Donnons nous un genre

Publié le par lesdiagonalesdutemps

ENUMERATIONS ET OPINIONS Je ne sais quel cinéaste disait qu’un bon critique devait être un gourmand de la vie et ne pas être un rat de cinémathèque ignorant le monde extérieur et les autres arts. Je ne sais pas si je suis un bon critique mais j’ essaye de convoquer le plus possible les autres disciplines artistiques pour éclairer ma cinéphilie. De toutes les manières j’ai toujours été plus fasciné par les énumérations que par les opinions. Longtemps les listes de titres à la fin des livres de poche m’ont fait rêver. Bien des romans n’existent dans ma mémoire que pour avoir fait parti, dans mon adolescence, à cette litanie de titres. J’aimerais qu’au minimum mes critiques procurent au lecteur le même plaisir.

QUESTIONS DE GENRE Le genre doit assumer sa situation par rapport à son époque et par rapport à son public. Pour qu’une oeuvre soit opérante il faut que la sensibilité, l’émotion de l’époque infuse dans le genre. Tout genre est un genre en travail. Le cinéma gay comme un autre. Mais faut-il parler d’un genre ou d’une situation à la fois comme Sartre employait ce mot, un peu comme socle permettant de s’y jucher pour observer le cinéma d’un angle particulier et contraint. Si le cinéma gay est un lieu ouvert aux possibles, il fonctionne aussi comme un espace de revendication. Quand on dit: ce film est un film gay, involontairement on programme un type de réception. Le cinéaste fait un peu figure d’ambassadeur des gays, aujourd’hui dans la société. Hier ce rôle était dévolu aux écrivains tel que Gide, Cocteau, Genet... La qualification de cinéaste gay est souvent perçu malheureusement par ses pairs comme une disqualification du savoir et du savoir faire. L’étiquette cinéaste gay est vécu comme encombrante par nombre de cinéastes, gays eux-mêmes. Il n’y a qu’à ce reporter à leurs déclarations. Celle de Lifshitz, qui suit, à propos d’un de ses films, en est représentative: << LES TERRES FROIDES  ne sont pas un film sur l’homosexualité. Je déteste les films qui sont « sur », je préfère ceux qui font « avec ». Les films à thèse destinés à un public précis, m'insupportent. Ici, l’homosexualité arrive presque comme une incidence dans le récit... >> Le cinéaste gay part souvent d’un cas particulier, la plupart du temps, le sien, pour tenter d’arriver à la fois au concept et à l’oeuvre d’art. Si le militantisme est par essence univoque l’art lui a droit à la polysémie. On comprend bien alors ce qu’est la situation de l’artiste et du critique face au cinéma gay. Je me situerai toujours du coté de l’art et non de la militance. Il est bien entendu qu’il arrive, très rarement que les deux postures coïncident; mais cela existe au cinéma, Eisenstein en est la preuve. Il faut bien être conscient que sous le drapeau de film gay on range des films bien disparates qui pour bon nombre pourraient se trouver sous d’autres bannières. Faut il circonscrire un genre? Disons tout d’abord qu’il n’y a pas de bons genres et de mauvais genres, mais des films que l’on enrôle sous un drapeau par facilité intellectuelle, souvent, et militantisme, parfois. Mais cette sectorisation du cinéma me parait la manière la plus judicieuse d’appréhender cet art, tant il est impossible après seulement un peu plus d’un siècle d’histoire de l’embrasser dans sa totalité sous peine de superficialité ou d’abstraction absconse. C’est aussi pour cela que l’on ne peut pas se passer de la notion de genre; ce qui va définir le genre c’est son utilité c’est sa valeur sociale. Il est un mode de classification plus émotif que raisonnable qui consisterait à faire rentrer dans un genre ou un autre un film d’après le souvenir que l’on en a quand le film aura infusé dans la mémoire. Il ne faut pas considérer le genre comme un grand sac extensible à l’infini, mais comme une dynamique. On ne peut pas s’affranchir des genres qui font parti du cinéma depuis sa création. Il ne faut pas oublier non plus qu’aujourd’hui la création ou la reconnaissance d’un genre est du aussi à une stratégie éditoriale du distributeur en salle et de l’éditeur de dvd pour se situer clairement dans une niche et pour profiter ainsi de la visibilité de son produit dans le groupe pour ne pas écrire la communauté visée. Mais c’est aussi le risque de rester enfermé à jamais dans dans cette case par un trop grand marquage. C’est la crainte qu’eut le distributeur de Brodeback montain par exemple qui axa sa communication sur le grand public et non le public gay, le résultat lui a amplement donné raison.

LISIBILITE ET AFFICHAGE La principale difficulté lorsque l’on aborde le cinéma gay réside tout d’abord dans la définition de celui-ci. Apparaît immédiatement le concept de LISIBILITÉ. Encore dans de nombreux pays, dans le cinéma comme ailleurs, l’homosexualité est lisible mais pas affichée. Il faut que les spectateurs fassent un effort de déchiffrage. A l’inverse, aux États-Unis, on ne comprend pas par exemple, que dans les autres pays, il n’y ait pas de rayon spécialisé pour le cinéma gay dans les boutiques de dvd. Bien que le modèle anglo-saxon ait une grande force de prescription, la situation de l’identité gay est très différente selon les pays. Le cinéma fut l’un des grands espaces de construction de la visibilité gay, particulièrement le cinéma underground américain des années 70. La visibilité, qui demande que tout soit nommé, catégorisé, s’exprime à présent dans le champ de la cité, tout du moins en France, il n’y a qu’à voir la couverture médiatique des Gay Pride et l’affirmation économique de l’homosexualité... Les gays connaissent aujourd’hui un mouvement d’affirmation sociale très fort, mais ils connaissent aussi un retour important de l’homophobie. On en a eu une démonstration, malheureusement convaincante dans notre pays lors des débats parlementaires sur les projets hier, de loi sur le PACS et aujourd’hui de sur celles du mariage homosexuel et de l’éventuel adoption par ces couples. Parallèlement on constate une augmentation des agressions dont sont victime les gays. Même si cette affirmation homosexuelle déborde largement le champ culturel, où elle était cantonnée autrefois, c’est néanmoins dans ce champ que la bataille pour l’existence devrait se gagner. La prise de pouvoir commence toujours par la prise de pouvoir culturel. Je ferais mienne cette affirmation de Gramsci. Cette évolution devrait permettre au cinéma de se libérer de la problématique de la visibilité, d’opérer un découplage entre ce qui ressort du domaine politique, militant et du domaine de la création. La création tend forcément vers l’ambiguïté, ce qui va à l’encontre de tout militantisme et en l’occurrence du militantisme gay. Cette visibilité est mise en cause par certains créateurs gays eux même. Dans le cadre des Gais Savoir au centre Beaubourg, Bruce LaBruce déclarait le 26 juillet 1997: << Ne peut-on pas prétendre que les plus grandes oeuvres homosexuelles en art et littérature sont le fait de ceux qui étaient au mieux, ambivalents à l’égard de leur homosexualité et de sa signification dans un contexte culturel plus large, au pire hantés et torturés par cette homosexualité? La plupart des artistes et penseurs homosexuels les plus importants et influents de ce siècle: Genet, Pasolini, Bacon, Burroughs...ont refusé voire dédaigné la notion de communauté homosexuelle ainsi que toute tentative de politisation d’une simple inclination sexuelle...La plupart des films gays, film réalisés par, pour et sur les gays sont proprement mauvais, c’est à dire désespérément idéologiques, maladroitement propagandistes. La raison de l’appauvrissement et de l’échec d’un cinéma gay peut s’expliquer tout simplement: le développement de la politique identitaire. Cette tendance contemporaine visant à établir un style de vie commun et des expériences qui englobent l’histoire personnelle de chacun, rétrécit le champ d’expériences plutôt qu’il n’encourage ou intensifie celles ci. Ces histoires apparemment sempiternelles de coming out, de sida, d’homophobie visent à poser l’homosexuel comme un être singulier à l’histoire prédéterminée et au futur implacable. Pourtant ce cinéma est nécessaire et ce n’est pas là, le moindre des paradoxes.>>. Si je suis loin d’approuver les propos de Bruce LaBruce d’autant que ce dernier n’a fait preuve que d’un talent très relatif jusqu’ à maintenant, il faut bien voir que considérer que les films gays, c’est un peu comme si un critique d’art se préoccupait plus du sujet représenté que de la facture du tableau. Pour faire une comparaison en souvenir de nos plus ou moins lointaines études, une étude sur le cinéma gay est plus du coté de la rédaction que du coté de la dissertation, du subjectif que de l’objectif, de l’émotionnel que de l’intellectuel. La limite mais aussi la force affective du cinéma gay c’est qu’il est pour une large part autobiographique et par la même guetté par une hypertrophie du Moi. Je préconise une vue de gay du cinéma comme l’on dit en dessin industriel, une vue de droite ou une vue de gauche d’un objet. Il serait absurde de considérer le cinéma gay comme un genre étanche (mais est-il un genre? ) au reste de la production cinématographique... et culturelle. C’est pourquoi, lorsque je critique un film estampillé gay vous trouverez de nombreuses références à des films qui ne sont absolument pas gay, même si je privilégie les passerelles entre les films gays pour rendre plus facile et plus immédiate la circulation dans la mémoire du lecteur. LES FRONTIERES La frontière est parfois difficile à tracer entre un film gay et un autre que l’on ne considérera pas comme tel. Cette frontière ne peut être que subjective. Je considère comme films gays ceux qui sont construits sur l’homosexualité et non ceux où l’homosexualité est un décor fugitif ou bien encore ceux dans lesquels intervient un personnage dont l’homosexualité n’est pas prépondérante dans le déroulement du film. Prenons comme exemple un réalisateur prestigieux, Luchino Visconti. On peut considérer, à l’aune de ce que je viens d’énoncer préalablement, que Mort à Venise, dont le désir homosexuel est le sujet-même, comme un film gay et non Les Damnés où l’homosexualité n’est qu’un avatar de l’histoire. Je fais aussi rentrer dans la catégorie des films gays ceux où la caméra est visiblement amoureuse du corps masculin. BASKETBALL DIARIES  est le type-même de ce genre de film. On ressent la caméra amoureuse du corps de Leonardo DiCaprio, comme l’est la caméra de Tsai Ming-Liang, dans toute son oeuvre, pour le corps de Lee Kang Shen. Paradoxe ou évidence, un tel film peut être réalisé par une femme, BEAU TRAVAIL  de Claire Denis en est un bon exemple. Il existe une autre frontière, celle qui sépare le cinéma gay du cinéma pornographique gay que j’ai écarté de ma réflexion. Cette frontière fut toujours fluctuante durant la jeune histoire du cinéma. Un des curseurs essentiel pour l’appréhension de la pornographie se trouve dans son contraire le plus visible, la censure. De 1935 aux années 60, le code Hayes interdisait dans le cinéma américain les baisers, la nudité du corps, et pas seulement celle des parties génitales, les relations amoureuses inter sexuelles. Si bien sûr on peut considérer que les choses se sont améliorées, cela ne veut pas dire pour autant que le cinéma soit libre. Il ne faut pas oublier que certains pays européens viennent de signer un code interdisant la nudité enfantine créant une nouvelle frontière de l’interdit: celle de l’enfance. Ce n’est plus la représentation de la sexualité qui est interdite, considérée comme pornographique, c’est tout juste celle de la sexualité homosexuelle ou du moins ses marges. Si Hustler White de Bruce LaBruce a attiré les foudres de la censure, c’est parce qu’il montrait non pas tant le sexe gay, que ses ”déviances”, les extrémisme de ce sexe gay: scarification, fist fucking, bondage...

LE PORNOGRAPHE EST LIBERATEUR Si j’ai exclu le cinéma pornographique de mon étude, ce n’est pas par autocensure mais surtout par incompétence, c’est un domaine que j’ignore. Il ne faut pas minimiser le rôle libérateur de la pornographie dans les années 70. Ce fut le sexuel qui fut mis en avant, ce fut un engagement libérateur formidable. La pornographie brisa les tabous de l’image des gays vis à vis d’eux mêmes, vis à vis aussi du reste de la société. Le sida a longtemps mis ce combat sous le boisseau remettant en cause une partie des acquis des année 70. C’est de cette nouvelle base que repartent les créateurs pour aborder les bastions où campe la censure encore bien vivace contre la nudité enfantine, les sexualités ”extrêmes”, du corps avili et de ses sécrétions...

L’IMAGE DES VAINQUEURS La représentation de la sexualité au cinéma était l’image des vainqueurs, ou pour être plus modéré celle de la majorité qui déniait ses minorités, une lecture hétérosexuelle totalitaire du monde. On peut faire le parallèle avec ce que dit Jean Louis Schefer à propos des films burlesques: << Les films burlesques représentent les chômeurs, des immigrants, des petits voleurs... Les vainqueurs mettaient en scène des vaincus.>> C’est le sort qu’a subit l’homosexuel, au mieux instrumentalisé par le cinéma hétérosexuel, au pire dénié. Aujourd'hui il semble que l’homosexuel commence à atteindre une visibilité juste dans le cinéma. Un cinéma gay existe, fait d’images gays créées par des gays d’abord pour des gays. Aux reproches de ghetto que l’on entend sans cesse, je répondrais que c’est une phase incontournable en réponse au déficit d’images identificatrices que les gays ont supporté durant des décennies.

L’IDENTIFICATION Se pose la notion d’oeuvre et de créateur gay. Beaucoup de ceux ci s’oppose à cette notion, non par refoulement, mais par crainte de réductionnisme. Pour certains films la notion de cinéma gay, disons pour les films antérieurs à 1980 est une catégorie créée à posteriori, par le spectateur. Le cinéma gay n’est pas encore un genre traditionnel comme le western ou le film noir, même si aux USA, il semble, toutes proportions gardées, le devenir. Il s’agit plus encore d’une somme d’individualités qui se surajoutent les unes aux autres que d’un corpus homogène. En même temps, comme le besoin d’ identification et de modèle est très fort, il est difficile de renoncer à cette catégorisation. Bien au contraire j’aimerais la mettre en exergue. Être un guide, et répondre à la demande d’identification, surtout pour les jeunes gays. UN PEU D’HISTOIRE Il ne faudrait pas que ces jeunes gays s’imaginent que le cinéma gay soit une émergence de ces dernières années, donc un peu d’histoire. Si le cinéma est né le 28 décembre 1895 avec la projection au Café de Paris de L’arrivée du train en gare de La Ciotat, l’homosexualité mettra quelques temps à poindre dans cet art balbutiant. Ce sera tout d’abord quelques travestis que l’on apercevra dans les premiers courts-métrages comiques. Peu de temps après ce sera les premières héroisation et érotisation du corps masculin dans les premiers péplums italiens. On peut considérer que le premier film gay est The gay brother, court film anonyme de 1897, destiné, déjà!, à des essais de sonorisation où l’on voit deux hommes valsant ensemble. En 1915 l’énorme et populaire comique Fatty Arbuckle revêt une robe dans Miss Fatty’s seaside lovers et interprète une petite fille riche. Il récidivera en 1917 dans Miss Fatty in Coney Island. Il faut attendre 1916 pour qu’apparaisse un long métrage à thème réellement homosexuel. Il s’agit de Vingarna, film du suédois Mauritz Stiller, adaptation du roman de Herman Bang, une histoire d’amour dramatique entre un peintre et son modèle. On peut penser que le cinéaste s’est inspiré de la vie de son compatriote le peintre Eugène Jansson, ouvertement homosexuel qui n’hésitait pas à se représenter au milieu de jeunes gens nus. Ce film connaît huit ans plus tard un remake: Mikael du au grand Dreyer qui le considérait comme son meilleur film muet. Mais le premier film homosexuel militant est Anders als die Anderen de Richard Oswald avec le grand acteur Conrad Veidt, film produit par Magnus Hirscheld. Il ne reste que trente minutes du film. La plupart des copies furent détruites par les nazis.

LES PREMIERES STARS MASCULINES ETAIENT GAYS La première star masculine du cinéma fut un homosexuel et qui plus est, un homosexuel efféminé: Rudolf Valentino dont l’immense gloire ne dura que cinq ans et pourtant marqua à jamais l’histoire du cinéma. Acteur charismatique et d’instinct, il inventa l’image de latin lover, son corps sanglé dans des atours chatoyants mettant ses formes en valeur, son visage aux traits fins, maquillé, lointain ancêtre de Ziggy stardust, le personnage popularisé dans les années 70 par David Bowie. La gloire de Valentino fut immense, lorsqu’il vient à Paris pour présenter l’un de ces films 400 000 personnes l’attendent à la gare. Il est amusant à propos de Valentino de pointer l’hypocrisie de l’histoire du cinéma qui fait de Valentino, avant sa carrière cinématographique, un danseur mondain pour ne pas dire gigolo peu regardant au sexe de ses clients. Si sa carrière doit tout aux femme, en particulier à Alla Nazimova, lesbienne notoire qui lui trouva ses deux épouses parmi ses propres amantes, Rudolf Valentino passa son temps, en privé, à passer des bras des hommes à ceux des femmes. Sur l’écran à l’époque son principal rival est Ramon Novarro, inoubliable dans le rôle de Ben-hur. On apprendra qu’il était aussi homosexuel quand en 1968 à l’age de 69 ans il sera assassiné dan sa piscine par deux gigolos! Mais dans ces années vingt il faut être bien attentif pour déceler des traces d’homosexualité masculine et même de nudité mâle dans le cinéma. Dans la première version de Ben-Hur, celle de Fred Niblo, on aperçoit un esclave nu et des scènes d’orgie. Dans La chair et le diable de Clarence Brown, Garbo et John Gilbert vivent une grande passion pourtant Gilbert parait être plus attiré par le personnage joué par Lars Hanson. Ils s’embrassent lors de la scène finale. En 1928 Dieterle aborde sans tabous le problème de l’homosexualité en prison dans Chaînes (Geschlecht in Fesseln), film tourné en Allemagne avant le départ définitif en 1929 du cinéaste pour les USA. Toujours en Allemagne, la même année dans Der Furst von Pappenheim on pouvait voir Curt Bois en artiste de music-hall, dont les des numéros sont en travesti, finir la soirée avec un homme riche... C’est maigre, on peut considérer que la représentation la plus visibles de l’homosexualité dans ces années est celle donnée par le fameux couple comique Laurel et Hardy et cela jusqu’à la fin des années quarante. On peut dire qu’ils sont le couple gay le plus célèbre de l’écran même si ils ne le furent pas à la ville. Leur association professionnelle joue constamment sur cette ambiguïté non dite qui fait qu’on les retrouve régulièrement dans le même lit. Au minimum peut on constater qu’une homosexualité latente semble être le ciment du duo. Dans That’s my wife Laurel travesti, se fait passer pour l’épouse d’Hardy... Dans Bonne d’enfant, 1932, ils déplorent que la seule chose qu’il leur manque pour être heureux c’est d’avoir un bébé! Dans Les montagnards sont là, on retrouve les deux compères vêtus en paysannes du Tyrol... 1930 marque la première incursion d’Alfred Hitchcock dans l’homosexualité avec ”Meurtre » dans lequel le destin d’un personnage s’achève travesti sur une piste de cirque après avoir tué pour cacher sa ”tare”. Dans ”Zéro de conduite”, en 1931, Jean Vigo met en scène un microcosme de garçons. Au sein de ce petit monde, un garçon efféminé dont ses camarade se demandent s’il est une fille et s’interrogent sur ses rapports troubles avec certains membres de la hiérarchie du collège. Ce même garçon à une relation d’amitié privilégiée avec un autre élève, ce qui déchaîne la colère des adultes. Vigo a malheureusement considérablement édulcoré au montage cet aspect du film, supprimant notamment une scène explicite où les deux garçons mâchent le même chewing-gum jusqu’à ce que leurs bouches se rejoignent... Dans ce cinéma d’avant-guerre le rôle le plus souvent imparti à l’homosexuel est celui de la folle perdue qui se tortille, pousse des petits cris bat des paupières ce qui déclenche les rires des spectateurs du samedi soir (certains rires devaient être jaune à cette époque de placard obligé). Ni l’originalité, ni la finesse pas plus que la délicatesse étaient l’apanage de ces films de série. L’archétype de l’homosexuel du cinéma des année trente est bien sûr le garçon coiffeur tel que l’on peut le voir dans ”Coiffeur pour dames” de René Guissart en 1931 dans lequel Fernand Gravey, pourtant habituellement séducteur de dames, en compose un de particulièrement caricatural. Des comédiens de grand talent firent leur fond de commerce de ces rôles: Aux USA Edward Everett Horton et en France l’immense Jean Tissier qui par sa seule présence sauve bien des navets du néant absolu. Ce grand méchant mou réuni en une seule personne les deux seuls rôles qui étaient dévolus à l’homosexuel: le bouffon et le méchant. Au milieu des années 30 conjointement avec la montée des nationalismes on assiste un recul des audaces. Hollywood qui se prétend le bastion du monde libre, connaît le même type de récession. Les ligues de vertu obtiennent l’établissement d’un code, le fameux code Hays, qui réglemente avec sévérité le maintien des bonnes mœurs. Les parties érogène du corps sont dissimulés. En France, c’est en 1994 que Les roseaux sauvages eu l’incomparable mérite de débloquer la situation de l’homosexuel au cinéma. Depuis un grand nombre de réalisateurs, pour la plupart homosexuels, comme François Ozon, Gaël Morel, Jacques Maillot, Sébastien Lifshitz ( PLEIN SUD), Olivier Ducastel et Jacques Martineau ( NÉS EN 68L'arbre et la forêt ), Gabriel Aghion, Stéphane Guisti, Jacques Nolot ( AVANT QUE J’OUBLIE ), Patrick Mimouni... ont donné une visibilité, une évidence à l’homosexualité. Il faut se rappeler qu’elle était l’image de l’homosexualité que donnait « L’homme blessé » car malheureusement celle généreuse du film LES AMIS de Gérard Blain avait été par trop occultée. Paradoxalement le sida aura changé l’image de l’homosexuel, et pas seulement au cinéma, le montrant solidaire, responsable, amoureux jusqu’à la mort de l’être aimé. L’arrivée des tri thérapie et le soulagement qu’elles ont engendré, a contribué à dédramatiser l’image de l’homosexualité que le sida avait noirci. Puis les débats sur le PACS ont fait prendre conscience que d’une part l’homophobie est malheureusement toujours vivante et d’autre part que les pédés ne pensaient pas qu’au cul! Dans le magazine «Têtu » d’avril 1998, on pouvait lire les résultats d’un sondage que bien peu de gays s’identifiait à une personnalité gay connue. Ne serait-ce pas au cinéma gay de proposer à la communauté gay, des figures dans lesquelles ses membres pourraient se projeter, particulièrement pour les plus jeunes. Nous savons les conséquences tragiques, quelques fois positives, pour les plus aguerri, de l’impossibilité pour un très jeune homosexuel de s’IDENTIFIER à son père et ce n’est pas la littérature, telle qu’elle lui est enseignée, qui peut aujourd’hui combler ce vide. La seule image qu’on lui propose, pour illustrer la passion entre deux hommes, est celle du coup de revolver éthylique que Verlaine tira sur Rimbaud. Il ne faut jamais oublier que le gay a grandi sans perspective de la sécurité d’un mode de vie programmé par les géniteurs, ni par les gays plus âgés, tout du moins en France, car aux USA l’image de certains quartiers gays peuvent laisser entrevoir l’esquisse d’un modèle. Les cinéastes gays ont en quelque sorte un devoir de représentation positive et constructive, terrible contrainte difficilement compatible avec l’art. Bien peu réponde à cette charte, c’est pour cela que des films dans leur atypisme, comme GET REAL (COMME UN GARCON) , ”Beautifull Thing” et ”Sebastian” de Svend Wam, sont si précieux. Le principal vivier pour les films gays reste les nombreux festivals de films gays qui prospèrent dans le monde entier, même si heureusement de plus en plus de films s’en échappent et sont distribués dans les circuits commerciaux classiques. Un des dangers qui guettent le cinéma gay serait que les réalisateurs fassent des films formatés pour les festivals gays. Les festivals reprennent les tendances de la communauté, ils sont donc par essence communautaristes. On peut dire que deux tendances se dessinent. La première est issue de courant assimilatoire. Des films qui permettent aux gays une identification avec des images positives telles que Love! Valour! Compassion!  . Une autre tendance est ce que l’on pourrait appeler un CINÉMA NEW-QUEER fait par des cinéastes qui, tout en rejetant la recherche structuraliste du cinéma expérimental des années 70, celle de Keneth Anger par exemple, en sont les héritiers. Des cinéastes qui se posent des questions de culture tout en ayant en tête des questions de déconstruction narrative. Ils font des films dans lesquels les gays ne sont pas de simples porte-drapeaux du droit à l’indifférence mais des personnages complexes qui ont un rôle culturel fort à jouer dans la société parce que leur statut de gay, toujours menacé, leur donne un regard critique décapant. La nouvelle posture du créateur gay dans la société pourrait être celle du sage. Question de vocabulaire, que signifie ce mot QUEER qui apparaît de plus en plus outre atlantique au sujet de la culture gay? On peut dater l’apparition du mot queer au XIXe siècle quand on a commencé à avoir des définitions de l'homosexualité, de ce qui était normal et de ce qui ne l’était pas. Queer c’est: pas clair, bizarre, déviant... En anglais c’est une insulte qui a été très utilisée dans les années 50. C’est justement cette injure proférée à leur égard que les homosexuels anglophones ont superbement décidé de retourner en leur faveur et proclamer: oui nous sommes dérangé, oui nous sommes bizarre, oui nous sommes déviant. Aujourd’hui cette insulte est reprise comme un outil de lutte ironique, utilisant l’action directe pour retrouver un certain plaisir dans le militantisme. C’est une attitude anti-assimilationniste. Mais le mot Queer en français perd de sa radicalité, étant a-historique, on ne ressent pas la puissance de l’insulte, l’acte de réappropriation est perdu. Queer c’est aussi une volonté de ne pas être politiquement correct. C’est un moment donné quelque chose qu’on rend visible et qui a été impossible soit juridiquement, soit psychologiquement au paravent de rendre visible. Les films de Bruce LaBruce, Gregg Araki, Tom Kalin, Derek Jarman, François Ozon ( LES AMANTS CRIMINELS , Gouttes d'eau sur pierres brûlantes ) sont queer. Être queer c’est une posture de combat ancré dans le politique et l’historique. Ce n’est pas seulement donner à voir ou à réfléchir. C’est aussi homosexualiser. C’est revisiter l’histoire, comme les femmes l’on fait. C’est révéler l’histoire homosexuelle qui a été hétérosexualisée. Mais c’est aussi mettre en avant les contradictions, la fascination pour ce qui est incorrect, parler de la complexité du désir, par exemple lorsque Kenneth Anger montre des gays érotisant des hommes en tenue néo-nazie, personne n’avait osé avant lui, c’est une attitude queer...C’est aussi une bataille contre les identités homosexuelles constituées. Ce n’est pas une définition, c’est une position. Alors que le CAMP, autre terme en vogue, est une posture a-historique, c’est une manière de lire la culture, c’est une réappropriation par exemple pour un gay américain des années 60, ce sera un film de Judy Garland,pour un français des années 80 ce pourrait être une chanson de Dalida. C’est faire la dissociation entre la pratique sexuelle et le mode de représentation culturelle Le cinéma gay est il un GENRE en devenir et qu’elle est notre perception en tant que français de ce cinéma? Mais avant de répondre à cette question il faut d’abord voir quel cinéma gay, et même quel cinéma tout court parvient jusqu’à nous. Nous subissons outre l’impérialiste hétérosexuelle celui du cinéma hollywoodien, que trop d’européen confonde avec le cinéma américain car seulement une infime partie de la cinématographie américaine indépendante aborde les cotes européennes et particulièrement françaises. Il suffit pour cela de comparer la liste des films sélectionnés au Sundance Festival, la référence pour le cinéma indépendant américain, et celle des films américains qui sortent sur les écrans français. Et la encore il faudrait bien faire un distinguo entre la situation de Paris et le reste du pays. Le constat de ce qui nous est donné à voir est très bien posé dans un article de Volker Schlondorff, en mars 1999, paru dans ”Der Spiegel” puis repris dans ”Le Courrier International” sous le titre très évocateur: ”L’hégémonie américaine, c’est la mort de l’amour. <<L’attraction de cette ”production mondiale” qui fait miroiter un monde fabuleux, est si forte que nous en oublions presque notre identité. Or les individus ont toujours besoin de retrouver ce qui leur est familier. C’est pourquoi chaque pays européen produit encore ses propres comédies, teintées de son humour spécifique, et de petites tragédies de son cru. La plupart de ces films sont diffusés à la télévision, quelques passent même en salle. Ainsi, ce qui vient de très loin, la ”production globale”, est complétée par la ”production régionale”, et la sensibilité de chacun y trouve son compte. Mais ces productions cinématographiques régionales ne parviennent plus à franchir les frontières. Non seulement elles n’arrivent plus jusqu’aux Etats-Unis, mais elles n’arrivent même pas jusqu’aux pays voisins. Actuellement un européen ne voit pratiquement pas uneseule création des pays qui l’entourent. C’est la que l’évolution actuelle pose problème. Car nous avons le souvenir d’une époque où tout cinéphile européen connaissait le dernier film de Luis Bunuel, Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni, Federico Fellini, François Truffaut, Andrzej Wajda ou Jean-Luc Godard. Entre 1960 et 1980, nous suivions, nous européen, un régime équilibré qui se composait d’environ un tiers de films américains, un tiers de productions nationales et un tiers de films des pays voisins. Nous avions la douce certitude que l’Europe culturelle allait continuer à se développer harmonieusement, pour aboutir à un marché unique, riche de toute notre diversité.>>

FORMATAGE Le formatage américain n’est pourtant pas le plus mortifère pour notre cinéma. Il en est de bien plus dangereux et de bien plus insidieux. Tout d’abord celui exercé par les télévisions qui aujourd’hui finance à hauteur de 80% notre cinéma. Ce que les chaine veulent c’est un retour sur investissement aussi rapide que juteux en terme d’audience donc de publicité.

 

P.S J'ai écrit ce texte, il y a quelques années, je ne sais plus dans quel but, peut être comme souvent pour mettre mes idées au claire...

Publié dans cinéma gay

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xristophe 02/04/2012 00:04

est-il possible voir/avoir cette version de vigo (zéro de conduite) non expurgée où les deux écoliers s'embrassent à travers un chewing-gum parfumé, sur la bouche ? (érudition vôtre : bravo !)