EL DIPUTADO (THE DEPUTY)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


Fiche technique :

Avec José Sacristan, María Luisa San José, Carmen Maria Luisa San José, Ángel Pardo, José Luis Alonso, Agustín González, Enrique Vivó, Queta Claver, Ángel Pardo, Juan Antonio Bardem, Antonio Gonzalo, Fernando Marín, Aldo Grilo, Ramón Reparaz, Fabián Conde, Alejo Loren et Ramón Centenero.

 

Réalisation : Eloy de la Iglesia. Scénario : Eloy de la Iglesia et Gonzalo Goicoechea. Directeur de la photographie : Antonio Cuevas. Montage : Julio Peña.

Espagne, 1978, Durée : 108 mn. Disponible en VO et VOST anglaise uniquement.



Résumé :

En Espagne dans les derniers temps du franquisme, Roberto Orbéa est un membre actif d'un parti de gauche. Il est mis en prison où il fait la connaissance de Nes, et cède à ses penchants homosexuels. La mort du dictateur le fait sortir de prison. Son parti accède au pouvoir et il devient un homme politique très reconnu. L'homosexualité étant très taboue à l'époque, il tente de reprendre une vie « normale » avec sa femme. Mais Nes lui présente un jeune homme dont il tombe éperdument amoureux. Sa femme finit par le découvrir et lui propose de vivre leur histoire à trois. Roberto connaît une courte période de bonheur, mais l'extrême droite – qui a appris son homosexualité – intrigue pour le faire chuter. Il prend conscience, en tombant amoureux d’un jeune prostitué issu du lumpenprolétariat, qu’il doit absolument faire son coming out s’il veut être en accord avec ses principes politiques...



L’avis critique

Inspiré par des événements vrais, El Diputado est le premier film ouvertement gay espagnol. Tourné dans la période de l’immédiat post-franquisme. La plupart des français qui ne sont pas férus de films d’horreur, Eloy de la Iglesia est l’auteur de Cannibal Man, n’ont jamais entendu parler de lui, il a pourtant gagné quelque chose comme une réputation de cinéaste culte dans le monde entier pour être l’un des premiers cinéastes à traiter d’une manière explicite l'homosexualité.

De la Iglesia a par le passé appartenu au parti communiste espagnol. El Diputadorassemble ses prédilections politiques et sexuelles dans un mélange passionné et passionnant. Curieusement, le film a connu un certain succès commercial aux États-Unis et en Amérique du sud. C’est aussi le film techniquement le plus ambitieux de sa filmographie. Le film est constitué de nombreux retours en arrière. Roberto Orbea (Jose Sacristan), le héros, se souvient des nombreuses d'années passées à dissimuler ses convictions politiques, il est socialiste. Pour cela, Roberto Orbea est emprisonné. Dans la promiscuité de la prison, il réalise qu’il est homosexuel en dépit des efforts qu’il fait pour réprimer ses pulsions. En tant qu’avocat et ancien militant clandestin, il émerge, dès la fin de l'ère Franquiste, en tant qu’un des principaux dirigeants du parti socialiste espagnol. Il cache son homosexualité à son parti, et à sa femme (Maria Luisa San Jose) qui partage son engagement politique. Mais Roberto ne résiste pas à un beau jeune garçon, un joli adolescent appelé Juanito (Jose L. Alonso). Ce dernier est manipulé par des membres d’un parti de droite qui s’opposent au socialiste et pensent déconsidérer leur adversaire en faisant éclater un scandale de mœurs impliquant une personnalité socialiste de premier plan. De la Iglesia fait le parallèle entre la clandestinité politique de Roberto à l’époque du franquisme avec celle qu’il vit sur le plan sexuel alors qu’il est un des leaders politiques du nouveau régime démocratique espagnol. L'appartement qui a servi jadis pour héberger des camarades recherchés par la police franquiste devient un nid pour les rendez-vous amoureux de Roberto et de Juanito. Sur des affiches, Marx et Lénine regardent sévèrement les ébats sexuels des deux hommes... À ce propos, El Diputado est une bonne occasion d'observer les contradictions entre l'esprit libertaire du film et le « dogmatisme » avec une touche d'hypocrisie du parti communiste sur le sujet de l’homosexualité...



Eloy de la Iglesia est tout à fait brillant quand il nous fait ressentir l'appel de la chair qui taraude Roberto, homme entre deux âges, pour ce jeune garçon. De même qu’est finement évoqué, en quelques scènes, le rapport entre Roberto et sa belle épouse Carmen. Leur rapport est ancré dans l'amour véritable l'un pour l'autre. Carmen est déterminée à explorer n'importe quelle voie qui permettra à leur mariage de survivre. Sous la tutelle de Roberto et de Carmen, Juanito se transforme de gigolo en un garçon assidu des librairies, un admirateur d'art moderne et un mélomane averti... Tout cela est fortement improbable et relève plus du fantasme de micheton que de la réalité et c’est la seule vraie faiblesse du scénario quant à sa crédibilité. En même temps, sa conscience politique augmente. Il se rend compte qu'il a été manipulé par l’extrême droite et que son amour pour Roberto est devenu sincère. Il rejette ses anciennes opinions. La scène paroxystique du film voit Roberto, Juanito et Carmen unis dans un baiser à trois symbolisant leur libération et leur réconciliation.

Le film a soulevé un tollé de protestations lors de sa sortie en salles en raison (et surtout) de sa description explicite des actes homosexuels mais aussi pour opinions politiques pro-marxistes. Le film a également gagné en notoriété parce qu'il semble raconter l'histoire de plusieurs figures bien connues dans la société politique espagnole. Nombre de spectateurs l’ont alors vu comme un film à clés et se sont perdus en moult supputations.

 


Eloy de la Iglesia était un membre du parti communiste espagnol ; ses films de cette période reflétaient ses opinions politiques et ont souvent porté sur les formes violentes de protestation sociale.

Dans El Diputado, on le voit s’éloigner du PCE pour rallier le socialisme. Le film est un formidable tableau de l’effervescence politique qui régnait alors dans un pays où la démocratie pouvait encore paraître fragile. El Diputado a également pris note de l'introduction des nouvelles théories soutenues par les socialistes sur le rôle du terrorisme dans le nouveau contexte européen. Ce n'est pas pour rien qu’Orbea est présenté comme un avocat qui a défendu l'ETA durant le fameux procès de Burgos. Toutefois, après l'avènement de la démocratie, les motivations de l'ETA ont été disqualifiées. L’organisation et ses membres deviennent « suspects gauchistes » et leurs actes de violence sont dénoncés comme « crimes contre la vie », en conformité avec le rejet de l’Europe entière de ces pratiques après l'assassinat d'Aldo Moro en Italie.

Eloy de la Iglesia est un cinéaste qui, en marge des principaux courants et des tendances esthétiques dominantes, a pu mener à bien une œuvre personnelle et prolifique, à cheval entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, intégrée dans l’industrie cinématographique mais traitant toujours de sujets tabous ou polémiques. Il est titulaire d’un Master of Arts de l'Université Complutense de Madrid, et il a également étudié à l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques de Paris. Il a fait ses premiers pas comme scénariste pour des émissions pour enfants pour la télévision. C’est cet environnement qui lui a permis de faire son premier film à 22 ans, en 1966, avec Fantasía 3, adaptation d’un roman de L. Frank Baum. Mais le réalisateur connaît une plus grande liberté d'expression lors de la transition démocratique espagnole qui va de 1975, l’année de la mort de Franco, à 1982, date de la victoire du PSOE aux élections législatives. Cette période faisait évidemment grand cas de la sexualité, ouvrant les écrans, en passant, à une représentation des corps, quoiqu’essentiellement féminins, inédite dans ce pays. Bien des films mettant en scène soit des homosexuels, soit des bisexuels, soit des transsexuels, soit des travestis, eurent du succès dans l’Espagne de la Transition, même si tous n’étaient pas des parangons de modernité. Alors que El Diputado, qui eut un succès considérable, propose, lui, un regard politique sur le corps masculin, mais un regard non exempt de désir. On peut considérer Eloy de la Iglesia comme le cinéaste emblématique de cette période pendant laquelle il réalise pas moins de dix films dont plusieurs traitent principalement de l'homosexualité, comme Los placeres occultos (1976) ou El Diputado (1978). Les sujets préférés du cinéaste ont été ceux touchant les relations de classe et l'oppression sociale par l'État. Mais il semble que petit à petit une sorte d’obsession sexuelle a éclipsé les opinions politiques du cinéaste. À partir du milieu des années 70, les films de la Iglesia se sont de plus en plus concentrés sur l'homosexualité et les problèmes sociaux tels que la délinquance juvénile et la toxicomanie.



La marginalité sous toutes ses formes est une thématique au cœur de sa réflexion sur les rapports entre l’individu et une société répressive. Cette interrogation sur l’identité de l’homme au sein de la société le conduit également à réfléchir sur la place de l’individu au sein de groupes sociaux plus restreints, comme le couple et la famille. Dans tous les films d’Eloy de la Iglesia, on trouve des personnages qui transgressent les règles sociales ou morales imposées ou communément admises par la majorité. S’écarter de la norme, la remettre en cause, est une façon de proclamer sa liberté individuelle.

Il obtient un succès en 1983 avec El Pico qui traite de la drogue. À 57 ans, Eloy de la Iglesia adapte Caligula d’Albert Camus qu'il compare à son personnage majeur de son filmNavajeros (1980). De la Iglesia a fait face à la toxicomanie lui-même dans les années 80 et a même cessé de faire des films pendant un certain temps. Mais son accoutumance au cinéma devait être plus forte que celle pour les drogues, puisque par la suite il s’est sevré des drogues et a repris sa carrière. En 2003, après 16 ans d'absence, au cinéma il revient avec L'Amant bulgare, adapté de l'œuvre romanesque d'Eduardo Mendicutti. Ce sera le dernier film d'Eloy de la Iglesia qui meurt en 2006. Sa filmographie est riche de 22 longs métrages. Le Festival du Film de San Sebastian lui a consacré un hommage et une rétrospective en 1996, ce qui a été très important pour sa reconnaissance. En 2003, à Paris, le festival de l’étrange a consacré, en sa présence, également une rétrospective à ce cinéaste qui ne peut être comparé qu’à Fassbinder...


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