Eurêka! d'Hitoshi Iwaaki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Certains auteurs ont le merveilleux pouvoir de rendre l'Histoire passionnante. C'est le cas d'Hitoshi Iwaaki dont je n'avais rien lu auparavant (ce n'est pas pour cela que je ne me suis pas informé sur ce monsieur, voir en fin de billet). Or donc, Eurêka nous raconte, en 213 AVJC, le siège de Syracuse, allié des carthaginois, par les romains conduit par le général Marcus Claudius Marcellus. Les remparts de Syracuse bénéficient pour les défendre des inventions ébouriffantes en matière d'engins de guerre du plus célèbre enfant de la cité Archimède (d'où le titre). Cet épisode mythique de la guerre punique est vu par les yeux de Claudia une jeune aristocrate né à Syracuse mais romaine, la ville était auparavant allié de Rome et de son non moins jeune ami, Damppos, un spartiate qui trouvant sa ville natale trop instable s'est installé à Syracuse subjugué par la beauté et l'opulence de cette cité et... sa tranquillité. C'était sans compter sur le brusque changement d'alliance de la Syracuse passant brusquement d'une alliance avec Rome à une allégeance à Carthage.

Claudia citoyenne romaine est désormais en danger dans sa ville. Damppos s'instaure son ange gardien. Les deux jeunes gens vont se réfugier chez Archimède un ami de la famille de Claudia. Les inventions du savant éblouissent Damppos...

 

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Je suis toujours épaté par ces mangakas japonais qui choisissent les thèmes les plus improbables pour leurs mangas et qui parviennent à nous passionner avec. J'ai un peu de mal à me mettre à la place du dessinateur qui, en se levant et rangeant son futon dans un appartement de Tokyo, se dit: Et si ce matin je commençais une histoire sur le siège de Syracuse lors de la seconde guerre punique... Respect comme on dit aujourd'hui.

 

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L'intérêt que l'on porte à cette histoire vient d'emblée par la profonde empathie que l'on éprouve pour Claudia et Damppos, ces deux innocents, bien mignons, jetés dans les tourments de la guerre.

Hitoshi Iwaaki n'est pas le plus grand dessinateur de manga. La physionomie de ses personnages ont peu d'expressions et dans l'action, ils manquent de dynamisme; mais ses cases claires s'enchainent bien et son dessin est très efficace. Hitoshi Iwaaki est d'abord un raconteur d'histoire. Il expose avec clarté et concision des faits qui ne sont pas particulièrement simples. Son rendu des architectures et ses panoramiques de villes et de batailles sont d'une grande nettetés. Les explications des stratégies des différentes armées sont lumineuses.

 

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Il arrive avec l'Archimède dans ce manga, ce qui est arrivé à Léonard de Vinci. On crédite le savant grec de machines dont à la rigueur, il a peut être eu l'idée, mais guère plus très probablement. Historiquement, on attribue à Archimède l'invention de sa fameuse vis, mais surtout celui du principe du levier et de la roue dentée. Cette dernière invention est essentielle pour transmettre les mouvements et démultiplier l'effort. Donc les machines que nous voyons dans le manga ne sont pas, en théorie absurdes. Il reste que la technologie de l' époque rend très improbable la réalisation des pièces constituant ces machines. Mon scepticisme est d'autant plus grand que les dessins d'Hitoshi Iwaaki de ces faramineux engins de guerre ne sont pas toujours convaincants. J'aurais aimé qu'il nous en donne des plans succints pour qu'on en comprenne bien le fonctionnement. Et surtout, pour leur crédibilité, il aurait fallu que les éléments formant ces engins de mort soient représentés d'une façon moins moderne, moins lisse. Par exemple les catapultes défendant Syracuse coté mer ressemblent à des extra-terrestres! On a parfois ainsi le sentiment de lire de la science-fiction antique! Ce qui n'est pas, loin de là désagréable, mais je ne suis pas sûr que se soit le but du mangaka qui par ailleurs s'est solidement documenté aussi bien historiquement que géographiquement.   

 

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En dépit de la richesse scénaristique, on regrette qu’il s’agisse d’un one-shot ; Trois ou quatre tome auraient été les bienvenue. Ils aurait permis de développer plus les relations entre les personnages et ainsi amener davantage son lot d’émotions. Félicitons la belle édition de cet ouvrage de 250 pages dont 4 pages en couleur pour son introduction.

Eureka a l'avantage en plus d'être palpitant de vous entrainer dans des recherches enrichissantes sur la toile et dans votre bibliothèque. Un manga qui correspond bien à la vieille formule, malheureusement pas assez mise à l'honneur: instruire en distrayant.

 

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Hitoshi Iwaaki est né en 1960 à Tokyo. Il est l'ancien assistant de Kazuo Kamimura (La plaine du Kantô). Il a voué sa carrière au manga pour adulte (seinen). Il est tout d'abord remarqué grâce à Gomi no umi publié en 1985 par Kodansha. Mais c'est sa série Fuko no iru Mise dans le célèbre magazine Morning (Cesare, Billy Bat, Vagabond...) qui le propulse tout de suite après dans le milieu professionnel. Le grand succès arrivera seulement en 1989 avec Parasite, sortie en 1989 au Japon et en France  entre 2002 et 2004 (seule oeuvre du mangaka avec Eureka à être traduite en français). Parasite a beaucoup influencé par exemple Hajime Isayama (L’attaque des Titans)Reconnu au Japon pour la grande qualité de ses œuvres, le mangaka a également travaillé sur deux séries célèbres qui lui tiennent à cœur : Devilman et Black Jack. Mais ce sera Eureka! qui marquera un tournant dans sa carrière. Grâce à ce titre présentant le mythique siège de la ville de Syracuse défendu par les inventions d’Archimède, le mangaka se concentrera sur une de ses passions : l’Histoire. Pour sa dernière série en date, Historiē, il reste d’ailleurs dans le même registre et traite de la même période historique : l’Antiquité. Publiée dans le prestigieux magazine Afternoon (Vinland Saga,IkkyuL’habitant de l’infiniBlame !Eden…), sa série Historiē se passe avant Eurêka ! et retrace le parcours d’Eumène de Cardia,  chancelier d’Alexandre le Grand (que font les éditeurs français!).Hitoshi Iwaaki est né le 28 juillet 1960 à Tōkyō et va sur ses 30 ans de carrière. Passionné depuis toujours par le trava


 

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Un de mes défauts est d'avoir tendance, dans le domaine de l'Histoire, à vérifier ce qu'un auteur me raconte. Visiblement Hitoshi Iwaaki connait bien l'histoire des guerres puniques. Mais il est tout aussi évident qu'il a beaucoup fantasmé sur les inventions guerrières d'Archimède. Son imagination a été particulièrement fertile en ce qui concerne l'aménagement des remparts de Syracuse.

 

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Voici quelques exemples des résultats de mes recherches:   

sur Wikipedia:

 

Le consul Marcus Claudius Marcellus ne parvient pas à rétablir l'alliance avec Syracuse par la négociation, et au printemps 213 commence le siège de Syracuse. Dans le même temps, une armée carthaginoise de 25 000 hommes et 3 000 cavaliers débarque en Sicile, commandée par Himilcon. Il occupe Agrigente, mais ne peut faire lever le siège de Syracuse. Une épidémie décime ensuite son armée. La flotte carthaginoise ravitaille plusieurs fois Syracuse, mais retourne à chaque fois vers Carthage, redoutant un combat naval avec la flotte de guerre romaine.

En 212, Marcellus finit, après un long siège et de nombreuses péripéties par reprendre Syracusela plus belle et la plus illustre des villes grecques, qu'il livre partiellement au pillage. Le grand savant Archimède est, selon une légende rapportée par Tite-Live, tué pendant le sac par un soldat qui ne le connaissait pas alors qu'il était en train de contempler des figures géométriques dans le sable. Toutes les œuvres d’art de la ville, publiques ou appartenant à des particuliers, sont transférées à Rome.

Lors de l'attaque de Syracuse, alors colonie grecque, par la flotte romaine, la légende veut qu'il ait mis au point des miroirs géants pour réfléchir et concentrer les rayons du soleil dans les voiles des navires romains et ainsi les enflammer. Cela semble scientifiquement peu probable car des miroirs suffisamment grands étaient techniquement inconcevables, le miroir argentique n'existant pas encore. Seuls des miroirs en bronze poli pouvaient être utilisés.

sur Hérodote:

La ville résiste pendant trois ans grâce aux machines conçues par le plus génial de ses habitants, le savant Archimède en personne. Celui-ci trouve la mort pendant la mise à sac de la ville par les Romains en 212

 

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sur d'autres site:

Historiquement, il n’est fait mention de l’utilisation de miroirs lors du siège de Syracuse que 800 ans après les faits, ce qui rend l’anecdote assez douteuse . Plusieurs auteurs plus anciens relatant cet épisode ne mentionnent ni les miroirs, ni même l’incendie des navires romains. L'historien Tite-Live (XXIV-34) décrit le rôle important d'Archimède comme ingénieur dans la défense de sa ville (aménagement des remparts, construction de meurtrières, construction de petits scorpions et différentes machines de guerre), mais il ne dit pas un mot de ces fameux miroirs. De même, il raconte la prise de Syracuse, organisée pendant la nuit non par crainte du soleil, mais pour profiter du relâchement général lors de trois jours de festivités (généreusement arrosées) en l'honneur de la déesse Diane.

 

pour retrouver des mangas sur le blog: Une vie dans les marges de TatsumiBakuman,  Tatsumi,  NomNomBâ de Shigeru Mizuki,  Tezuka à Japan expo 2011Ayako de Tezuka,  Color Mandarake à Tokyo,   Thermae romae de Mari Yamazaki (réédition augmentée),  Tsubasa et L'ile des téméraires,  Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998),  Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki,  Les Années Douces de Jiro Taniguchi & Hiromi Kawakami,  Les villes d'Adachi Mitsuru par Xavier Guilbert,  à propos de Bakuman n° 11,  Jin de Murakami Motoka,  Le chat Karupin dans prince of tennis ,  Zéro pour l'éternité de Naoki Hyakuta dessiné par Souichi Sumoto ,  L'ile des téméraires, tome 2 de Syuho Sato,  Silver spoon d'Hiromu Arakawa,  Les 11 questions de la chaîne infernale des amoureux du manga,  Cesare de Fuyumi Soryo ,  Je ne suis pas un homme d'Usamaru FuruyaTakehiko Inoue - 井上 雄彦,  Yanaka, histoires de chats de Megumi Wakatsuki (Tokyo),  Giacoma Foscari, livre 1 Mercure, de Mari YamazakiEurêka! d'Hitoshi Iwaaki   

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