Epic films de Tom Peeping

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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28 FÉVRIER 2010

My Best of : Epic films

A l'occasion de la sortie récente d'Agora d'Amenabar et de la publication de l'indispensable L'Antiquité au cinéma d'Hervé Dumont, voici une liste subjective et dans l'ordre alphabétique de mes films "épiques" préférés. Par "épiques", j'entends des films historiques à grand spectacle et dont l'action à tendance à se situer pendant l'Antiquité. C'est à dire au sens anglo-saxon du terme, que je reprendrai donc ici : "Epic films".

On pourra s'étonner de ne pas trouver dans cette liste des classiques populaires ou intouchables comme (au hasard) Ben-Hur de Wyler,Spartacus de Kubrick, Les Dix Commandements de deMille, Gladiator de Scott, Quo Vadis de LeRoy et bien d'autres... C'est comme ça.


Agora (Alejandro Amenabar, 2009)
"Agora" montre qu’il est encore possible de faire un film à la fois spectaculaire et intelligent sur l’Antiquité sans sombrer dans le superlatif et l’anachronisme. La tragédie d’Hypathia d’Alexandrie (Rachel Weisz, toute en nuance et dignité), qui paya de sa vie son indépendance de femme, de savante et d’incroyante au moment de la progression du Christianisme en Égypte romaine, réussit une double prouesse : révéler un épisode méconnu de l’histoire de la fin du monde antique et parler par ricochet de la situation géopolitique et de la montée inexorable des extrémismes religieux contemporains. L’effet de miroir qu’"Agora" propose sur le monde actuel, assez inattendu dans le genre calibré de l’Epic, peut provoquer jusqu’à un certain malaise et appelle en tous cas à la discussion aussitôt le film terminé. Une admirable réussite. (on peut aller voir le billet que j'ai consacré à ce film:  Agora, film d'Amenabar)


Alexander / Alexandre (Oliver Stone, 2004)
Raccourcie, rallongée, remontée en plusieurs versions, la folie d’Oliver Stone est un spectacle hybride et boursouflé mais traversé de fulgurances de mise en scène, de moments d’intense poésie et d’existentialisme au milieu du vacarme et de l’extravagance. Le réalisateur s’est sans doute quelque peu identifié, consciemment ou non, à son héros qui se perd lui-même sur les sentiers de son ambition et le film y récupère une dose d’auteurisme auquel le genre se prête rarement. Si Angelina Jolie incarne Olympias avec une outrance camp peu commune, Colin Farrell (malgré les boulets rouges qu’on lui a tirés), est un excellent Alexandre dont les doutes affleurent sous l’apparente assurance. L’arrivée à Babylone, la bataille en Inde, la mort du souverain... sont de grands moments du genre. L’échec du film à sa sortie, s’il est explicable, ne doit pas empêcher sa réhabilitation.


Apocalypto (Mel Gibson, 2006)
On dira que le film n’est qu’une longue course poursuite (un « survival ») dans la jungle et on aura raison. Oui, mais une jungle qui s’ouvre pour un moment sur une reconstitution stupéfiante de Chichen-Itza, la capitale sacrée des Mayas. L’Epic, presque toujours limité à la zone méditerranéenne pour des raisons évidentes, trouve dans ces scènes d’"Apocalypto" un décor inédit qui ne fait pas pâle figure à côté des édifices de la Rome antique et qui régénère le genre en lui apportant, en outre, un supplément de violence très cinématographique. Les obsessions et les démons de Gibson apparaissent à chaque coin de l’écran et la lecture prosélyte du film pourrait remplir des pages mais en tant que grand spectacle et film d’évasion (à tous les sens du terme), "Apocalypto" est une sorte de chef-d’œuvre.


Barabbas (Richard Fleischer, 1961)
Le très polyvalent Richard Fleischer a réalisé avec "Barabbas" un des fleurons du genre de l’Epic, un chef-d’oeuvre injustement mésestimé par le public à côté des "Ben-Hur" et autres "Spartacus". Anthony Quinn incarne magistralement le criminel libéré par Pilate au lieu de Jésus et rongé par un sentiment de culpabilité. La superproduction, qui bénéficie de décors impressionnants (qui peut oublier la séquence des mines de sel ?), y trouve une surprenante profondeur psychologique qui réussit à survivre à l’ampleur du cadre et des mouvements de foule. L’intime et le grandiose y fusionnent comme jamais le genre n’avait réussi à la faire auparavant et ne s’y risquera plus après, jusqu’au récent "Agora". On dit qu’une véritable éclipse solaire eut lieu au moment du tournage de la scène de la Crucifixion : "Barabbas" est peut-être un film touché par la Grâce.


Ben-Hur : a tale of the Christ / Ben-Hur (Fred Niblo, 1925)
Le célèbre remake aux 11 Oscars de "Ben-Hur" par William Wyler (1959) m’a toujours paru d’une assommante respectabilité et, malgré ses indéniables morceaux de bravoure, une indigeste bondieuserie à côté du magnifique Epic muet de Fred Niblo. Si le format du cadre, le beau noir et blanc et l’absence de paroles permettent à ce film de s’approcher au plus près des gravures des romans du XIXe siècle, l’audace de la violence de certaines scènes et les subreptices nudités qui parsèment le film lui donnent une liberté de ton et un zeste de piment qui manquent cruellement au remake. Quant à la course de chars, tant célébrée dans le Wyler, elle se hisse ici, compte-tenu des moyens des années 20, à un niveau qui me semble supérieur. Reste à évaluer les avantages respectifs de Ramon Novarro et de Charlton Heston mais ne comptez pas sur moi pour m’y atteler.


Caligula (Tinto Brass & Bob Guccione, 1979)
Le genre Epic est intrinsèquement lié à nos fantasmes sur les sociétés de l’Antiquité. Pour Rome, c’est entre autres la force de l’armée, la décadence des familles impériales, la pompe des cérémonies et la sexualité débridée. "Caligula" est loin d’être un bon film (il a été trop charcuté et obscènement réassemblé pour y prétendre) mais il reste une vraie curiosité, un phénomène sans égal qui n’est en fin de compte qu’un avatar perverti de ce que Cecil B.DeMille aurait fait s’il avait pu aller jusqu’au bout de ses obsessions. Ne gardant de l’histoire de Caligula que la part de scandale et d’abjection, ce monstre de foire qui préfigurait en son temps la mode du porno-chic et du porno-trash, parce qu’il ose montrer ce que la morale judéo-chrétienne a imposé à nos fantasmes sur la Rome antique, mérite bien sa place dans cette liste. "Caligula" est un pur film d’exploitation dont les clés de lecture sont passionnantes.


Cleopatra / Cléopâtre (Joseph L. Mankiewicz, 1963)
Cette autre extravagance qui faillit couler la Fox, coûta sa carrière à Mankiewicz et fit à jamais entrer Elizabeth Taylor dans l’Olympe des superstars reste, malgré son éprouvante longueur et ses interminables bavardages, un des monuments majeurs du genre. S’il ne possède pas un centième du fun de la version de Cecil B.DeMille (1934), le "Cléopâtre" de Mankiewicz marque une étape de l'Epic et une date trop importante dans l’histoire des studios hollywoodiens pour ne pas continuer à fasciner. Du plan d’ouverture sur le port d’Alexandrie à la mort de la reine destituée et de ses deux servantes en passant par l’apparition dans le tapis déroulé et l’entrée dans Rome, les scènes d’anthologie se succèdent entre deux coups de frein : ma préférée est celle du dialogue devant le tombeau d’Alexandre le Grand. Et Elizabeth Taylor a un look Sixties absolument irrésistible.


The fall of the Roman Empire / La chute de l’Empire Romain (Anthony Mann, 1964)
"Gladiator" de Ridley Scott (2000) a pillé sans vergogne et occulté ce qui me semble être le meilleur Epic de l’histoire du cinéma (ou tout au moins, mon préféré) : "La chute de l’Empire Romain". Un titre en lui-même épique, un générique splendide, une musique inoubliable de Tiomkin, des décors construits époustouflants et une vision panoramique du IIe siècle se conjuguent pour offrir au spectateur un spectacle total qui n’écrase pourtant pas la maturité du scénario. Seule la course de chars, inutile référence à "Ben-Hur", est un faux-pas, mais quelle importance par rapport à la plus belle scène de tout le genre de l’Epic : les funérailles sous la neige de Marc-Aurèle au pied du fort dans la forêt germanique ? Hélas, le film arriva trop tard, la mode du genre était passée et la ruine de son visionnaire producteur, Samuel Bronston, fut consommée. Un demi-siècle plus tard, son formidable film lui survit.


Ercole e la Regina di Lidia / Hercules unchained / Hercule et la Reine de Lydie (Pietro Francisci, 1959)
"Le fatiche de Ercole / Les travaux d’Hercule" (1958) lança la mode du péplum italien mais n’est pas un film mémorable. Sa suite, en revanche, reste une pure merveille et l’un des Epic films de second rang les plus enthousiasmants (pour qui aime le kitsch et le camp). Hybride de mythologie, de fantastique et de pop culture, "Hercule et le Reine de Lydie" pousse le genre dans de formidables outrances visuelles et thématiques, notamment dans toutes les scènes où apparaissent ensemble le sculptural Steve Reeves et la voluptueuse Sylvia Lopez, deux hallucinantes hypertrophies de masculinité et de féminité. Les décors, magnifiés par la photo saturée de couleurs de Mario Bava, servent d’écrin à ce couple inouï qui défie les lois de l’anatomie. Un plaisir coupable, sans doute, mais quel plaisir !


Jason and the Argonauts / Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963)
Un spectacle merveilleux et indélébile pour qui l’a découvert enfant, "Jason et les Argonautes" est le chef-d’œuvre de ce genre hybride qu’est l’Epic fantastique, qui fusionne scènes naturelles et effets spéciaux artisanaux (ici, ceux du grand Harryhausen), qui avaient un charme fou que les CGI d’aujourd’hui ont totalement oblitéré. L’Epic ne s’est jamais approché autant du conte d’aventures qu’avec "Jason" et l’émerveillement de ma découverte du film est toujours intacte, tant d’années après : la vallée des statues de bronze, le combat avec l’hydre, le vieil aveugle et les harpies, le duel avec les squelettes… sont des moments de cinéphilie naissante que je continue à chérir. Porté par la partition de Bernard Herrmann, c’est du cinéma dans ce qu’il a de plus beau et de plus noble : un art de l’imaginaire et de l’évasion qui intrigue, inquiète et ravit.


King of Kings / Le Roi des Rois (Nicholas Ray, 1961)
Raconter le destin de Jésus au cinéma est un vrai chemin de croix : les pièges du cliché et les chausses-trappes du sulpicien attendent le scénariste et le réalisateur à chaque tournant d’une l’histoire débarrassée depuis deux mille ans de tout suspense. De toutes les versions qui se sont succédées (chaque génération a la sienne), celle de Nicholas Ray est la plus satisfaisante parce qu’elle s’attache à montrer le fils de Dieu comme un homme parmi les Hommes et non comme le héros sacré d’une adoration déjà acquise. Les scènes attendues sont toutes au rendez-vous mais laissent à Jeffrey Hunter la possibilité de suggérer l’humanité complexe du personnage qu’il incarne et nous offrent plus qu’un beau livre d’images. De toute façon, avec Jeffrey Hunter en Jésus, quelle qu’eût été la qualité du film, sa place dans cette liste était assurée. La version muette de 1927, "The King of Kings" par Cecil B. DeMille, est très bonne aussi, mais avec une dose involontaire de camp qui peut rebuter les philistins (dont ce carton inoubliable, prononcé par Marie-Madeleine : « Harnachez mes zèbres, cadeau du Roi de Nubie ! »).


Land of the Pharaohs / La terre des Pharaons (Howard Hawks, 1955)
Hawks et l’Epic n’auraient à priori pas fait bon ménage mais l’exception confirme la règle et "La terre des Pharaons" est un excellent film qui panache avec bonheur les scènes intimistes et les séquences spectaculaires, bénéficiant chacune d’un splendide sens du format Cinémascope. Si les manigances de Nellifer (Joan Collins, pas si mauvaise) se hissant dans les faveurs du Pharaon sont du ressort du mélodrame, le film atteint une ampleur inégalée dans les scènes de la construction de la Pyramide qui continuent d’impressionner, en notre époque de CGI, avec leurs milliers de figurants. Et la dernière partie du film offre une progression dramatique dans le suspense et l’angoisse absolument inoubliable, amplifiée par les effets sonores du sable qui s’écoule et des pierres qui se scellent. Les mystérieux bâtiments funéraires de l’Egypte ancienne ont-ils jamais été aussi excitants ?


The Passion of the Christ / La Passion du Christ (Mel Gibson, 2004)
Malgré le grotesque de certaines scènes (l’apparition du Diable au Jardin des Oliviers) et les relents antisémites qu’on ne peut occulter, le film de Mel Gibson a atteint son but prosélyte et polémique avec une incontestable réussite et reste l’un des Epics les plus audacieux et intéressants jamais produits. Le réalisme graphique des supplices infligés à la chair de Jésus, d’une brutalité oppressante, m’a semblé être dans le prolongement direct de la peinture sacrée de Grünewald, de certains tableaux de la Contre-Réforme et des Mystères qui étaient joués sur les parvis médiévaux des cathédrales. Jim Caviezel se donne à corps perdu à son rôle et si, comme pour "Apocalypto", "La Passion du Christ" éclaire sans doute autant les démons de Gibson que l’Evangile, la dernière image du film, dans sa fulgurante évidence, justifie toute la violence qui a précédé en renvoyant avec génie à l’essence-même du message chrétien.


Rome (HBO, 2005-2007)
Cette série TV qui s’est arrêtée au bout de deux saisons n’a rien à envier aux superproductions du grand écran et on ne peut que lui attribuer une place de choix dans le genre de l’Epic film. Dotée d’une ambition et d’un budget démesurés (qui causèrent sa perte), "Rome" donne à voir une antiquité débarrassée de sa propreté hollywoodienne. Le spectateur y découvre un monde intimiste et grouillant, civilisé et barbare, crédible et fascinant qui n’avait encore jamais été présenté de la sorte. Si les deux personnages principaux, Lucius et Titus, ont un peu trop tendance à toujours être au bon endroit au bon moment et si le personnage de Cléopâtre est totalement raté, tout le reste est admirable : décors et costumes, comédiens et dialogues, direction et technique. Pour continuer l’histoire, il faut voir une autre série inoubliable mais beaucoup plus théâtrale : "I, Claudius" (BBC, 1976), qui commence au moment précis où "Rome" s’arrête.


The sign of the Cross / Le signe de la Croix (Cecil B.DeMille, 1932)
Cecil B.DeMille a donné en une poignée de films ses lettres de noblesse à l’Epic : ses "Dix Commandements" de 1956 est l’un des titres les plus respectés du genre. C’est aussi un livre d’images trop naïf et ampoulé pour figurer ici. Mais en 1932, le réalisateur signait avec "Le signe de la Croix" un de ses classiques les plus pervers. La mémoire collective populaire, qui a surtout retenu de l’Empire Romain ses excès décadents, y trouvait de quoi se repaître : la scène du banquet/orgie et surtout la longue scène finale des jeux du cirque où les supplices les plus raffinés sont montrées dans la limite de ce que le pré-Code pouvait oser. Je ne me lasse pas de revoir le combat des nains et des Amazones, les chrétiennes livrées aux crocodiles ou aux gorilles, les grimaces de plaisir horrifié sur les visages des spectateurs sur les gradins… Le sexe, la torture et la Croix : le cinéma hollywoodien aura rarement été aussi titillant.


300 (Zack Snyder, 2006)
Adoré (c’est mon cas) ou détesté, le "300" de Zack Snyder, adaptation d’un BD à succès, revitalise tout en l’épuisant l’Epic à coup d’images de synthèse, de ralentis obscènes et de giclées de sang et se permet de transformer l’histoire de Léonidas aux Thermopyles en un délire thématique et formel que ses pourfendeurs ont réussi à affubler des adjectifs « réactionnaire », « raciste », « gay », « homophobe » et j’en passe. Je crois qu’il faut plutôt voir le film comme une ultime variation sur les codes de l’Epic, un fourre-tout (et un cul-de-sac) qui hypertrophie tous les composants du genre jusqu’à la nausée. Guerriers farouches et monstres innommables, jupettes et sandales, bodybuilders et travestis, courage et perfidie… tout cela se mêle dans un spectacle d’une absolue décadence qui, lorsqu’on réussit à aller au-delà de l’artifice de l’ensemble, exerce un pouvoir de fascination stupéfiée dont l’Epic, par tradition, n’est pas avare.

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