. Lors de sa découverte de Venise, il étudie les peinture du Titien, de Tintoret et de Tiepolo. Il fait des Copies dans les musées et les collections privées de en tableaux anciens. Parallèlement se livre à une expérience de la poésie futuriste, "Le Bandon".  
Sa soeur, Ernesta Tibertelli (1895 -1973), fut une illustratrice reconnue . C'est probablement elle qui introduit De Pisis aux écrits mystiques. Elle a peut-être collaboré avec lui au début de sa carrière à des poèmes et des peintures.
Durant son séjour à Bologne Il lie d'amitié avec le critique Giuseppe Raimondi, et avec Cavicchioli, Umberto Saba, Giuseppe Ravegnani, Marino Moretti et Alfredo Panzini.

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Il se fait connaitre dès 1916 comme poète. Après la publication de sa première plaquette, cette même année, il rencontre Giorgio de Chirico, Carlo Carrà et Alberto Savino qui se trouvent à Ferrare pour faire leur service militaire  et qui ont tous à des degrés divers fréquentés les avant-gardes parisiennes. Ces relations ont conduit quelques temps Pisis à se tourner vers la peinture métaphysique. Il participe aux revues futuristes Lacerba et La Voce. Bien qu'il n'ait pas commencé à peindre, C'est dans l'appartement à Ferrare de De Pisis que se déroulaient les réunions informelles du groupe et où ont été exposées pour la première fois la plupart des peintures métaphysique de Chirico. Il publie dans Valori Plastici et s'intéresse aussi au Dadaïsme (papier collé, 1920). En 1919, il se lie avec Morandi et a Milan, rencontre Marinetti et quelques peintres futuristes, tels que Ivo Pannaggi, Gerardo Dottori et Enrico Prampolini.
En 1920 il commence à écrire "La ville aux 100 merveilles", qui sera publié à Rome en 1923; texte où l'on peut voir l'influence de De Chirico, avec sa vision mélancolique et nostalgique de la peinture.
Toujours en 1919, De Pisis déménage à Rome où il a commence véritablement à peindre. Le séjour à Rome marque un moment important dans la vie de De Pisis, tant pour l'évolution de la peinture et pour ses choix culturels et existentiels. En effet, jusque là, il se voit plus comme un poète que comme un peintre. Mais s'est surtout à partir de 1923, au cours de son séjour à Assise durant lequel il accepte un de professeur de latin dans une école privée , qu' il se consacre plus assidûment à la peinture. Le 5 Juin 1923 son père meurt, de Pisis est brièvement de retour à Ferrare, mais il a maintenant décidé de s'installer à Paris, malgré les inquiétudes de nature économique de son frère Peter, avec le soutien de la mère il commence à préparer son départ. Il résidera à Rome, jusqu'en 1926 année où il décide de s'installer à Paris où il restera jusqu'à l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Il commence par habiter à l'Hôtel Bonaparte, rue Bonaparte puis il loue un atelier dans la Cour du Dragon, puis au 18 de la rue Madame. où Il peint beaucoup de vues de Paris, des natures mortes et des études de nus. Les premiers tableaux exécutés à Paris se distinguent par une matière riche et des tonalités sensuelles. Sa palette va s'alléger et la facture devenir plus rapide : le fond, généralement nu, met en relief une trame de couleur claire et légère. C'est de cette période que date la série des natures mortes au bord de la mer (plusieurs fois reprises) et des nus. Il s'oriente de plus en plus vers un Néo-Impressionnisme qui rencontre un grand succès auprès du public parisien.
Lors d'une des premières expositions parisienne de De Pisis, Giorgio de Chirico lui rend un sensible hommage: " Dans le vaste monde de la peinture d'aujourd'hui où la surprise et l'étonnement règnent en souverain, où les sentiments énigmatiques se mêlent aux plus troublantes émotions, dans ce monde la victoire sera toujours à ceux qui le mieux sauront découvrir et tirer de ses mystérieuses coulisses, pour jeter sur la scène du tableau, le démon qui se cache au fond de tout être et de toute chose. A cette rare espèce appartient Filippo De Pisis, observateur aigu, doué d'un talent exceptionnel, tempérament de peintre et de coloriste, il connait le joli secret de nous montrer les choses les plus courantes dans l'atmosphère la plus curieuse. Filippo De Pisis n'est pas un naïf. Il sait ce qu'il veut et ce qu'il fait. L'ironie et l'étonnement se mêlent en lui avec un très subtil lyrisme.".

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Il tente de donner sur la toile l'équivalence à sa poésie. De Pisis est surtout connu pour ses paysages urbains, ses scènes marines et ses natures mortes, en particulier celles représentant des fleurs. Son travail rend à merveille la qualité de l'air. De Pisis a également exécuter d'autres œuvres moins connues, en particulier en ce qui concerne tout un pan de son oeuvre baignée d'érotisme gay. Dans des toiles non destinés à l'exposition De Pisis cherche à créer un idéal androgyne. Il a écrit "L'maschile elemento e femminile è fuso strettamente in ogni individuo" ("L'élément masculin et féminin est bien fondu dans chaque personne.") Dans la célébration de l'androgynie De Pisis rejette les rôles traditionnels des rapports hétérosexuels.
Dans le début des années 20, De Pisis prend conscience de son homosexualité. Il a décrit ses fantasmes sexuels dans son journal intime, et il est finalement tombé amoureux d' un jeune homme nommé Berto. De Pisis écrit  jouir du corps de son amant, dont il dit qu'il lui caus "délire et douleurs de l'âme.".
A Paris, de Pisis  y retrouve De Chirico et Savinio et il y rencontre Tristan Tzara avec qui il correspondait déjà. Il fait également la connaissance d' Henri Prunières, fondateur de la Revue Musicale, devient l'ami, de Moreau, Segonzac, Bosnard (qui deviendra directeur de l'Académie française de Rome), Hélène-fort et André Denoyer.  Il est fasciné par les tableaux des impressionnistes et des Fauves. Durant cette période il élabore des compositions très personnelles, inspirées par une veine de poésie mélancolique. On y décèle des influences aussi diverses que celles  de Delacroix, Manet, Corot et surtout de l'Impressionnisme, qu'il assimile d'une manière toute personnelle mais aussi du surréalisme.
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En 1926 de Pisis fait sa première exposition personnelle à Paris à la Galerie au Sacre du Printemps. Durant son séjour parisien il continue à exposer en Italie et écrit des articles pour divers magazines littéraires italiens. 
Il est devenu un membre à part entière des "italiens à Paris", un groupe d'artistes qui comprenait de Chirico, Savino, Massimo Campigli , Mario Tozzi , Renato Paresce et Pozzati Sévère

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En Novembre 1927 de Pisis est impliqué dans une controverse assez vive dans la presse après un entretien publié dans "Comoedia" dans lequel "A Rome, il y a des fascistes (...) J'ai préféré vivre en France.". Ce propos n'empêche pas de Pisis à avoir des amis proches du fascisme.
 En 1929 après une brève hospitalisation sa mère décède en Septembre. Le rapport de de Pisis avec sa mère a certainement été profondes et complexes, et ce manque soudain va bouleverser profondément la vie du peintre-poète. Il écrit des poèmes dans lequel éclatent sa douleur et son désespoir. A la fin de l'année, il visite son frère Leo dans sa villa près de Modène, puis il se rend à Venise, où il a peint dans l'atelier du peintre Jutes Ravenne. 
Au début de 1930 de Pisis est de retour à Paris. Il s'installe dans un appartement au dernier étage du 33 de la rue Servandoni où il demeura jusqu'à son retour en Italie en 1939. Dans cet appartement passera de nombreux amis italiens, Palazzeschi, Moretti, Achille Funi et de nombreuses personnalités de la culture française.
Le critique français Waldemar George, qui, quelques années plus tôt avait écrit une monographie sur de Pisis, présente l'exposition "Appels d'Italie" à la Biennale de Venise de 1930 dans laquelle figurent plusieurs toiles de de Pisis. En 1931 pour illustrer le livre de son grand ami John Comisso , il effectue une série d'aquarelles. Cette même année il fait son premier voyage en Angleterre, il y retournera ensuite plusieurs fois. Il y noue des relations amicales avec Vanessa Bell et Duncan Grant (j'ai consacré un billet à Duncan Grant, c'est ici ).
En 1932, il se lie d'amitié avec Leonor Fini et avec l'écrivain André Pieyre de Mandiargues. En Mars, dans cette même année la Galerie Bernheim organise une grande exposition collective, sous le titre "Artistes Italiens modernes", qui présente les travaux de vingt artistes, aux côtés de Pisis on trouve, entre autres, Casorati, Campigli, de Chirico, Savino, Morandi, Scipione, Severini, Tozzi, Tosi et Marussig.
Durant ces années parisienne Il fait plusieurs tableaux représentant des nus masculins. Généralement il recrutait ses modèles parmi  des jeunes hommes de la classe ouvrière qu' il rencontrait dans la rue. Dans son journal, il a écrit des commentaires  sur les corps de ses modèles. 

En 1934 il participe à une exposition aux côtés de Leonor Fini. La même année est organisé par la Galerie des Quatre Chemins, une exposition intitulée «Fleurs de de Pisis" Le catalogue est fait par Massimo Bontempelli.
A Paris, en mai 1936 s'ouvre l'exposition au Jeu de Paume "Art italien des XIX et XX ème Siècles", qui présente cinq tableaux de De Pisis. Il Passe l'été à peindre dans le Gers où son frère possède un château.  
En Mars 1937, il participe à une exposition organisée par la Galerie Rive Gauche, «Epoque Métaphysique " avec Jean Cocteau et Max Jacob. Le catalogue est préfacé  par Henri Sauguet.
A son retour en Italie, il s'installe à Milan, via Rugabella jusqu'en 1943 son atelier est détruit par les bombardements. La même année, il s'installe à Venise C'est à cette époque qu' apparaissent les premiers symptômes de la maladie, une certaine forme d'athérosclérose précoce qui progressera inexorablement et le tourmentera avec des maux de tête et un sentiment d'appréhension, qui le mènera au cours des années suivantes, à faire des séjours répétés dans des cliniques.
En 1946, il crée deux grands panneaux pour l'Hôtel Continental à Milan, très inspirés de la grande peinture vénitienne.
 A Venise il est inspiré par les peintures de Francesco Guardi et des d'autres maîtres vénitiens du XVIIIe siècle. Dans cette ville, quelque peu extravagant, un gondolier était à son service 24 heures sur 24. On peut penser que le beau gondolier avait d'autres attributions, à commencer par être pour son patron, un modèle régulier. Il sortait souvent accompagné de Coco, son perroquet juché sur son épaule. Les soirées de De Pisis étaient renommées autour de la lagune. Une d'entre elle fut si chaude que dix neuf personnes dont le maitre de maison la finirent au poste...

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Dans les intervalles que lui laisse la maladie, il peint des natures mortes (coquillages, vases de fleurs, objets abandonnés sur des fonds marins) ainsi que des paysages, dont des vues de Venise et de Vérone, nés d'impressions fugitives. Ces derniers tableaux sont le reflet de sa souffrance: les couleurs y sont sombres et la matière est étalée en couches minces. Ces toiles exprime alors un profond mal de vivre.

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Je ne peux qu'être d'accord avec Lorenzo de l'excellent site Tramezzinimag, grand connaisseur, du Venise d'aujourd'hui lorsqu'il déclare: " Filippo De Pisis qui a fait une carrière internationale est pour moi un des contemporains qui a le mieux perçu la lumière et l'âme de la Venise de notre temps, éternelle et pourtant tellement différente de celle que voyaient les Bellini, les Guardi ou Canaletto. Il a une manière unique de faire surgir par des traits et des couleurs nos sentiments et nos impressions". J'ajouterais qu'il y a du Soutine dans ses portrait vénitiens. Et pas seulement dans ses portraits, dans ses natures mortes également car comme Soutine, rien ne fascine plus De Pisis, sauf peut être les beaux garçons, le moment où la beauté se corrompt et laisse apercevoir les premiers symptômes de la pourriture qui la détruira.
L'image de Venise que donne le peintre de Ferrare n'est pas celle d'une ville décadente, mais il propose plutôt une vision d'une ville très active et densément peuplées, comme elle l'était encore dans les années où il y résida. 

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Il meurt à Milan des suite de sa maladie en 1956.


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Les dernières années de la vie de Filippo De Pisis ont été particulièrement tristes. Souffrant de troubles maniaco-dépressifs, il n'a plus guère quitté sa chambre de la clinique neurologique de Brugherio, près de Milan. Giovanni Comisso raconte ici sa toute dernière visite au peintre, en décembre 1952 :


Je lui rendis à nouveau visite. On m'avait dit de faire semblant d'être malade, de porter une écharpe autour du cou comme si j'étais souffrant, de lui dire que tous nos vieux amis étaient aussi en mauvaise santé ; l'idée de n'être pas le seul à souffrir lui aurait peut-être apporté un peu de réconfort. Mais quand je me retrouvai dans sa chambre lugubre, il ne me sembla plus nécessaire de jouer cette comédie. Il n'avait rien perdu de son génie de la conversation, sa mémoire et son ironie étaient intactes. Il se souvint que Panzini, dont il avait été l'ami, était allé habiter à Bellaria, dans une maison proche de la voie ferrée, constamment secouée par le passage des trains, pour la seule raison qu'il s'y trouvait autrefois une auberge dans laquelle Garibaldi avait séjourné. Il exerça son ironie sur De Chirico, en évoquant leur première rencontre à Ferrare. «C'était au moment, dit-il, où De Chirico avait commencé à apprendre à dessiner de manière convenable.» Il me dit qu'il s'était remis à lire Les Fiancés [I Promessi sposi] et «bien que fort mal écrit, c'était tout de même un très beau livre.» 
Il était assis, se tenant bien droit, les épaules maigres, le visage ceusé, les yeux mi-clos, on avait l'impression qu'il avait soixante-dix ans [nous sommes alors en 1952, De Pisis a cinquante-six ans]. Cette chambre ne ressemblait pas à ses ateliers d'autrefois, remplis de toiles retournées au pied des murs. Il alla chercher au-dessus d'une armoire l'un de ses derniers tableaux, comme s'il s'agissait d'un objet hors d'usage que l'on aurait entreposé là, et il me dit : «Que veux-tu, il n'y a pas de lumière dans cette chambre, et je je suis obligé de faire des tableaux en noir et blanc. Ici, je ne peux plus voir les couleurs.» Je m'aperçus que ses mains ne tremblaient plus, comme dans les récentes années de sa maladie ; elles étaient à nouveau calmes, potelées, et d'une douce blancheur, comme revêtues d'un duvet d'oiseau. Il prenait grand soin de ses mains, et il aimait les mettre en valeur en arborant des bagues très voyantes. Maintenant, il n'en portait plus qu'une seule, en argent. Je lui dis que j'étais heureux de retrouver ses mains d'autrefois, mais je m'étonnai de ne plus y voir ses fameuses bagues. Je lui demandai ce qu'était devenue sa bague ornée d'une pierre sur laquelle était gravé un petit nu, qu'il appelait Le berger d'Arcadie et qu'il utilisait comme sceau au dos des enveloppes de ses lettres. Il ne me répondit pas, mais me parla plutôt de l'un de ses tableaux qui portait le même titre, et qu'il avait peint à Paris ; il aurait bien aimé savoir ce qu'il était devenu. Il avait la sensation de vivre uniquement dans ses œuvres, et cela me réconforta. 
Au moment de nous séparer, il regarda les murs nus de sa chambre, et la tapisserie aux fleurs délavées, comme celle que l'on retrouve dans les hôtels les plus modestes. Lui qui dans tant de demeures, presque partout dans le monde, procurait la joie de poser le regard sur ses tableaux, et d'oublier ainsi les désagréments de la vie, c'est dans ce triste décor qu'il devait passer le restant de ses jours. Et il semblait considérer sa chambre de reclus comme l'une des nombreuses bizarreries qui avaient accompagné sa vie aventureuse. Il n'avait aucun désir de sortir de cette clinique, de retourner dans sa demeure vénitienne, de pouvoir guérir et de reprendre le cours de sa vie fatale et sublime d'autrefois ; en fait, il avait fini par se complaire dans cet enfermement, comme quelqu'un qui, empêtré dans les rouages d'un implacable engrenage judiciaire, passe d'un procès à l'autre, d'une prison à l'autre, certain désormais de ne plus jamais retrouver la liberté. Cela semble impossible, mais rien dans le monde n'est plus prêt que l'âme humaine à s'adapter à un mode de vie totalement opposé à celui qu'elle a précédemment suivi, et cela vaut aussi pour les esprits les plus irréductibles et les plus rebelles.  Il s'aperçut que je pleurais, je pleurais déjà sur sa mort et sur la fin de notre amitié, mais il se montra plus fort que moi en me reprochant cette faiblesse inutile. Au moment de prendre congé, il m'accompagna jusqu'aux escaliers et, dans le couloir, nos pas s'accordaient comme lorsque nous arpentions, sûrs de nous et heureux, les rues de Paris et de Cortina ; on aurait pu croire à ce moment-là qu'il s'apprêtait à sortir avec moi pour retourner à notre vie merveilleuse. Il me dit alors, comme s'il se séparait de moi : «Reviens vite.» Et il était passé pour toujours de l'autre côté du mur.
Je descendais tristement les marches et, comme une soudaine révélation, je songeais que nous n'étions que des vagues magnifiques, toujours sur le point de se briser et de s'écrouler sur le rivage.




Giovanni Comisso Mio sodalizio con De Pisis Ed. Neri Pozza, 2010(Traduction Tramezzinimag)


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Son travail a eu deux fois les honneurs de la Biennale de Venise, une fois de  son vivant en 1948, et la seconde à titre posthume. La rétrospective la plus importante de son œuvre a eu lieu en 1951 à Ferrare, puis à Milan. Pour le centenaire de sa naissance, en 1996 sa ville natale a organisé une vaste rétrospective. Le musée d'art moderne de Turin a consacré en 2005 une exposition à l'artiste. Depuis De Pisis se fait rare... 
Filippo De Pisis occupe une place particulière dans l'art italien et même dans l'art du XXe siècle. Son histoire personnelle et son éducation intellectuelle font de lui un transgresseur des canons et des dogmes de l'histoire de l'art. Tout au long de sa vie, malgré ses multiples contacts avec les principaux mouvements d'avant-garde, sa peinture est restée à l'écart des tendances, développant un langage plein de poésie, en conformité avec sa faculté créative.

Si ce billet est presque exclusivement à De Pisis, peintre et non à De Pisis poète, c'est que ne lisant pas l'italien, je connais que peu de ses poèmes. Du vivant de De Pisis, on trouvait de ses poèmes dans les livres scolaire d'italien, mais aujourd'hui, De Pisis n'apparaît plus dans les manuels scolaires et la plupart des étudiants l'ignore en tant que poète. 
Il est vrai que la poésie de De Pisis est dans sa peinture, en particulier chez ce botaniste passionné dans ses "portraits" de fleur.
On peut voir principalement les oeuvres de l'artiste à la Pinacoteca Civica de Forlì. Reste de son œuvre est aussi le Musée Filippo de Pisis à  Ferrare et aussi à la Galerie Nationale d'art moderne de Rome. Lors de la visite de cette dernière, qu'il rapporte dans Vigiles, son journal de 1987, paru aux éditions P.O.L., Renaud Camus note à propos du peintre: " De Pisis est plutôt mieux loti, malgré un très beau bouquet de fleurs, ce que je préfère de lui n'est évidemment pas là: ce sont es dessins de garçons. Une petite pièce est toutefois consacrée à ses oeuvre sur papier, mêlées à de superbe De Chirico." 





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Nota
1- En 1983, les éditions Fata Morgana ont publié un recueil de poésie de de Pisis, "onze plus un poème", le livre est toujours disponible.
2- A l'adresse suivante, on peut voir un très important choix des oeuvres de De Pisis http://www.andrenis.it/gallery/depisis/album/

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