faire lire Mourlet, jusqu’en Californie. Au moins

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Encore une fois je trouve un article sur le blog de Raphael Sorin, "Lettres ouvertes", http://lettres.blogs.liberation.fr/ dont j'aurais aimé avoir écrit chaque mot et dont je fait ses recommandations miennes.


Les cinéphiles eurent de nombreuses chapelles. La plus fervente s’empara d’un cinéma, le Mac-Mahon. Elle se baptisa, sans chercher trop loin: les «mac-mahoniens». Elle eut un chef, Pierre Rissient, des apôtres, dont Jacques Lourcelles, Jean-Louis Noames (alias Skorecki), Jean Curtelin, Jacques Serguine. Une revue,Présence du cinéma. On y célébra Fritz Lang, Samuel Fuller, Raoul Walsh, Joseph Losey ou Vittorio Cotaffavi (je fis sa connaisance grâce à Curtelin je crois, et, plutôt que de péplums, il me dit son admiration entière pour Bernanos).
Michel Mourlet, qui dirigea la revue de ces cinéphiles enragés et sélectifs, publie, aux PUF, L’Ecran éblouissant, que je recommande à ceux qui ignorent que la cinéphilie fut aussi un «art de vivre». On y parcourt plus d’un demi-siècle avec un portrait saisissant de Lang, un éloge de Jacques Tati, la célébration de Cecil B. DeMille, une querelle avec Robbe-Grillet ou un adieu à Rohmer.
D’une façon sournoise, les mac-mahoniens furent les victimes d’une rumeur tenace. Pire que réacs. Infréquentables. Malgré le soutien de Michel Ciment et de Bertrand Tavernier, anciens complices, elle a la peau dure. Pas plus tard qu’hier soir, en dinant avec Rissient (qui se souvenait d’avoir permis la sortie du Père Noël a les yeux bleus), devant Tom Luddy, le patron du Festival de Telluride, et un déjà grand critique, Scott Foundas, chargé du New York Film Festival (que je fis rire en lui disant que «jeune cinéphile» était un oxymore), nous nous jurâmes de réhabiliter avec éclat l’honneur de cette bande d’enragés et de faire lire Mourlet, jusqu’en Californie. Au moins.

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