Félix Vallotton, Le feu sous la glace au Grand Palais

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Le Bain turc 1907


 

expo Félix Vallotton au Grand Palais

En allant voir l'exposition Vallotton, je vous mentirais si j'écrivais que vous y verriez que des chef d'oeuvres. Mais s'il y a des croutes assez croquignolesques, je n'en ai photographié que quelques unes pour votre éventuel esclaffage, vous pourrez aussi admirer des toiles surprenantes qui sont chacune à elle seule comme un condensé d'une pièce de Bernstein où la femme est une bien perfide créature. Le paradoxe de Félix Vallotton est que cet homme qui a passé sa vie à peindre les femmes était un furieux misogyne. Curieusement la rétrospective ne met pas en avant pour ce quoi Vallotton est surtout connu de nos jours, ses bois gravés, il y en a néanmoins de superbe, et pas du tout ses dessins de presse! L'accrochage est à la fois thématique et chronologique, ce qui fonctionne à peu près avec Vallotton qui a abordé successivement les grands types de peinture, portraits, paysages, natures mortes, scènes mythologiques, scènes de guerre... On est tout de même surpris, vers la fin de l'exposition, de l'entêtement de l'artiste à vouloir aborder les sujets mythologiques, alors qu'ils n'étaient plus considérés depuis longtemps comme l'apanage de la grande peinture. S'attaquant à ces grandes machines Vallotton arrive souvent à un indéniable comique, ce qui ne devait pas être le but recherché. Il vaut mieux garder en mémoire ses paysages sereins dans le style des nabis avec leurs grands aplats ondulants de couleurs tendres.

 

 

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le Ballon, 1899

 

 Le Bain au soir d’ été, 1893 

 


 

 

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La grève blanche

 

Félix Vallotton, Vuillard Drawing at Hornfleur

 Vuillardécrivant à Hornfleur


 

La visite


 

 

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 La Chambre rouge, 1898


Une visite pas du tout inoppotune, le monsieur attendait la dame et ne va pas tarder à l'entrainer vers la chambre pour peut être zébrer son fessier à l'aide de la canne en équilibre instable sur la table. La tonalté rouge du tableau indique le torride de leur relation. C'est du Pierre Louys!

 


Intérieur avec couple


La suite du tableau précédant?

  

 

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Dans ce tableau de 1922, intitulé, "La chaste Suzanne", cela doit être l'humour suisse, on peut y voir une version 1920 de Suzanne et les veillard, mais où Suzanne non surpris au bain, mais recevant ses croulants soupirants dans sa loge de théâtre fait monter les enchères avant de passer à la casserole... Il y a un petit coté Hopper dans ce tableau tant par la position de voyeur intimée au spectateur que par le cadre de ce conciliabule...

 

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Les remarquables bois gravés, dont il ne faut jamais oublier de lire le titre sont difficile à photographier en raison des reflets et de leur accrochage, souvent un peu trop haut. Les photographie étaient autorisées sauf pour certaines toiles qui malheureusement étaient souvent les plus intéressantes (c'est le cas par exemple du tableau ci-dessous que j'ai du photographier de loin d'où la mauvaise qualité du cliché).

 

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Intérieur avec femme en rouge de dos , 1903

  

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A droite soit le cocu, madame va visiter son amant, soit le mari attendant excédé que sa femme ait fini de se pomponer...

 

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un nu traté comme un paysage nabis

 

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Femme fouillant un placard dans l'espoir, soit de trouver les lettres de la maitresse de son mari, soit de trouver la planque de la fraiche de son homme... On comprend tout quand on sait qu'Il est l’ami de Marcel Schwob et d’Octave Mirbeau. Mais il n’est pas apprécié de tous. << Le funèbre monsieur Vallotton>> écrit Apollinaire. Et Jules Renard : «Vallotton, d’une insignifiante tristesse de tapissier.


 

 

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Je ne comprend pas pourquoi les commissaires de l'expostion n'ont pas mis en avant le fort contenu politique de certains bois gravés de Félix sans doute parce que les temps changent comme le chantait ce bon vieux Robert.

 

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jeune personne perplexe devant cette intimité féminine...

 

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Il sera beaucoup pardonné à Vallotton cet homme aimait les chats...

 

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 Le Chapeau violet, 1907


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Femme accroupie devant une salamandre - 1900

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Parfois Vallotton s'essaye avec succès à faire l'ingre, qu'il admirait beaucoup, mais au lieu de camper une bourgeoise de province, il prend pour modèle une pute.

 

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J'ai toujours rêvé d'avoir ce genre de tableau dans ma salle à manger. Cela me parait être le parfait antidote aux passages des anges lors de diners. Une telle toile pouvant apporter aux convives les moins loquaces un sujet de conversation...

Le cartouche indique qu'il sagit de Persée tuant le dragon, peint en 1910. Moi avant de le lire, je n'avais pas vu cela du tout mais un toréador ayant perdu son habit de lumière, doté, si je puis dire d'un micropénis et s'étant maladroitement reconverti en perchiste. Notre hidalgo ayant malencontreusement planté sa perche dans un sympathique crocodile qui musardait inexplicaplement dans le sautoir (remarquez les petite main de la pauvre créature qui cherche à extirper l'objet de son giron. Cette s par une scène est regardé en coin par une teutonne revêche en train d'uriner... Je suis sûr qu'il y a d'autres interprétations possibles.

 

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Paris, décembre 2013 

 

Avec cet Orphée dépecé de 1914, Vallotton exprimait toute sa misogynie et sa peur des femmes, en voilà un qui a du regretté toute sa vie de ne pouvoir être pédéraste!

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ismau 27/12/2013 23:38

Votre ironie est comme souvent, mais particulièrement ici, extrêmement plaisante - avec une superbe apothéose finale -
Evidemment, elle semble tout à fait justifiée pour les ridicules tableaux mythologiques . Mais l'est-elle pour l'ensemble des oeuvres ?
Je n'ai justement pas retrouvé les quelques tableaux inattendus dont les reproductions me donnaient envie d' aller voir cette exposition . Plus encore le film de Juliette Cazanave « Félix
Vallotton, la vie à distance », vu sur Arte il y a quelques semaines m'avait beaucoup plu . J'y avais découvert un homme et un artiste singulier, pas spécialement misogyne mais plutôt
misanthrope dépressif, tout en étant fortement impliqué avec ses gravures dans la dénonciation sociale et politique , comme vous le signalez . Mais j'ignorais son activité d'écrivain et de
critique, qui ne semble pourtant pas mineure, avec plusieurs romans autobiographiques sans doute très intéressants au moins pour découvrir ce milieu et cette époque .
Pour ses gravures et peintures, c'est l'économie de moyens que j'apprécie, entre les quelques lignes choisies, et les surfaces en aplats colorés, que l'on retrouve même plus tard dans ses nus
réalistes . Et puis la modernité des cadrages, et points de vue très photographiques, parfois subtilement décalés comme dans le fameux Ballon ( perspective étrange, avec deux visions combinées ) ou
comme dans le beau tableau jaune reproduit pour l'affiche .
Je serais curieuse de savoir ce qu'en dit Claude Arnaud, dont j'ai relevé la participation au catalogue, avec une vingtaine de textes .

lesdiagonalesdutemps 28/12/2013 08:55



En ce qui concerne Claude Arnaud (dont l'essai sur Proust et Cocteau a été un de mes cadeaux de noel et attend la lecture au sommet d'une pile vertigineuse et instable) je ne peux rien vous dire.
J'achète les catalogues des expositions quand j'ai été conquis par celle-ci, ce qui n'est pas complètement le cas par Vallotton et puis c'est ruineux. Puisqu'il coute 40€ et comme je vois au
moins une exposition par semaine... En revanche j'ai acheté le "Découverte" sur cette exposition. Quelle belle collection...


Il faut aller voir l'exposition pour les toile que j'appellerais de vaudeville, tout à fait originale dans le suggéré. Et il y a bien sur les bois gravés malheureusement pas assez nombreux. A la
fin des années 90 au salon d'automne nous avions organisé une exposition des xylographies de Vallotton qui était plus copieuse que ce que l'on voit ici. J'avais un peu mis la main à la pâte...


Donc mon ironie ne s'étend pas à tout l'accrochage dont l'éclairage est parfois discutable, un peu trop vif.


Je n'ai malheureusement pas vu le documentaire sur Arte.